À Ottawa, une centaine de manifestants ont bruyamment fait entendre leur dégoût face à l’acquittement, jeudi, de Raymond Cormier, le dernier copain à avoir fréquenté la jeune autochtone Tina Fontaine, retrouvée morte en août 2014.

Marche pour soutenir les proches de Tina Fontaine

WINNIPEG — Des centaines de personnes ont défilé dans les rues de Winnipeg, vendredi, pour soutenir les proches de Tina Fontaine, une Autochtone de 15 ans dont le cadavre enveloppé dans une couverture avait été jeté dans la rivière Rouge en août 2014.

Après onze heures de délibérations, un jury a reconnu jeudi Raymond Cormier non coupable du meurtre au deuxième degré de l’adolescente. La Couronne avait déposé en preuve les aveux de l’accusé enregistrés secrètement par la police, mais la défense a semé un doute raisonnable en raison de failles dans la preuve médico-légale.

Vendredi, un cortège qui faisait trois pâtés de maisons s’étirait du palais de justice jusqu’à l’endroit où le corps de l’adolescente avait été retrouvé. Sur des pancartes, on lisait: «Pas de justice, pas de paix», «Justice pour tous» et «On t’aime Tina».

Thelma Favel, la grand-tante qui avait élevé Tina Fontaine, a dit aux marcheurs que l’esprit de l’adolescente flottait sur la manifestation. Des leaders ont quant à eux répété que les services sociaux et le système judiciaire laissaient tomber les jeunes Autochtones.

Certains réclament aussi que la Couronne dépose de nouvelles accusations contre Raymond Cormier relativement à ses relations avec la victime. Dans ses aveux enregistrés par la police, l’homme a admis qu’il avait eu des relations sexuelles avec l’adolescente de 15 ans. La Couronne a même suggéré au procès que l’accusé avait peut-être assassiné l’adolescente lorsqu’il a constaté qu’elle était mineure.

Le cadavre de Tina Fontaine, enveloppé dans une housse de couette plombée de pierres, avait été retrouvé dans la rivière Rouge huit jours après sa disparition. Raymond Cormier a été accusé plus d’un an après.

L’adolescente de la communauté de la première nation Sagkeeng, à 120 km au nord de Winnipeg, avait été exploitée sexuellement après son arrivée en ville. Le jury avait entendu le triste récit de sa courte vie: son père avait été assassiné, elle était élevée par sa grand-tante mais sa mère, qui habitait Winnipeg, avait refait surface dans son existence. C’est en lui rendant visite à Winnipeg que sa vie a commencé à partir en vrille.

Tina et son petit ami ont rencontré Raymond Cormier à l’été 2014. Les jurés ont appris que cet homme beaucoup plus vieux avait offert le gîte au jeune couple - mais il avait aussi procuré de la drogue à l’adolescente et avait eu des relations sexuelles avec elle.

Au moment de sa disparition, Tina Fontaine était en fugue des services sociaux.