Âgée de 28 ans, Soukaina Boutiyeb est la nouvelle présidente de l’ACFO d’Ottawa.

Madame la présidente

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Soukaina Boutiyeb était jeune adolescente lorsqu’elle a quitté le Maroc, son pays natal, pour venir s’établir à Ottawa avec sa mère et sa sœur aînée. Elle s’est vite intégrée à la communauté franco-ontarienne. Si bien qu’aujourd’hui, à l’âge de 28 ans, Soukaina Boutiyeb est présidente de l’ACFO d’Ottawa et directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne.

« Je me considère Franco-Ontarienne, dit-elle. Quand je vois le drapeau vert et blanc, ça m’interpelle. Et quand tu fais partie d’une communauté, tu veux aider ta communauté et faire partie de la solution. Oui, les titres de présidente et de directrice générale interpellent un plus grand rôle. Mais le point en commun, c’est la francophonie. C’est de faire vivre cette francophonie et de s’assurer que nos droits soient respectés et qu’ils ne deviennent pas des enjeux du jour au lendemain. »

Soukaina Boutiyeb affirme que l’intégration à son nouveau pays et à sa nouvelle vie, ici, n’a pas été difficile, il y a 14 ans. Qu’elle s’est faite presque naturellement.

« C’est sûr que les premières années sont toujours difficiles pour les immigrants, dit-elle. Mais j’avais 14 ans, j’étais adolescente et c’était plutôt facile pour moi de m’intégrer. Je fréquentais l’école secondaire publique Omer-Deslauriers qui est très multiculturelle. Les étudiants venaient de partout au monde et nous formions un tout. Mes soucis, à cet âge-là, étaient les mêmes soucis que toutes les autres jeunes adolescentes. Mes études, faire du sport, avoir des amis. Une adolescence normale, quoi.

«Ma mère, par contre, a eu beaucoup de courage de tout laisser derrière elle au Maroc et de juste penser à ses enfants. Elle était enseignante là-bas et elle a dû laisser son emploi, vendre la maison, laisser ses amis et son cercle social. Elle a fait tout ça pour offrir un meilleur avenir à ses enfants. Elle s’est oubliée un peu. Elle a fait d’énormes sacrifices pour ma sœur et moi. Et quand tu vois ça, tu veux rendre tes parents fiers. Tu ne veux pas qu’ils regrettent leur choix.»

Et sa mère ne doit certes pas regretter son choix. Sa fille Soukaina est titulaire d’une maîtrise en études de conflits de l’Université Saint-Paul, ainsi que d’un baccalauréat en développement international et mondialisation avec une mineure en études des femmes de l’Université d’Ottawa. Elle a été directrice générale du Réseau du patrimoine franco-ontarien et a travaillé au Centre espoir Sophie, à Action ontarienne contre la violence faite aux femmes et au CALACS francophone d’Ottawa. Elle est de plus présidente du conseil d’administration de la Maison d’amitié à Ottawa.

L'ACFO d'Ottawa

Soukaina Boutiyeb a été élue par acclamation, le mois dernier, à la présidence de l’ACFO D’Ottawa. Cette association est très impliquée dans la lutte des francophones de la région pour l’obtention du bilinguisme officiel à la Ville d’Ottawa.

«Plusieurs portes se sont ouvertes dans ce dossier au cours de la dernière année, croit-elle. On voit de plus en plus un engouement dans la communauté. La journée du ralliement (en mai dernier) a connu un vif succès. La députée Nathalie Des Rosiers a eu du courage politique pour déposer un projet de loi privé à Queen’s Park dans ce dossier. On entend dire que le gouvernement déposera probablement lui-même un projet de loi. On discute avec eux. Et le maire, Jim Watson, semble plus ouvert à l’idée. Donc on ne peut qu’être positif et enthousiaste. Et honnêtement, il est temps que ça se fasse. La capitale d’un pays bilingue se doit d’être bilingue.» 

Quant à la question des factures d’eau bilingues et le fait que les contribuables doivent signaler à la Ville d’Ottawa la langue de leur choix, Soukaina Boutiyeb compte bien en discuter avec le maire d’Ottawa prochainement.

«Oui, cette nouvelle façon de faire de la Ville respecte la politique de bilinguisme, dit-elle, mais elle va à l’encontre de l’offre active des services en français. On comprend que c’est une question de réduction de coûts. Mais en même temps, pourquoi ne pas juste encourager les gens à opter pour une facture en ligne et quand même garder ce service bilingue ?»