Le cardinal Philippe Barbarin s’est adressé à la presse à Lyon, en France, jeudi.

Agressions: de plus en plus de cardinaux jugés responsables

VATICAN — La condamnation du cardinal français Philippe Barbarin pour ne pas avoir dénoncé à la police un prêtre pédophile dans son diocèse accentue la crise à laquelle est confrontée la hiérarchie déjà discréditée de l'Église catholique.

Le verdict rendu jeudi par les magistrats français montre que de plus en plus de «princes de l'Église» sont jugés responsables des prêtres qui agressent les enfants - et de leurs supérieurs hiérarchiques qui ont laissé les sévices se poursuivre.

Après des siècles d'impunité, des cardinaux du Chili à l'Australie font face à des poursuites judiciaires tant au Vatican que devant les tribunaux de leur pays pour leurs propres méfaits sexuels ou pour avoir protégé les agresseurs sous leur responsabilité.

Voici un aperçu des affaires impliquant des cardinaux catholiques, les membres du «club sélect» des prélats qui conseille le pape et élit le successeur de saint Pierre.

AUSTRALIE - LE CARDINAL GEORGE PELL

En décembre, l'ex-«grand argentier» du Vatican a été condamné dans son pays natal, l'Australie, pour avoir agressé sexuellement deux garçons dans les années 1990.

Mgr Pell a été reconnu coupable d'avoir agressé sexuellement un garçon de 13 ans et d'avoir traité avec indécence le garçon et son ami de 13 ans en 1996 et 1997, quelques mois après que le cardinal de 77 ans soit devenu archevêque de Melbourne.

Mgr Pell a nié avoir mal agi et a prévu de faire appel. Il devrait être condamné la semaine prochaine.

Chacune de ses cinq condamnations est passible d'une peine maximale de dix ans de prison.

Après sa condamnation, le Vatican a déclaré que son bureau des crimes sexuels avait ouvert une enquête et confirmé que l'archevêque de Sydney avait limité le ministère de Mgr Pell après le retour du cardinal en Australie pour y être jugé.

ÉTATS-UNIS - L'EX-CARDINAL THEODORE McCARRICK

Le mois dernier, le pape François a défroqué l'ancien leader de l'Église américaine après qu'une enquête interne eut déterminé que McCarrick avait agressé sexuellement des enfants et des hommes adultes; certaines agressions ont été commises pendant la confession. C'était la première fois qu'un cardinal était défroqué en lien avec ce scandale.

Une des victimes de McCarrick a porté plainte à la police et parlé à des procureurs à New York, mais il est difficile de savoir si des accusations pénales peuvent être portées étant donné le temps écoulé depuis les sévices.

Le scandale McCarrick a impliqué des ecclésiastiques de haut rang tant aux États-Unis qu'au Vatican, puisqu'il s'agissait apparemment d'un secret de Polichinelle qu'il couchait avec des séminaristes adultes.

CHILI - LES CARDINAUX JAVIER ERRAZURIZ ET RICCARDO EZZATI

Les procureurs chiliens ont ouvert une enquête sur les archevêques actuel et ancien de Santiago, qui auraient caché des prêtres agresseurs.

Mgr Errazuriz, qui a pris sa retraite comme archevêque de Santiago en 2010, a récemment été contraint de quitter la garde rapprochée du pape après que l'ampleur de sa dissimulation eut été dévoilée l'an dernier.

Son successeur, Mgr Ezzati, a été poursuivi cette semaine par un homme qui l'accuse d'avoir protégé un prêtre qui l'aurait drogué et violé dans la cathédrale de Santiago. La victime a d'abord porté plainte auprès de Mgr Ezzati en 2015. Mgr Ezzati a prononcé une condamnation par l'Église contre le prêtre l'an dernier.

Les procureurs ont orchestré des perquisitions dans les bureaux de l'Église à travers le pays. Messeigneurs Ezzati et Errazuriz ont jusqu'à présent refusé de répondre aux questions des enquêteurs.

L'année dernière, le pape François a demandé la démission de tous les évêques chiliens actifs, dans le cadre des efforts du Vatican pour nettoyer l'Église chilienne.

ÉCOSSE - LE CARDINAL KEITH O'BRIEN

Mgr O'Brien, autrefois le plus haut responsable catholique au Royaume-Uni, s'est récusé du conclave de 2013 qui a élu le pape François après que des prêtres non identifiés eurent prétendu dans les journaux britanniques qu'il avait agi de manière inappropriée à leur égard.

Les prêtres ont déclaré s'être plaints auprès des autorités de l'Église de la conduite de Mgr O'Brien, mais n'avoir jamais reçu de réponse. Aucun des hommes n'aurait été mineur au moment où le comportement présumé inapproprié aurait eu lieu.

En 2015, le pape a accepté la démission de Mgr O'Brien, qui avait renoncé à ses droits et privilèges de cardinal. La décision a été prise après que le Vatican eut envoyé son principal enquêteur sur les crimes sexuels en Écosse pour qu'il examine les allégations.

Mgr O'Brien a été autorisé à conserver le titre de cardinal et est décédé en 2018.

BELGIQUE - LE CARDINAL GODFRIED DANNEELS

Le responsable à la retraite de l'Église catholique de Belgique est sous le feu des critiques depuis 2010, lorsqu'il a été filmé suggérant à la victime d'un évêque prédateur en série de rester silencieuse jusqu'à la retraite de l'homme.

Deux semaines après que Mgr Danneels eut rencontré la victime, Mgr Roger Vangheluwe, l'évêque de Bruges, a démissionné et exprimé sa peine pour avoir longtemps maltraité son neveu, à la fois en tant que prêtre et après être devenu évêque.

Mgr Danneels avait dit à la victime que cela ne lui ferait aucun bien de tout dénoncer publiquement, et il l'a exhortée à pardonner à son oncle.

Le pape a été critiqué pour avoir inclus Mgr Danneels, considéré comme un partisan clé de son élection en 2013, dans les importantes réunions de l'Église depuis le scandale.

ÉTATS-UNIS - LE CARDINAL BERNARD LAW

Mgr Law a démissionné en tant qu'archevêque de Boston en 2002, dans la foulée de révélations selon lesquelles il avait caché des sévices commis par des dizaines de prêtres qui avaient violé et agressé sexuellement des enfants. Ce scandale a été relaté par le quotidien «Boston Globe» et a frappé de plein fouet l'Église américaine.

Plus que tout autre prélat, il incarnait l'échec de l'Église catholique à protéger les enfants des prêtres pédophiles et son arrogance à préserver sa propre réputation à tout prix.

La décision de saint Jean-Paul II de placer Mgr Law à la tête de la basilique Sainte-Marie-Majeure, à Rome, en 2004, a renforcé l'impression que le Vatican n'avait toujours pas compris l'ampleur du problème de la maltraitance des enfants, du traumatisme subi par les victimes et de la crédibilité morale perdue de l'Église.

L'année dernière, lors des funérailles de Mgr Law au Vatican, le pape a prié pour que son jugement dernier soit miséricordieux.

AUTRICHE - LE CARDINAL HANS HERMANN GROER

Mgr Groer a été autorisé à prendre sa retraite comme archevêque de Vienne en 1995, en dépit de multiples allégations selon lesquelles il aurait agressé sexuellement de jeunes garçons dans un séminaire. Il est décédé en 2003 sans jamais avoir fait face à la justice civile ou canonique.

En 2010, son successeur, le cardinal Christoph Schoenborn, a accusé le secrétaire d'État du Vatican à l'époque du scandale, le cardinal Angelo Sodano, d'être à l'origine d'une dissimulation et de bloquer une enquête du Vatican sur les crimes de Mgr Groer.

La même année, le Vatican a adressé une rare réprimande à Mgr Schoenborn concernant ses commentaires sur Mgr Sodano, en lui rappelant que seul le pape pouvait porter des accusations contre un cardinal.

VATICAN - LE CARDINAL ANGELO SODANO

En tant que puissant secrétaire d'État du Vatican sous Jean-Paul II, Mgr Sodano est depuis longtemps en partie responsable du refus du Vatican de prendre des mesures contre les prêtres pédophiles.

Plus que quiconque, il a été blâmé pour avoir bloqué une enquête de l'Église sur le prédateur le plus notoire du 20e siècle de l'Église catholique, le père Marcial Maciel, fondateur de l'ordre religieux de la Légion du Christ.

Le pape François a récemment évoqué comment le cardinal Joseph Ratzinger - qui est devenu le pape Benoît XVI - avait initialement échoué à obtenir une sanction contre Maciel, une allusion voilée à l'influence que le cardinal Sodano avait exercée sur les décisions de la Congrégation pour la doctrine de la foi du cardinal Ratzinger.

«Il (Ratzinger) est allé avec tous ses dossiers. Et à son retour, il a dit à sa secrétaire: "Mettez-les dans les archives. L'autre partie a gagné", a déclaré le pape. Mais ensuite, une fois devenu pape, la première chose qu'il a dite a été "Amenez-moi les fichiers des archives" et il a commencé.»

Finalement, sous le règne de Benoît XVI, le Vatican condamna Maciel à une vie de pénitence et de prière pour ses crimes.