La chancelière allemande, Angela Merkel, accompagnée, lors de ce déplacement, par le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki,  a mis en garde dans son discours contre «la montée du racisme et la propagation de la haine», ainsi que contre l’antisémitisme qui menace les communautés juives en Allemagne, en Europe et dans le monde entier.
La chancelière allemande, Angela Merkel, accompagnée, lors de ce déplacement, par le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a mis en garde dans son discours contre «la montée du racisme et la propagation de la haine», ainsi que contre l’antisémitisme qui menace les communautés juives en Allemagne, en Europe et dans le monde entier.

À Auschwitz, Merkel réaffirme le devoir de mémoire de l'Allemagne

Yannick Pasquet
Agence France-Presse
OSWIECIM — La mémoire des crimes nazis est «inséparable» de l’identité allemande, a déclaré vendredi la chancelière Angela Merkel, à Auschwitz qu’elle a visité emplie d’une «profonde honte» pour ce qui a été commis dans cet ancien camp d’extermination nazi.

Par AFP Yannick PASQUET


Sa première visite de ce site, symbole plus que tout autre de l’extermination des Juifs d’Europe, intervient au moment où l’antisémitisme connaît une résurgence en Allemagne et où l’extrême droite, qui siège depuis deux ans au Bundestag, prône la fin de la culture du repentir.

«Se souvenir des crimes, nommer leurs auteurs et rendre aux victimes un hommage digne, c’est une responsabilité qui ne cesse jamais. Ce n’est pas négociable. Et c’est inséparable de notre pays. Être conscient de cette responsabilité est une part de notre identité nationale», a martelé la dirigeante, première dirigeante d’un gouvernement allemand à se rendre à Auschwitz depuis près de 25 ans.

La voix altérée par l’émotion, elle a insisté sur le fait qu’il était «important» de rendre à Auschwitz son «nom complet». Situé dans l’actuelle Pologne, le camp était dans une région «annexée en octobre 1939 par le Reich». «Il est important de nommer clairement les criminels. Nous, les Allemands, le devons aux victimes et à nous mêmes», a-t-elle déclaré.

Comme lors de son intervention historique en 2008 à la Knesset, la chambre des députés israéliens, la chancelière a insisté sur la «honte profonde» qui l’habite et que ressentent les Allemands vis-à-vis des crimes du 3e Reich.

Elle a aussi mis en garde contre «la montée du racisme et la propagation de la haine», ainsi que contre l’antisémitisme qui menace les communautés juives en Allemagne, en Europe et dans le monde entier.

Une inquiétude partagée par Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, qui accompagnait Mme Merkel.

«L’antisémitisme reste une force perverse et résurgente dans le monde aujourd’hui, ce qui rend l’enseignement de l’Holocauste plus important que jamais», a-t-il souligné.

La chancelière était accompagnée pour ce déplacement par le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, et par un survivant d’Auschwitz, Bogdan Bartnikowski, 87 ans, ainsi que par des représentants de la communauté juive.

«Montée du racisme»

M. Bartnikowski a livré un témoignage émouvant.

Déporté à l’âge de 12 ans avec sa mère, il  se rappelle avoir entendu de la bouche des kapos, les prisonniers promus gardiens auxiliaires : «Il n’y a ici qu’un chemin vers la liberté, celui qui passe par les cheminées» des fours crématoires.

Le premier ministre polonais a souligné pour sa part que les témoins des crimes commis à Auschwitz étaient en train de disparaître.

«Nous sommes d’autant plus obligés d’en préserver la mémoire. Car si la mémoire disparaît, c’est comme si nous blessions pour la deuxième fois les gens qui ont vécu l’enfer ici, qui ont traversé d’indicibles souffrances», a-t-il dit.

À la veille de ce déplacement, Angela Merkel a annoncé l’octroi de 60 millions d’euros (87,94 millions $) à la Fondation Auschwitz-Birkenau pour le maintien du site où furent assassinées quelque 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, entre 1940 et 1945.

Mal absolu

Mme Merkel s’est rendue aussi vendredi à Birkenau, distant de 3 kilomètres du camp principal, notamment sur la rampe où étaient «sélectionnés» les déportés à leur descente des wagons à bestiaux.

Dans le camp d’Auschwitz-Birkenau créé par l’Allemagne sur le territoire de la Pologne occupée, des détenus, parmi lesquels des enfants, ont été soumis aux expérimentations effroyables du Docteur Josef Mengele, l’»ange de la mort». C’est également dans ce camp, qui comprenait quatre chambres à gaz et quatre crématoriums, qu’a été employé pour la première fois en 1941 le gaz Zyklon B.

Le nom d’Auschwitz est devenu le synonyme du Mal absolu. Des Juifs de toute l’Europe, de la Hongrie à la Grèce, y ont été exterminés.

Angela Merkel n’est que le troisième chef de gouvernement allemand à se rendre en visite officielle à Auschwitz, après Helmut Schmidt en 1977 et Helmut Kohl en 1989 et 1995.

En 14 ans au pouvoir, elle a multiplié les gestes forts en se rendant à Ravensbrück, Dachau, Buchenwald, et au Mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem à Jérusalem.