Les résidents de la région qui ont fait la grève pour le climat ont convergé vers la colline parlementaire, vendredi, faisant gonfler les rangs des manifestants.

Manifestation monstre pour le climat à Ottawa-Gatineau [PHOTOS]

L’urgence climatique mobilise des milliers de personnes à Ottawa et Gatineau vendredi alors que des manifestations sont organisées dans des dizaines de villes canadiennes.

Signe que l’urgence climatique est une vive préoccupation pour une bonne partie de la population d’Ottawa, de Gatineau et des environs, des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers la colline parlementaire pour exiger des actions concrètes et immédiates pour protéger l’environnement.

Il est difficile, voire impossible d’établir le nombre exact de manifestants. Une chose est certaine, c’est que la foule laissait peu de lumière au gazon devant la tour de la Paix en début d’après-midi. 

«Je m’attendais à 10 000, peut-être 15 000. Encore là, c’était l’idéal. Je ne m’attendais pas à autant de gens», affirme une des organisatrices du rassemblement et membre du collectif Climat GO, Myriam St-Pierre.

«Je me demande encore si on est dans un rêve ou dans la réalité, ajoute sa comparse Anna Morineau. Le collectif a été créé pour l’organisation le 17 juillet. On a travaillé là-dessus très fort, mais on n’est pas toutes seules. Il y a des professeurs, des étudiants, des gens de partout qui sont regroupés pour organiser ça et c’est un succès énorme qu’on n’aurait jamais prédit.»

À LIRE AUSSI: Manifester en famille pour embellir le futur [PHOTOS]

Greta Thunberg demande à Trudeau d'écouter ce que dit la science

«Une marche mue par Greta Thunberg», l'éditorial de Pierre Jury

Le message des organisatrices, des participants rencontrés vendredi, ainsi que de ceux et celles qui ont pris la parole sur la colline parlementaire était clair. Il faut des actions concrètes et immédiates pour sauver la planète et «pas juste des promesses en l’air», souligne Mme St-Pierre.

«On veut du concret, mais on veut aussi de l’honnêteté. En ce moment, on est en train de diminuer la crise climatique. On nie la vérité et ça n’aide clairement pas les gens à prendre des décisions éclairées», ajoute Gabrielle Bédard, également membre du collectif Climat GO.

Climat GO utilise les données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour chiffrer ses revendications. L’organisation affirme que pour limiter à 1,5 degré Celsius le réchauffement du climat, il faudrait réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES) de 50% d’ici 2030 et de 100% d’ici 2050. Malgré cet effort, ça ne donnerait à l’humanité que 66% de chances d’atteindre cet objectif de ralentissement du réchauffement climatique.

«C’est ce que demandent 88 villes au Québec aujourd’hui. Pas juste au Québec, l’Ontario aussi. C’est les mêmes revendications que Greta Thunberg», précise Mme Morineau.

De son côté, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a tenu à réitérer son soutien envers les manifestants qui se sont déplacés au rassemblement vendredi.

«Je suis très fier de nos jeunes, mais aussi de nos moins jeunes, car il y en avait de tous les âges et la présence était massive, indique-t-il.

«On est déjà une ville à l’avant-garde en matière d’environnement, ajoute M. Pedneaud-Jobin. Certains nous trouvent parfois trop sévères, mais il y a une urgence climatique et il faut agir. Gatineau vous écoute!»

Plusieurs familles ont pris part à la manifestation.

Jeunesse mobilisée

Si certains ont pu croire que les étudiants de l’Université d’Ottawa, de l’Université du Québec en Outaouais et du Cégep de l’Outaouais profiteraient de la grève pour le climat pour la grasse matinée, ils se sont trompés. 

Ces établissements d’enseignement supérieur ont demandé à leurs professeurs d’accommoder les étudiants qui souhaitaient rater un cours pour aller manifester.»

Étudiant de l’Université de Fribourg en échange à l’Université d’Ottawa, Niclas Maeder est de ceux qui n’ont pas voulu abuser de ce privilège.

«Ça m’énerve de toujours entendre que les jeunes ne votent pas, qu’ils ne s’impliquent pas en politique, affirme M. Maeder. Si on agit aujourd’hui, c’est clair, c’est parce que c’est important.»

«Le monde a vraiment l’environnement à cœur et ils se sont déplacés pour ça. Il y a même des gens qui ont pris des journées de congé non payé», ajoute Myriam St-Pierre.

Les orateurs invités sur la colline n’ont pas manqué de rappeler aux manifestants que les élections fédérales approchent en plus d’inviter le public, sans nommer un parti politique en particulier, à voter pour ceux qui présentent la meilleure plateforme environnementale.

Avec Julien Coderre, Le Droit

+

PROTÉGER L'ENVIRONNEMENT « DEPUIS 526 ANS »

Les organisateurs du grand rassemblement pour le climat dans la capitale fédérale ont laissé une grande place aux orateurs des Premières nations vendredi.

En raison de leur rapport spirituel avec la nature, les communautés autochtones sont des alliées de choix pour la cause environnementale.

La gardienne du savoir de la communauté algonquine du lac Barrière, Monique Manatch, a raconté l’histoire de la création de l’homme transmise par des anciens.

«La créatrice avait fait tout le reste: les arbres, les fleurs, les animaux qui volent, ceux qui nagent, ceux avec de la fourrure, ceux qui rampent, a partagé Mme Manatch. Nous sommes les derniers à avoir été créés et nous avons besoin de tout le reste pour survivre.»

«Ce n’est pas la Terre Mère qui va mourir si nous continuons comme ça, ce sera nous. Elle et le reste de la création peuvent très bien se porter sans nous», a ironisé Monique Manatch.

Jocelyn Wabano-Iahtai n’a quant à elle pas raté l’occasion de souligner que les communautés autochtones se battent «depuis 526 ans» pour protéger la terre, l’eau et l’air.

«J’invite tous les adultes à se tourner vers les plus jeunes d’entre nous et à leur demander pardon. Nous n’avons pas pris nos responsabilités comme nous aurions dû le faire», a lancé Mme Wabano-Iahtai.

Le groupe de musiciens autochtones les «Ottawa River Singers» a également fait danser les manifestants au son de leurs percussions à deux reprises vendredi, sur la colline du Parlement.