Manif anti-masque à Québec: la police a-t-elle trop tardé avant d’agir?

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Trente-quatre constats d’infraction. C’est ce que le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a remis samedi aux manifestants anti-mesures sociosanitaires rassemblés par dizaines, voire par centaines, devant le Parlement, sans masque ni distanciation. Sur les réseaux sociaux, plusieurs voix se sont élevées contre l’intervention timide et tardive des policiers. Explications du SPVQ.

D’abord une manifestation motorisée sur les axes autoroutiers du Québec, le «Convoi de l’union pour la liberté» s’était donné rendez-vous sur la colline Parlementaire en début d’après-midi samedi. Afin de permettre aux manifestants de respecter la distanciation de deux mètres, la circulation a été fermée sur Honoré-Mercier entre Grande-Allée et René-Lévesque. 

Des dizaines de manifestants se sont ainsi rassemblés pour demander notamment la fin des «mesures sanitaires abusives». Dans les vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux, on voyait clairement que les manifestants ne portaient pas de masque et ne respectaient pas les mesures de distanciation. 

Peu avant 14h, le SPVQ indiquait sur Twitter que des directives avaient été transmises aux manifestants présents, que le port du couvre-visage était obligatoire et qu’il fallait garder une distance de deux mètres. Vers 16h, il écrivait, toujours sur Twitter, qu’un ordre avait été donné aux manifestants de porter le masque et de respecter la distanciation en vertu du décret 1020-2020. «En cas de non collaboration, les contrevenants pourraient recevoir un constat d’infraction», avertissait-il.

Il faudra toutefois attendre aux alentours de 19h avant que les policiers commencent à distribuer des constats d’infraction aux récalcitrants, dont plusieurs avaient déjà quitté la manifestation. «Nous intervenons présentement auprès des manifestants. Ceux qui ne portent pas le masque et ne respectent pas la distanciation recevront des constats d’infraction sur le champ», indiquait le SPVQ vers 19h20, une demi-heure avant la fin de l’événement.

Sur Twitter, plusieurs abonnés ont remis en question la tolérance des policiers à l’égard de ces manifestants qui présentaient un risque pour la santé publique, les accusant d’avoir tardé à intervenir. D’aucuns ont souligné que les règles n’étaient pas égales pour tout le monde, que ça envoyait un mauvais message à la population et qu’il sera difficile après de «demander aux gens de suivre les règles». 

«Nous on se sacrifie, pas de Noël pour le bien-être des autres, je porte le masque neuf heures par jour. Là, c’est pas juste. Tout le monde de ce groupe doit recevoir un gros ticket», a réclamé Annie Hervé.

Certains ont aussi rappelé que la police n’avait pas été aussi tolérante à l’endroit des manifestants pendant le printemps érable, alors que leur comportement ne mettait «personne en danger». «Je trouve que la police traite les complotistes de façon EXCESSIVEMENT indulgente», s’est indigné Maxime Dorion.

Le SPVQ explique que lorsqu’il est informé de la tenue d’un événement impliquant des foules, «une évaluation exhaustive est effectuée par notre service en fonction de différents paramètres, dont le contexte et le type de foule afin de remplir notre mission première qui est de protéger la population». 

«Nous sommes également en contact constant avec la Santé publique, ce qui contribue à guider nos actions. Intervenir massivement auprès d’une foule importante lors d’une crise sanitaire représente un défi supplémentaire. En effet, nous devons soupeser constamment les bénéfices des inconvénients qu’engendreront nos interventions auprès de la foule», explique par courriel le porte-parole David Pelletier.

L’agent Pelletier ajoute que le Service de police doit également «respecter certaines étapes bien précises émises par le DPCP [Directeur des poursuites criminelles et pénales] avant de pouvoir émettre des constats». «Nous sommes donc intervenus au moment que nous avons jugé opportun auprès des manifestants», résume le SPVQ. 

Les 34 constats d’infraction ont été remis pour non-port du masque (amende de 1000 $ plus les frais applicables), mais aussi en vertu de la réglementation municipale sur la paix et bon ordre. «Les infractions visées ont été d’avoir injurié un agent de la paix, d’avoir entravé le travail d’un agent de la paix et d’avoir causé du désordre. L’amende est de 150 $ plus les frais», précise l’agent David Pelletier.

Des constats d’infraction au Code de la sécurité routière ont en outre été remis à des manifestants «qui utilisaient leur téléphone cellulaire pour se filmer en conduisant».

Le SPVQ souligne que l’enquête se poursuit et qu’il n’est donc «pas exclu qu’à la suite d’analyses, des constats supplémentaires soient remis». 

Pour le cabinet de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, «il est encore surprenant de voir que certaines personnes ne comprennent pas la gravité de la situation».

«Il faut être clair, ceux qui contreviennent aux directives s’exposent à des amendes. Leurs gestes peuvent avoir des conséquences sur leurs proches et leur communauté», rappelle l’attachée de presse de la ministre Guilbault, Amélie Paquet. 

«Les policiers ont actuellement tous les outils en main pour agir, et nous nous attendons à ce qu’ils le fassent», ajoute Mme Paquet.