Le maire d’Ottawa Jim Watson se dit heureux que son budget a été adopté, même si cinq élus s'y sont opposés.

«Miracle de Noël» de 10 millions$

C’est non sans opposition, modifications et de longues discussions à la table du conseil que le maire Jim Watson a réussi à faire adopter le budget 2018 de la Ville d’Ottawa, mercredi. Par-dessus le marché, l’administration municipale et lui ont réservé une surprise aux élus qui réclamaient l’instauration d’une taxe destinée aux infrastructures.

Le budget chiffré à 3,4 milliards $ a été adopté à l’issue de quatre heures et trente minutes de débat lors d’un vote de 19-5. Les conseillers Rick Chiarelli, Diane Deans, Jeff Leiper, Catherine McKenney et Tobi Nussbaum s’y sont opposés.

Comme prévu, les contribuables verront donc leur compte de taxes augmenter de 2 % l’an prochain.

La dernière séance du conseil de l’année s’est amorcée avec une annonce plus qu’inattendue lorsque la trésorière municipale Marian Simulik a informé les élus que la capitale terminerait l’année avec un surplus de 10 millions $ dans ses tiroirs. L’argent provient en majeure partie de l’évaluation foncière.

Le maire Watson a alors sorti de sa manche une motion suggérant que cette somme soit consacrée aux infrastructures, quelques jours après que huit élus aient suggéré l’adoption d’une taxe de 0,5 % pour combler le déficit en matière d’infrastructures.

La proposition du premier magistrat, qui tenait mordicus à ne pas dépasser la cible de 2 % de hausse de l’impôt foncier, comme il l’a promis aux citoyens il y a trois ans et demi, a été adoptée à l’unanimité. Quant à celle de Jeff Leiper sur la taxe dédiée, elle a par la suite été retirée par ce dernier.

Si les élus qui réclamaient l’instauration d’une telle taxe se sont dits satisfaits de ce revirement, certains comme Diane Deans n’ont toutefois pas manqué de souligner que le fait d’apprendre l’existence de ce surplus aussi tardivement était déconcertant, qualifiant le tout « d’atteinte au droit des conseillers de faire leur travail ». La conseillère de Gloucester-Southgate a renchéri en disant avoir l’impression que l’administration était déjà au courant de l’existence de cet excédent.

« Bien heureux »

M. Watson s’est défendu en disant qu’il avait appris l’existence de cette somme d’argent lundi et que la motion a été rédigée moins de 24 heures avant la rencontre. 

« J’étais bien heureux d’apprendre ça car ça nous permet de financer d’autres infrastructures de base sans avoir à hausser les taxes. C’est une victoire pour les citoyens. […] Je ne crois pas que l’autre motion aurait pu être acceptée, les huit élus n’avaient pas beaucoup d’autres appuis et la majorité du conseil demandait qu’on trouve d’autres solutions afin d’éviter d’augmenter les taxes », a-t-il indiqué.

De plus, a spécifié le maire, remettre en doute les chiffres du budget est une attaque à l’intégrité du personnel, faisant allusion sans le nommer à Rick Chiarelli, qui avait qualifié le budget de « faux budget » au début novembre.

Ce dernier n’a d’ailleurs pas hésité à dire que ce volte-face de 10 M$ était un « miracle de Noël ».

« On devrait tous vérifier nos numéros de billets de loterie avant de venir aux réunions du conseil », a-t-il lancé avec un brin d’ironie.

Le maire Watson, pour qui il s’agissait du dernier budget avant les prochaines élections municipales et sa quête d’un troisième mandat à la tête de la capitale, ne se formalise pas de l’opposition à laquelle il a été confronté. Il se dit chanceux que six de ses huit budgets aient été adoptés unanimement depuis 2010. 

« Quand 24 politiciens indépendants sont élus à un conseil, on ne peut pas s’attendre à avoir l’unanimité. Chacun a des priorités différentes et c’est ce qui fait une démocratie en bonne santé », soutient-il.

Le conseil municipal amorce sa pause des Fêtes dans quelques jours. La prochaine réunion est prévue le 31 janvier.

Mathieu Fleury critique le budget, mais se rallie

Tôt ou tard, la Ville d’Ottawa devra refaire la liste exhaustive de ses priorités, estime le conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury. Parce qu’à trop essayer de saupoudrer de l’argent partout, la capitale finira par frapper un mur, dit-il.

L’élu, qui ne s’est malgré tout pas opposé au budget, croit que la Ville va devoir faire un examen de conscience dans le futur.

« J’ai voté contre plusieurs sections du budget. Je n’ai pas de problème avec une limite de 2 % pour la hausse des taxes, sauf que là, les citoyens ont assumé que ce 2 % permettait de maintenir le niveau de services. Or, ce qu’on apprend, c’est qu’il s’agit d’un jeu de comptabilité. Il faudrait être prêt à reprioriser les différents investissements que l’on fait. On ne peut pas parler des côtés de la bouche. Les services sociaux sont l’un des exemples qui me vient en tête. Le montant de base a été fixé en 2001, et 17 ans plus tard, les hausses de budget suivent seulement le coût de la vie », lance l’élu.

M. Fleury pense que les débats autour du budget ont démontré une nette division entre les élus des quartiers urbains et ruraux.

Le conseiller de Rideau-Rockcliffe, Tobi Nussbaum, explique qu’il n’avait d’autre choix que de voter contre ce budget pour une raison bien simple.

« Je trouve qu’il y a trop de trous dans le budget. Il y a des aspects où l’on sait que l’on a pas assez d’argent et selon moi, on se doit d’être honnêtes envers les citoyens. Il faut procéder à des changements l’an prochain pour s’assurer que l’on a assez d’argent pour maintenir les services actuels ».