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Avec <em>Le Malaimant</em>, Michèle Vinet offre à son public un quatrième roman, déjà considéré comme un véritable bijou littéraire.
Avec <em>Le Malaimant</em>, Michèle Vinet offre à son public un quatrième roman, déjà considéré comme un véritable bijou littéraire.

Michèle Vinet: Maître et esclave de l’écriture [VIDEO]

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Invitée d’honneur du SLO, la Franco-Ontarienne Michèle Vinet a publié il y a quelques semaines son quatrième roman, Le Malaimant, véritable bijou littéraire où la poésie, le conte, le désir irrépressible d’écrire et l’angoisse de la page blanche se passent le relais.

Ce Malaimant, qui se prénomme Aurel, s’est mis en tête de coucher sur le papier le mirifique objet de sa ferveur amoureuse : Blanche. Cette femme, il sait très bien la magnifier à l’oral, le soir au coin du feu, alors qu’il lui invente des histoires où il la met en scène. 

À l’écrit, pourtant, l’amoureuse s’avérera indescriptible... Aurel est tétanisé par la peur de travestir cette muse érigée en idéal... et sa « crampe de l’écrivain » prendra des proportions étourdissantes, sans que consulter le médecin du village ou le vieux rebouteux des parages ne puisse l’aider dans sa quête, apparemment maladive, pour décrire l’amour de sa vie.  

Pour Michèle Vinet, écrire n’est, malgré la virtuosité de sa plume, ni un don naturel ni encore moins une maladie : « Pas une maladie, mais [une activité] incurable, oui ! » convient en riant cette diplômée de l’Université d’Ottawa en lettres françaises, déjà lauréate de plusieurs prix littéraires (Trillium, Le Droit et Émile-Ollivier, notamment)... avant de préciser qu’elle ne connaît pas l’angoisse de la page blanche, bien au contraire. 

L’étape du premier jet est souvent un moment de plaisir intense, durant lequel Michèle Vinet, en quasi-transe,  s’« amuse » à laisser les personnages venir à elle, les découvre et les écoute s’exprimer. Lorsqu’elle amorce un récit, elle ne sait jamais vraiment où la conduiront les mots ou les protagonistes, dont elle se laisse « posséder ».

« Je ne cherche jamais un roman ; c’est lui qui me cherche », témoigne-t-elle.

« Mais je travaille très, très fort ensuite » pour dompter le texte et lui donner sa structure finale, ajoute-t-elle. Poétesse à ses heures, elle « peut passer des heures » à ciseler un paragraphe et à changer 100 fois de mots, convient celle qui a aussi publié un recueil de poésie en anglais (Tendrils).


« Je ne cherche jamais un roman ; c’est lui qui me cherche. »
Michèle Vinet, auteure

Quête de soi

Bien que la vie de couple constitue bien le point de départ du Malaimant, il s’agit en fait d’un « roman d’amour en trompe l’œil », explique l’auteure, qui y voit davantage une quête initiatique. « Je parle de la recherche de soi, à travers le cheminement d’Aurel », qui va « apprendre à grandir » à travers cette expérience d’écriture entamée en catastrophe, et poursuivie dans le plus grand désarroi.

Aurel incarne aux yeux de Michèle Vinet ce « cheminement pour comprendre qui on est, ce qu’on veut devenir, et comment [y parvenir]. Il va d’abord [s’éparpiller], travailler fort pour chercher midi à 14 h — sans le trouver — avant de se rendre compte qu’il a tout en lui ». Et ce n’est qu’après s’être trouvé, ou découvert, qu’« il saura se raconter et dire Blanche. L’écriture est une quête de soi ».

Elle n’aime guère le mot « inspiration ». « Écrire, chercher, peindre, trouver, ce n’est pas attendre un deus ex machina », mais « travailler fort », creuser dans les profondeurs de ses « rêves », de ses émois et de son inconscient, piocher dans sa « noblesse » et son « humilité ». Mais c’est aussi, en premier lieu : « s’asseoir et se rendre disponible à ce qui veut être raconté. Je m’abandonne alors devant ma page blanche. Je ne m’impose rien, je laisse l’histoire se raconter, je la découvre au fur et à mesure que je l’écris — et c’est un grand bonheur, une liberté totale ! » 

S’abandonner à l’écriture

« On s’abandonne à l’écriture » jusqu’à que, sans raison apparente, presque par accident, « cet abandon ‘advienne’. «Écrire, c’est d’abord être l’heureux esclave de cette exigence. Puis redevenir son maître» en s’affairant à trouver des synonymes plus précis ou plus imagé, à couper les mots superflus, à ciseler le champ lexical et les sonorités de la phrase. (Voulez-vous faire plaisir à Michèle Vinet ? Lisez Le Malaimant à haute voix...) «Une fois que vous avez bâti la maison, il faut la rendre habitable !» témoigne la maître artisane. 

Est-ce qu’écrire, c’est trahir ou travestir la réalité ? «Il y a, je crois, un danger. La parole n’arrivera jamais à décrire le cœur humain. La langue est un outil pour essayer de raconter ce qui est indicible», acquiesce Michèle Vinet. 

La Franco-Ontarienne vit entourée du regard de ses maîtres à écrire, accrochés «juste là sur mes murs» — «Balzac, Chateaubriand, Rimbaud, Baudelaire, Virginia Woolfe... les grands classiques ! Ce sont eux qui m’ont donné envie d’écrire !» Et qui, du haut de leurs cadres, l’observent manier sa plume avec la même exigence.


Michèle Vinet au SLO

• Lundi 22 février

15 h : Lire en chœur en duo avec Kim Thuy

Prescriptions littéraires sur les réseaux sociaux de l’Association des libraires du Québec (ALQ)

• Vendredi 26 février 

17 h 45 : Entretien d’honneur

• Samedi 27 février 

17 h 15 : Livres comme l’air 

Cérémonie de lecture de dédicaces à des écrivain.e.s emprisonné.e.s avec lesquels des auteurs du SLO ont été jumelés, via Amnistie internationale. Mme Vinet lira la lettre qu’elle a adressée à l’écrivain ouïghour Ilham Tohti, condamné à la prison à perpétuité par le gouvernement chinois. L’invitée d’honneur du SLO a eu une longue carrière d’enseignante et continue d’animer des ateliers d’écriture, notamment auprès de la population carcérale.