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Le rappel des consignes draine énormément d’énergie, selon deux travailleurs du milieu de l'éducation
Le rappel des consignes draine énormément d’énergie, selon deux travailleurs du milieu de l'éducation

Masques au secondaire: «Certains ados s’en contrefichent»

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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Des masques placés à l’envers, en dessous du nez, voire sur le menton. Des câlins ou même des baisers dans le cas de couples, en plein corridor, sans compter l’échange de cigarettes ou de vapoteuses. Des élèves qui se déplacent de pupitre en pupitre ou encore changent de local à l’insu des surveillants. Des dîners qui s’éternisent, à petites bouchées, pour pouvoir éviter de remettre le masque. À tout cela s’ajoute une distanciation jugée ardue à respecter.

À la fois entres les murs et sur le terrain des écoles secondaires de l’Outaouais, le personnel est contraint de «répéter, répéter et répéter les consignes sanitaires», car les directions d’établissement préfèrent qu’on emprunte uniquement la voie de la sensibilisation, y compris avec ceux qui font la sourde oreille, affirment un ex-membre du personnel et une enseignante de deux écoles secondaires de Gatineau qui ont parlé au Droit, préférant toutefois taire leur nom. 

«Le masque n’est pas porté de façon adéquate par plusieurs élèves. Les directions disent toujours qu’on ne doit pas y aller avec le renforcement négatif ou la répression, qu’il faut les instruire, sauf qu’il n’y a jamais rien qui se passe. Sur l’heure du dîner, par exemple, il n’y a pas assez de surveillants. Des élèves se mêlent entre eux, se promènent parfois sans masque, d’autres l’ont sur le menton. Il faudrait que les intervenants restent en classe avec eux et qu’il y ait un roulement (de personnel), que tout le monde donne un coup de main. En général, plusieurs collaborent bien, mais les jeunes sont des jeunes, alors dès que tu te tournes le dos, ils font le contraire», s’exclame un membre du personnel comptant plusieurs années d’expérience qui a quitté son emploi.


« En matière de COVID-19, il faudrait qu’on fasse plus d’efforts. Il y a certains ados qui s’en contrefichent, qui jouent à la roulette russe d’une certaine façon. »
Un ex-membre du personnel

L’automne dernier, les élèves du secondaire devaient porter un couvre-visage, alors qu’ils sont depuis leur retour à l’école la semaine dernière obligés de porter le masque de procédure. Deux par jour leur sont fournis par le ministère de l’Éducation. 

Selon cet ex-membre du personnel, le message lancé par les autorités scolaires au sujet du port du masque n’a pas toujours été clair, si bien que ça laisse place à de l’interprétation et de l’ambiguïté pour les jeunes. 

«On peut enlever son masque quand on mange, mais quand un élève mangeait une pomme, par exemple, je lui disais qu’il ne pouvait pas se déplacer partout sans masque en prenant une bouchée ici et là. [...] Oui, il y a les fameuses bulles-classes, sauf qu’aussitôt que c’est la pause ou qu’ils sortent de l’école, ça se colle, ça se bécote, ça se donne des câlins. Je sais bien que l’école n’est pas une prison non plus, mais on a beau établir des règles qui semblent correctes sur papier, c’est une autre chose sur le terrain et une fois rendu sur le trottoir. À l’école, on éduque, il y a les mathématiques et le français, mais en matière de COVID-19, il faudrait qu’on fasse plus d’efforts. Il y a certains ados qui s’en contrefichent, qui jouent à la roulette russe d’une certaine façon», dit-il.

Conscient que la situation n’est pas évidente pour les adolescents qui ne peuvent être en classe qu’un jour sur deux, l’individu pour qui la pandémie a été en quelque sorte «la goutte qui a fait déborder le vase» avant de quitter son poste espère que la crise finira plus tôt que tard.

«Je me sentais quand même en sécurité, avec mon masque et mon Purell, mais en travaillant avec autant de jeunes, ça demeure quelque chose que tu as toujours en arrière de la tête, dans tes pensées», affirme l’ex-employé de l’établissement.

La pensée magique... et les lunettes roses

Une enseignante qui cumule une vingtaine d’années d’expérience dans une autre école secondaire de Gatineau fait à peu près le même constat en ce qui a trait aux masques.

«Ils ne sont pas nécessairement adaptés à la grandeur du visage et excluant des vidéos en début d’année, personne ne leur a montré comment les ajuster et les mettre sans se contaminer. Des masques en dessous du nez ou encore avec le côté intérieur à extérieur, on en voit et il faut constamment faire des rappels. On en retrouve aussi partout, y compris par terre. Certains profitent de notre inattention pour se déplacer d’un bureau à un autre. On fait beaucoup de surveillance, tout notre quotidien a été modifié autour de ces règles. [...] Les ados, c’est dans leur nature, pensent que rien ne va les atteindre. Ils sont dans le pensée magique, se sentent invincibles», décrit-elle.

Elle aussi considère que le rappel des consignes draine énormément d’énergie.

«Le masque, on ne peut jamais garantir qu’il est bien placé et la distanciation sociale, ce n’est vraiment pas facile à faire appliquer. On a comme consigne de faire respecter les règles, mais on n’entrera pas en conflit, on n’expulsera pas (un élève). On va rappeler et encore rappeler, mais ça devient épuisant», avoue-t-elle.

Elle reproche aux directions des centres de services scolaires et au ministre Roberge de voir la situation avec des lunettes roses.

«Il y a une grande déconnexion avec le milieu. Il faut vraiment ne pas voir ce qui se passe. Il faudrait qu’ils viennent plus souvent nous visiter. Le ministre qui dit publiquement que tout va bien et que la qualité d’air est bonne. Je ne comprends pas, il ne vit pas sur la même planète que nous. On fait ce qu’on peut, on fait notre travail, mais de dire publiquement que tout se passe bien et que tout est respecté, ce n’est pas vrai», lance l’enseignante.

Ventilation

Cette dernière ajoute qu’au-delà du masque, en quelque sorte devenu ancré dans les habitudes, c’est avant tout la question de la ventilation qui tracasse les enseignants cet hiver. 


« Certains élèves naviguent bien là-dedans, d’autres moins. Mais je ne parlerais pas de génération sacrifiée comme on entend parfois, car je pense qu’ils vont s’en sortir, ils ont plein d’outils. Par contre, je n’ai jamais vu autant d’élèves en détresse »
Enseignante

«On sait que ça peut se propager dans l’air (le virus) et c’est encore plus inquiétant qu’à l’automne. Je ne suis pas convaincue que les tests (l’échantillon de 10% des écoles avant les Fêtes) ont été faits de la bonne façon. De notre côté, il n’y a soit pas de fenêtres, soit elles ne s’ouvrent pas. Tout le monde porte le masque, c’est ce qui nous protège et on se raccroche à ça, mais c’est sûr que nous aimerions avoir d’autres garanties, assurances. Nous ne sommes pas rassurés», note-t-elle.

Chose certaine, elle soutient que l’enseignement hybride (alternance entre à distance et en classe pour les secondaires 3 à 5) est le plus imposant défi, autant pour les élèves que le personnel.

«Certains élèves naviguent bien là-dedans, d’autres moins. Mais je ne parlerais pas de génération sacrifiée comme on entend parfois, car je pense qu’ils vont s’en sortir, ils ont plein d’outils. Par contre, je n’ai jamais vu autant d’élèves en détresse. Des crises d’anxiété, je n’en ai jamais vues autant sinon plus. [...] Je ne me sens pas en sécurité (à l’école), mais c’est certain que je préfère être en classe, c’est bien plus efficace. Je suis capable de sentir quand ils perdent le fil. On s’adapte, mais c’est difficile à distance d’aller chercher les élèves à risque. Si on choisit ce métier de relation, c’est pour être avec eux», nuance-t-elle.