À Paris, le cortège, en majorité des femmes mais aussi des hommes, a rassemblé 49 000 personnes.

«Agresseur, harceleur, t'es foutu»: dans la rue pour dénoncer les violences contre les femmes

PARIS — «Agresseur, harceleur, t'es foutu, les femmes sont dans la rue»: des manifestants en nombre, dont 49 000 à Paris, ont battu le pavé samedi à travers la France pour dire «stop» aux violences sexistes et sexuelles et aux féminicides dont le nombre (116 au moins depuis le début de l'année) suscite une indignation sans précédent dans le pays.

En Italie, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à Rome pour dénoncer les violences contre les femmes, à l'appel de l'association féministe «Non Una Di Meno» (Pas une de moins). Le cortège romain, composé majoritairement de femmes, a sillonné le centre de la capitale derrière une banderole où était inscrit: «Contre votre violence, nous sommes la révolte».

À Paris, le cortège, en majorité des femmes mais aussi des hommes, a rassemblé 49 000 personnes, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour un collectif de médias, dont l'AFP.

Le collectif #NousToutes, organisateur, a salué «la plus grande marche de l'histoire de France contre les violences» sexistes et sexuelles, évaluant à 150 000 personnes environ le nombre de manifestants sur l'ensemble de la France, dont 100 000 à Paris.

L'an passé, près de 50 000 personnes s'étaient rassemblées fin novembre, dont 30 000 à Paris selon les organisatrices, la police ayant compté de son côté 12 000 manifestants dans la capitale.

«Ras le viol»

Nombre de manifestants brandissaient des panneaux affichant la photo de leur proche assassinée et une grande banderole s'élevait contre une «justice complice», tandis qu'une multitude de pancartes proclamaient: «Ras le viol», «Féminicides, pas une de plus», «Brisons le silence, pas les femmes»...

Depuis le début de l'année 2019, au moins 116 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, selon un décompte et une étude au cas par cas menés par l'AFP. Le collectif féministe «Féminicides par compagnons ou ex» a lui dénombré 137 femmes tuées dans un cadre conjugal depuis le 1er janvier.

Sur toute l'année 2018, le chiffre avait atteint 121 femmes victimes, selon le ministère de l'Intérieur.

En Italie, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à Rome pour dénoncer les violences contre les femmes, à l'appel de l'association féministe «Non Una Di Meno» (Pas une de moins).

Une trentaine de marches étaient également organisées dans le reste de la France, notamment à Toulouse (sud-ouest), où la marche a rassemblé plusieurs centaines de manifestants, selon l'AFP. «À bas, à bas le patriarcat», «On ne se laissera plus jamais faire», scandaient les manifestantes.

«Ça fait trop longtemps qu'on est dans un déni individuel et collectif», a estimé Cathy Augier, 53 ans, interrogé par l'AFP dans le cortège parisien. «On est des millions à avoir vécu les mêmes choses. Un jour, un type a mis son sexe dénudé contre moi et personne n'est intervenu. Il y a tant d'histoires horribles et de femmes qui font avec. Mais il faut que ça cesse», a-t-elle ajouté.

«Manque de moyens»

L'une des organisatrices, Caroline De Haas, a pointé un «manque de moyens» et une «absence de réponse à la hauteur de la part du gouvernement». Elle réclame un milliard d'euros pour la lutte contre les violences faites aux femmes, alors que le budget qui lui est consacré est de 361,5 millions d'euros annuels, selon le cabinet de la secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa.

Cette mobilisation survient juste avant la clôture lundi d'une vaste consultation sur les violences conjugales, lancée début septembre pour tenter d'enrayer ce fléau. Le premier ministre Edouard Philippe, accompagné d'une douzaine de membres du gouvernement, doit y annoncer une quarantaine de mesures.

Près de 70 organisations et plusieurs personnalités se sont jointes au défilé parisien. Parmi elles, Vincent Trintignant — le frère de la comédienne Marie, tuée par le chanteur de rock Bertrand Cantat en 2003.

Les marches organisées samedi en France se sont déroulées à la veille de la 4e journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes qui sera célébrée lundi.

Quelque 213 000 femmes majeures sont victimes chaque année de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint, selon les données officielles.

En Italie, au cours des cinq dernières années, 538 000 femmes ont été victimes d'abus physiques ou sexuels de la part de leur partenaire, selon l'Institut national de la statistique. Selon le mouvement féministe «Non Una Di Meno», 94 femmes ont été tuées depuis janvier (elles avaient été 142 en 2018).