Le gérant chez Cycle Outaouais, Hugo Demers-Massé
Le gérant chez Cycle Outaouais, Hugo Demers-Massé

Magasins de vélos: c’est la folie chaque jour

Un simple coup d’œil rapide dans les rues de quartier et sur les pistes cyclables de la région de la capitale fédérale nous donne de bons indices : à n’en point douter, le vélo connaît un regain de popularité. L’achalandage et les ventes dans les magasins spécialisés a bondi.

Chez Cycle Outaouais, en affaires en sol gatinois depuis 45 ans, on estime que les ventes ont carrément doublé comparativement à la même période en 2019.

« Avec tout ce qui se passe, les gens sont limités dans leurs activités alors on remarque que les vélos ressortent du lot. Quand je me déplace pour venir travailler, je pense qu’il y a autant de vélos sur la piste cyclable que de voitures sur la route. Il y a beaucoup d’achats de vélos pour enfants, je suppose que les parents souhaitent que les plus petits bougent plus. Il ne nous reste pas grand-chose en magasin pour les enfants et nous ne sommes même pas encore au début de l’été. Je crois que la population veut aussi encourager les entreprises locales, sans compter que nous sommes quand même au temps de l’année où c’est le rush du printemps pour les réparations. Bref, tout arrive en même temps », lance le gérant Hugo Demers-Massé.

Précisant que « le phénomène est spécial », ce dernier indique que certains clients de la rive ontarienne téléphonent même au magasin de Gatineau pour savoir si le type de vélo qu’ils ont dans leur mire est disponible.

« Chaque détaillant a ses marques. Même pour certains fournisseurs, les stocks s’épuisent, alors ils ont commencé à sortir des modèles 2021, au lieu de répéter la production. [...] Nous, on a conservé nos anciennes manières de faire et on fonctionne sur le principe premier arrivé, premier servi. On est rendu à facilement une semaine, voire une semaine et demie d’attente pour des réparations ou un montage de vélos. Ça nous tient occupés », dit-il.

En Ontario, les commerces dont la porte d’entrée donne sur la rue ont eu l’autorisation de rouvrir mardi, mais déjà, on constate que les ventes de vélo sont en hausse.

À la boutique Foster’s Sport Centre, au centre-ville d’Ottawa, où des files d’attente se formaient dans les dernières semaines, car on pouvait continuer à effectuer des réparations, on s’attend à un achalandage encore plus important dans les prochains jours.

« Les centres de conditionnement physique et les gymnases sont fermés, les gens veulent bouger. Nous sommes très occupés », de dire le propriétaire Rami Aroosi.

Le magasin de vélo Foster’s Sport Centre, au centre-ville d’Ottawa

Lorsque ce n’est pas pour un nouvel achat de vélo d’un accessoire, les gens y viennent déjà en grand nombre pour un ajustement des freins, une lubrification de la chaîne ou encore un alignement des roues, entre autres.

Plus à l’est, au magasin Houle Sports du secteur Orléans, le propriétaire Pierre Thibeaudeau a lui aussi remarqué un engouement pour le vélo, mais comme la réouverture date d’à peine quatre jours, les prochaines semaines permettront de dresser un meilleur portrait de la situation.

« On a eu beaucoup d’appels pour des ventes et des réparations depuis deux semaines. On anticipe que ça va continuer à augmenter », indique l’homme d’affaires.


« Les gens veulent bouger. Nous sommes très occupés. »
Rami Aroosi, propriétaire de Foster’s Sport Centre

Comme un samedi tous les jours

Chez Bicyclettes de Hull, les clients font la queue devant le magasin une demi-heure avant l’ouverture des portes depuis quelque temps.

« Ça va être une bonne année. Pour donner un exemple, la semaine passée, on a reçu une commande de 50 pneus de 26 pouces, parce que beaucoup de gens ressortent leur vieux vélo du cabanon. Imaginez, il n’en restait que trois samedis soir », s’exclame Sylvain Lafrenière, copropriétaire avec son fils Gabriel.

Ce dernier abonde dans le même sens que son père et estime que les ventes sont en croissance d’environ 40 %.

« On a de l’inventaire, on a de la chance. Le stock était arrivé avant la COVID, alors ça nous aide. Mais ça ne restera pas longtemps sur le plancher. C’est fou, c’est la folie chaque jour. C’est comme si nous étions samedi tous les jours de la semaine ». Les gens ne veulent pas nécessairement dépenser les yeux de la tête, mais cherchent quelque chose de fiable », dit-il.

Gabriel Lafrenière ajoute que personne n’avait vu venir ce rebond dans les affaires lorsque la pandémie a éclaté et que le commerce a dû fermer ses portes quelques jours. On appréhendait même une saison estivale ardue. C’était jusqu’à ce que Québec reconnaisse les magasins et ateliers de réparation de vélos comme un service essentiel.

« C’est un beau problème », termine-t-il.