Robert Schellenberg devant le tribunal

Audience pour un Canadien condamné à mort en Chine

OTTAWA — Des diplomates canadiens qui assistaient jeudi à l’appel d’un Canadien condamné à mort en Chine pour trafic de drogue ont été joints dans la salle d’audience par des collègues américains, britanniques, français et allemands.

Cette manifestation de solidarité n’a toutefois pas atténué les inquiétudes des Canadiens quant au sort de Robert Schellenberg, originaire de la Colombie-Britannique.

«Le Canada reste extrêmement préoccupé par le fait que la Chine ait choisi d’appliquer la peine de mort, un châtiment cruel et inhumain, lors du nouveau procès qui a eu lieu le 14 janvier 2019», a déclaré Affaires mondiales du Canada par communiqué.

Le ministère a également remercié l’Irlande, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne et la République tchèque d’avoir envoyé des représentants à l’audience.

La nouvelle peine de M. Schellenberg a été prononcée six semaines après que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) eut arrêté Meng Wanzhou, une dirigeante du géant chinois de la technologie Huawei, en vertu d’un mandat d’extradition américain. Cette arrestation a provoqué un froid diplomatique entre Ottawa et Pékin.

Neuf jours après l’arrestation de Mme Meng, deux autres Canadiens — l’ex-diplomate Michael Kovrig et l’entrepreneur Michael Spavor - ont été arrêtés en Chine sous le prétexte d’avoir violé la sécurité nationale.

Le sort des trois Canadiens reste incertain: on ne sait pas quand le tribunal chinois se prononcera sur l’appel de M. Schellenberg, alors que MM. Kovrig et Spavor sont emprisonnés dans des lieux inconnus, se sont vu refuser la représentation juridique, n’ont pas été officiellement inculpés et reçoivent la visite d’un représentant consulaire seulement une fois par mois.

La Chine interpelle le Canada

Mme Meng a été libérée sous caution et vit en résidence surveillée dans un manoir de Vancouver. Elle est accusée d’avoir menti aux banques afin d’éviter les sanctions américaines contre l’Iran.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a de nouveau appelé jeudi le Canada à libérer immédiatement Mme Meng afin qu’elle puisse retourner en Chine «saine et sauve».

«Les États-Unis et le Canada ont abusé de leur traité d’extradition bilatéral et ont pris des mesures compulsives à l’encontre d’un citoyen chinois sans motif», a déclaré Geng Shuang.

«Il s’agit d’un incident politique grave qui viole de manière flagrante les droits et intérêts légitimes de la citoyenne chinoise. Encore une fois, nous appelons les États-Unis à retirer immédiatement le mandat d’arrêt et la demande d’extradition de Mme Meng.»

Mme Meng a comparu mercredi devant un tribunal de Vancouver, où ses avocats ont plaidé qu’elle n’a jamais violé les lois canadiennes et que son arrestation à l’aéroport de Vancouver était illégale.

Les avocats de Mme Meng soutiennent qu’elle a été victime de deux «abus de pouvoir» - de la part des autorités canadiennes lorsqu’elle a été arrêtée et de la part du président américain Donald Trump. Ils prévoient également utiliser un argument reposant sur la «double incrimination», lié aux différences entre les lois canadiennes et américaines.

Donald Trump et Justin Trudeau ont d’ailleurs discuté de la «détention arbitraire» de MM. Kovrig et Spavor lors d’un appel téléphonique, jeudi. Le bureau du premier ministre n’a toutefois pas donné d’autres détails sur leur conversation.

Plus tôt cette semaine, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a réitéré la position du gouvernement selon laquelle la dirigeante de Huawei était impliquée dans un processus juridique indépendant, séparé de la politique.