Ryan Pourjam, 13 ans, est étreint par un proche de la famille après une cérémonie à l’Université Carleton qui rendait hommage à son père Mansour Pourjam et à Fareed Arasteh, deux étudiants en biologie qui étaient à bord du Boeing abattu par l’Iran la semaine dernière.

Avion abattu en Iran: priorité à l’indemnisation des familles

OTTAWA — L’une des priorités du gouvernement canadien est d’obtenir de Téhéran une indemnisation pour les familles des 57 Canadiens qui ont péri la semaine dernière dans l’écrasement d’un Boeing abattu par erreur par l’Iran, a affirmé le ministre des Transports mercredi.

«L’une des exigences, du point de vue du Canada, avec la justice, est l’indemnisation. L’indemnisation doit être assurée par ceux qui sont coupables, ayant joué un rôle dans ce tragique accident», a rappelé Marc Garneau, lors d’une conférence de presse, visant sans le nommer l’Iran.

Le premier ministre Justin Trudeau avait indiqué la semaine dernière qu’Ottawa comptait demander à Téhéran des dédommagements pour les familles des victimes canadiennes. L’Iran a reconnu avoir abattu «par erreur» le Boeing 737-800 de la compagnie Ukraine International Airlines et dans lequel se trouvaient 176 personnes, dont une majorité d’Iraniens et de Canadiens.

«Notre première priorité pour le moment est de soutenir les familles et amis des 57 Canadiens qui ont perdu la vie dans cette tragédie», a déclaré M. Garneau, précisant qu’aucune dépouille n’avait été rapatriée au Canada pour le moment.

«Même si nous ne pouvons pas leur rendre leurs proches, nous pouvons nous assurer qu’ils recevront une indemnisation pour les aider à passer ce cap difficile», a-t-il ajouté à la veille d’une réunion à Londres des pays touchés par ce drame.

Le groupe de coordination des pays dont des ressortissants sont morts dans l’écrasement a été créé par le Canada dans la foulée du drame et réunit également le Royaume-Uni, l’Ukraine, la Suède et l’Afghanistan. Ces pays appelleront jeudi «les autorités iraniennes à coopérer pleinement» avec eux, selon le ministre.

L’Iran a déjà invité des experts du Canada, de France, d’Ukraine et des États-Unis à participer à l’enquête. Le gouvernement canadien appelle également l’Iran à «officialiser la participation active du Canada dans l’enquête en tant que représentant accrédité», a expliqué M. Garneau.

Le ministre canadien a précisé que deux experts du Bureau de la sécurité des transports devaient accéder à l’épave de l’avion dans la journée de mercredi à Téhéran.

Une semaine après la catastrophe, les universités canadiennes ont observé une minute de silence à 13h en hommage aux victimes, parmi lesquelles de nombreux étudiants.

Accord sur le nucléaire

Par ailleurs, le président iranien a haussé le ton, mercredi, face aux trois pays européens qui ont pris des mesures pour forcer Téhéran à respecter l’accord international sur son programme nucléaire — une démarche diplomatique soutenue par le Canada.

«Nous n’acceptons pas l’argument selon lequel l’Iran serait autorisé à cesser partiellement la mise en œuvre de ses engagements» en vertu de l’accord de Vienne sur le nucléaire, ont indiqué mardi les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, dans une déclaration commune. «Contrairement à ses déclarations, l’Iran n’a jamais déclenché le mécanisme de règlement des différends prévu par [l’accord] et n’a aucun fondement en droit pour cesser de mettre en œuvre» ses dispositions.

Après avoir nié pendant des jours avoir abattu l’avion civil, les dirigeants iraniens se sont finalement excusés et ont admis leur «erreur», sur un ton conciliant. Ce ton a toutefois changé, mercredi, lorsque le président iranien, Hassan Rohani, a déclaré que les soldats européens au Moyen-Orient «pourraient être en danger» à la suite de la décision prise mardi en Europe d’appliquer une disposition de l’accord de Vienne qui pourrait ramener les sanctions contre Téhéran.

Avant de se rendre à Londres, mercredi, le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a publié un communiqué dans lequel il rappelle le soutien du Canada à la démarche européenne «visant à faire pression sur l’Iran afin qu’il respecte ses engagements en vertu du plan, notamment en déclenchant le mécanisme de règlement des différends». Le ministre rappelle par ailleurs que le Canada «est l’un des principaux pays à contribuer à la surveillance et à la vérification rigoureuses qu’effectue l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en ce qui concerne le respect des engagements de l’Iran».

Le sort de l’accord sur le nucléaire iranien, conclu en 2015, est étroitement lié à l’escalade entre l’administration de Donald Trump et le régime de Téhéran, qui a culminé mercredi dernier par la destruction de l’avion d’Ukraine International Airlines par un ou deux missiles sol-air iraniens. 

Le président Trump a retiré les États-Unis en 2018 de cet accord signé par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne, alors que la Maison-Blanche était dirigée par Barack Obama. L’accord est destiné à empêcher l’Iran d’enrichir suffisamment d’uranium pour produire une bombe atomique.