Le lieutenant-Colonel Stéphane Bozon du PGHM à Chamonix

Au mont Blanc, ces gendarmes qui veillent sur les alpinistes

SAINT-GERVAIS LES BAINS — Jumelles en mains, l'adjudant-chef Fabrice Bernard-Jacquet suit la progression d'une cordée d'étrangers qu'il vient de renseigner: positionnés à 3200 mètres d'altitude depuis le début de l'été, deux gendarmes français contrôlent, conseillent et parfois dissuadent les alpinistes qui s'élancent à l'assaut du mont Blanc.

«Rocks! rocks!» Il est tout juste 9h, le lundi 6 août. Un des alpinistes scrutés vient d'alerter ses compagnons d'une nouvelle chute de pierres dans le dangereux couloir du Goûter, voie classique vers le toit de l'Europe, qui s'étire entre 3300 et 3800 mètres d'altitude.

Posté en contrebas sur le glacier de Tête Rousse, Fabrice Bernard-Jacquet observe la scène avec attention, alors que la cordée tente de s'écarter des salves sifflantes de gros cailloux.

«On arrive parfois à les convaincre d'adapter leur itinéraire ou de différer leur projet. Mais cela ne fonctionne pas toujours. On essaye alors de trouver avec eux des solutions plus adaptées pour qu'ils progressent dans les meilleures conditions possibles», explique le gendarme.

L'hélicoptère de la Sécurité civile en attente de son prochain vol au qg du PGHM à Chamonix.

Depuis le début de la saison estivale, il distille des recommandations «en tenant compte des risques en cours et du choix effectué par les alpinistes pour réaliser l'ascension».

Mais ces conseils relayés quotidiennement par le Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix, dans l'est de la France, ne sont pas toujours suivis, certains alpinistes n'hésitant pas à contourner les militaires pour se hisser coûte que coûte jusqu'au sommet.

«Comme c'est le cas pour beaucoup de risques en montagne, les alpinistes ont du mal à les évaluer tant qu'ils ne sont pas touchés dans leur chair», analyse Fabrice Bernard-Jacquet.

Liberté de circulation

Voici plusieurs années que les gendarmes tentent de sensibiliser les alpinistes au respect de ce site aujourd'hui surfréquenté et à ses dangers, démultipliés en cas de fortes chaleurs.

Les professionnels de la montagne mènent le même combat. La mairie de Saint-Gervais, d'où débute la voie normale vers le mont Blanc, a ainsi recruté un «sherpa» pour faire de la prévention.

Parfois, la montagne se charge elle-même de faire la leçon aux plus imprudents. Deux Ardéchois sont ainsi restés bloqués plusieurs heures dans le couloir du Goûter car les chutes de pierres étaient trop fréquentes pour les laisser progresser.

«On s'est mis dans ce pétrin tout seuls. On se lançait chacun à notre tour dans la pente en courant, puis on se cachait derrière de gros rochers en espérant qu'ils résistent», raconte Guillaume, 29 ans, impressionné par le bruit des chutes de pierres. Il admet avoir pris «des risques très importants».

Depuis le 15 juillet, les gendarmes se relaient également pour faire appliquer un arrêté préfectoral visant à mieux réguler le flux d'alpinistes sur cette voie qui accueille chaque jour jusqu'à 300 candidats au sommet.

Il impose aux cordées qui souhaitent s'engager dans l'ascension la réservation d'une nuitée au Goûter: un refuge de 120 couchages situé à 3815 mètres d'altitude qui a connu en ce début d'été un état de saturation inédit en raison de l'arrivée sans réservation d'alpinistes épuisés.

«Une fois au refuge, ils ne voulaient plus redescendre et dormaient dans l'entrée. Les dépassements pouvaient aller jusqu'à 30 personnes. Cela posait de grave problèmes de sécurité incendie et d'ordre public», déplore le lieutenant-colonel Stéphane Bozon, commandant du PGHM de Chamonix.

«En cas de non réservation, on leur demande de rebrousser chemin. Ce dispositif est coûteux, en heures et en effectif, mais c'est à ce prix qu'on est capable, pour l'instant, de maîtriser cette problématique», précise-t-il.

Mais comme Dave Bailey, un alpiniste britannique expérimenté, certains férus de haute montagne s'irritent de cette présence militaire dans l'espace de liberté qu'est la montagne.

«Ces contrôles sont trop simplistes car ils ne mesurent pas l'expérience des alpinistes, qui doivent aussi savoir évaluer la difficulté d'une ascension», fait-il valoir.

La mission des gendarmes doit se poursuivre jusqu'à la fermeture des refuges, fin septembre, et ce même en cas de non-reconduction de l'arrêté.