Dans une entrevue accordée à La Voix de l’Est l’été dernier, Dardan Isufi, cofondateur d’Eva avec Raphaël Gaudreault, disait vouloir «déconstruire» le monopole d’Uber au Québec.

Marché du taxi: après Uber, Québec ouvre la porte à Eva

EXCLUSIF / Uber ne sera plus seul à tenter de percer le marché du taxi. Le gouvernement du Québec ouvre un peu plus grand la porte au transport collaboratif en autorisant un deuxième joueur, la coopérative québécoise Eva.

Le Soleil a appris que le gouvernement Legault vient de modifier le projet pilote signé avec Uber en 2016 pour y ajouter une entente avec la coopérative de solidarité Eva. La jeune pousse québécoise pourra donc rivaliser avec le géant américain, en étant autorisée à offrir du transport en voiture dans les marchés de Québec, de Montréal et de Gatineau.

L’entreprise fondée en 2017 par Raphaël Gaudreault, de Saguenay, et Dardan Isufi, de Granby, tente depuis plusieurs mois d’obtenir le droit de s’implanter au Québec. Dans une entrevue accordée à La Voix de l’Est l’été dernier, M. Isufi disait vouloir «déconstruire» le «monopole» d’Uber au Québec. Il dénonçait le projet pilote de 2016, — qui a été reconduit en 2017 et en 2018 —, qui empêchait selon lui toute nouvelle concurrence dans le monde du transport collaboratif. 

Eva fonctionne un peu de la même façon qu’Uber. Les passagers s’inscrivent comme membres et signalent par l’entremise d’une application mobile leurs besoins en transport.

La différence avec Uber, c’est que les profits de cette économie de partage restent dans la communauté où ont eu lieu les transactions. Eva demande aux chauffeurs de lui verser 15 % du prix de la course, alors que Uber prélève 25 %, et Eva n’a pas de bureau central qui voit et conserve les données des utilisateurs. Les cofondateurs Isufi et Gaudreault se servent de la technologie de la chaîne de blocs pour assurer une transmission d’information transparente et sécurisée entre les utilisateurs. 

Bonnardel impressionné

Lorsqu’il était dans l’opposition, le caquiste François Bonnardel avait livré lui-même la demande d’Eva à l’ex-ministre des Transports André Fortin. Il jugeait son modèle d’affaires «impressionnant» et s’impatientait de voir le gouvernement reconnaître son potentiel. Maintenant qu’il est aux commandes comme ministre des Transports, M. Bonnardel a, visiblement, fait avancer le dossier. 

Les conditions exigées pour qu’Eva puisse faire des affaires au Québec sont légèrement différentes de celles d’Uber. Le ministère des Transports exige que Eva lui verse entre 1,17 $ et 1,53 $ par course, contrairement à des redevances oscillant entre 0,90 $ et 1,26 $ pour Uber. C’est qu’Uber doit verser un acompte trimestriel de 1,1 million $ au gouvernement du Québec, tandis que pour Eva, qui est une jeune entreprise en démarrage, l’acompte sera de 100 000 $ chaque trois mois. 

Pour le reste, les deux entreprises devront respecter les mêmes règles. Le gouvernement exige que les chauffeurs soient formés, que leurs antécédents judiciaires soient vérifiés, que la mécanique de leurs véhicules soit conforme et que ces véhicules soient bien identifiés.

Pour l’heure, Eva pourra seulement s’implanter dans les trois grandes villes où se trouve Uber (Montréal, Québec et Gatineau), même si son objectif à plus long terme est de sortir des grands centres et d’offrir une solution de transport aux plus petites villes du Québec. 

Depuis qu’il est au pouvoir, le gouvernement Legault a éteint des feux dans le monde du taxi et du transport collaboratif en reconduisant à la pièce tous les projets pilotes qui avaient été autorisés par l’ancien gouvernement libéral. 

Le ministre Bonnardel planche maintenant sur une modernisation globale de l’industrie du taxi, qui permettrait une équité entre tous les joueurs, que ce soit les taxis conventionnels, les taxis électriques ou les applications mobiles de transport de personnes. Le souhait est d’arriver avec une solution globale d’ici environ un an.