Même s’il se réjouit que Québec reconnaisse enfin le problème de la mérule pleureuse, Maxime Boivin (à gauche) est tout de même déçu qu’aucun fonds d’aide ne soit recommandé. Il est ici en compagnie de sa conjointe, Marie-Hélène Cauchon et de leur fille, Anna-Ève.

Mérule pleureuse: la bataille est loin d’être gagnée

Plusieurs propriétaires de résidences infectées par la mérule pleureuse attendaient de pied ferme le rapport interministériel sur le sujet qui a été déposé jeudi à l’Assemblée nationale. S’ils se réjouissent que Québec reconnaisse enfin le problème causé par ce champignon appelé «cancer du bâtiment», la bataille est loin d’être gagnée pour eux.

«La mérule pleureuse est un phénomène très préoccupant, admet la ministre responsable de la Protection des consommateurs et de l’Habitation, Lise Thériault. Le gouvernement le reconnaît. C’est un phénomène nouveau ici, au Québec et nous avons l’intention de le regarder de très près et assez rapidement. Le Québec est la première province au Canada à se pencher sur cette question-là.»

Le porte-parole du Regroupement mérule pleureuse Québec se désole que le rapport n’aille pas plus loin. «Le rapport a été commandé à la suite de deux pétitions demandant un fonds d’aide d’urgence et que les propriétaires de maisons infectées par la mérule pleureuse puissent être reconnus comme des sinistrés, indique Maxime Boivin. On aimerait que les victimes de la mérule puissent être pris en charge par la Croix-Rouge, qu’ils puissent avoir du soutien pour se relocaliser, comme on le fait dans le cas d’une inondation ou d’un incendie. C’est sûr qu’on est déçus parce que le rapport n’en fait pas mention. Mais, la ministre Thériault nous a dit que c’était une première étape. On a l’impression que quand on parle à la ministre, ce n’est pas la même chose que quand on lit le rapport.»

Celui-ci insiste sur le fait qu’une maison bien construite et bien entretenue est normalement à l’abri de la mérule pleureuse. Pour M. Boivin, cette recommandation est plutôt insultante. «La mérule est extrêmement rapide quand elle commence à s’établir, soutient-il. On a vu une maison récemment construite au coût d’un million$ où la mérule s’est installée dans l’entre-toit. On ne va pas là à tous les jours!»

Selon la firme d’experts Enviro-Option, 98 cas de mérule pleureuse ont été recensés au Québec en 2017 et, seulement depuis le début de l’année 2018, une vingtaine de nouveaux cas ont été découverts.

Pendant les trois ans qu’il a habité sa résidence de Saint-Marcellin, près de Rimouski, Maxime Boivin a souffert de pneumonie, de bronchite et de sinusite. À la fin mai 2014, lui et sa conjointe, Marie-Hélène Cauchon, ont découvert que leur maison est infectée par la mérule pleureuse. Ils ont alors été contraints de quitter. En septembre 2016, le couple a procédé à la démolition du bungalow. 

Depuis, ils sont toujours propriétaires du terrain, dont ils doivent payer les taxes municipales. Ils doivent aussi continuer à rembourser leur prêt hypothécaire pour une période de 17 ans. Ils n’ont plus les moyens de se faire reconstruire une autre maison et doivent payer la location d’une autre pour se loger.