Gatineau a adopté une déclaration d'urgence en matière de logement mardi, un geste salué par l'OHO.
Gatineau a adopté une déclaration d'urgence en matière de logement mardi, un geste salué par l'OHO.

Logement: le bilan de Pedneaud-Jobin est «peu reluisant», estime Logemen’occupe

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
L’administration du maire Maxime Pedneaud-Jobin a elle aussi contribué à créer l’état d’urgence en logement qu’elle vient de décréter, accuse le coordonnateur de Logemen’occupe, François Roy. 

Il est toutefois d’accord avec le maire de Gatineau sur un point. Québec et Ottawa se sont traînés les pieds trop longtemps dans ce dossier. «À part quelques bonifications, Québec n’a fait qu’attendre l’argent du fédéral, lance M. Roy. La Ville de Gatineau préfère pour sa part se camper dans son rôle d’accompagnatrice des organismes promoteurs en logement social et abordable. Il y a une crise et la Ville manque l’occasion d’assurer du leadership. Pour une administration comme celle du maire en place qui se dit progressiste, le bilan est peu reluisant. Il faut plus que seulement déclarer l’état d’urgence.»

François Roy reproche au maire Pedneaud-Jobin d’avoir laissé tomber le Mont-Bleu. «Il y a eu une importante mobilisation au début, oui, mais depuis c’est pathétique, insiste-t-il. Plein d’immeubles sont encore barricadés. Un HLM qui a été détruit n’est toujours pas reconstruit. S’il avait voulu assumer du leadership, le maire aurait pu faire ce que l’ancien maire de Québec, Jean-Paul L’Allier, a fait dans le quartier Saint-Roch. Il aurait pu demander un plan de réaménagement urbain du secteur et se donner les moyens de le mettre en oeuvre en expropriant et en achetant des terrains. Saint-Roch est aujourd’hui un exemple d’aménagement et de mixité.»

Le coordonateur de Logemen'occupe, François Roy

Gatineau affirme vouloir se doter d’une banque de terrains pour favoriser la construction de logement social et abordable sur son territoire. «Demandez-leur combien ils ont de terrains dans leur banque pour voir, dit M. Roy. Ce n’est certainement pas la banque de terrains d’une administration progressiste et aussi préoccupée par le logement qu’elle l’affirme.»La Ville aurait aussi pu augmenter sa contribution aux projets de logement en la faisant passer de 15 % à 20 % des coûts. «Ça aurait permis de débloquer des projets», avance-t-il.

François Roy reproche aussi à l’administration en place d’avoir aboli, en pleine crise du logement, la commission sur l’habitation. Cette commission a été regroupée avec celle de l’environnement et de l’aménagement du territoire. «Il est beaucoup question d’environnement à cette commission et je comprends, c’est important, mais là on décrète l’état d’urgence en logement et on n’a même pas le véhicule pour porter ce dossier de manière urgente à la Ville.»


« Il y a une crise et la Ville [de Gatineau] manque l’occasion d’assurer du leadership. »
François Roy, coordonateur de Logemen'occupe

Déclaration saluée

L’Office d’habitation de l’Outaouais (OHO) salue pour sa part la déclaration d’urgence en logement adoptée par Gatineau.

L’OHO a fait écho, mercredi matin, à la déclaration d’urgence en logement adoptée la veille par le conseil municipal de Gatineau en rappelant que la région «enregistre les coûts de loyers les plus élevés au Québec, alors que les taux d’inoccupation sont parmi les plus bas de la province». La situation, affirme l’office, n’est pas sans causer un stress important chez de nombreuses familles incapables de trouver un logement adéquat avec un loyer correspondant à leur capacité de payer. L’OHO souligne aussi que l’Outaouais vit une «réalité particulière» qui a fait grimper les coûts de construction de façon significative dans les dernières années. La pénurie de la main-d’oeuvre, la multiplication des sinistres et la pandémie sont pointées du doigt. Alors qu’il est «impératif» de construire plus de logements abordables, les promoteurs font face à des coûts de construction si élevés que leurs projets peinent à être viables. 

«Certains projets proposés ne peuvent pas se qualifier dans le cadre des programmes de financement et cela affecte le nombre de projets de logements abordables en développement, explique le directeur général de l’OHO, Mario Courchesne. Les mises en chantier ont aussi connu un ralentissement dû à la rareté des matériaux de construction, une conséquence de la pandémie.»

L’OHO souhaite que cette déclaration d’urgence en logement ouvre les yeux du gouvernement sur la réalité régionale vécue en Outaouais. L’aide financière qui sera versée doit être adaptée à cette réalité. L’office souhaite aussi que les fonds fédéraux en logement soient versés rapidement à travers le programme AccèsLogis.