La ministre Marie-Claude Bibeau, que l’on voit ici accompagné de Pierre Lampron, président des Producteurs laitiers du Canada et de la productrice Veronica Enright, a fait l’annonce d’un octroi de 1,75 milliard pour les producteurs canadiens.

L'octroi de 1,75 milliard pour les producteurs laitiers déçoit l’Union des Cultivateurs franco-ontariens

Ottawa s’est engagé à octroyer des chèques aux producteurs laitiers d’ici décembre 2019 pour compenser les pertes financières causées par les accords de libre-échange avec l’Europe et les pays d’Asie et du Pacifique. Bien qu’il accueille favorablement cette nouvelle, le président de l’Union des Cultivateurs franco-ontariens (UCFO), Marc Quesnel, se dit mitigé.

L’aide annoncée par la ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Marie-Claude Bibeau, qui doit s’étaler sur huit ans, totalisera 1,75 milliard $. Une partie, soit 345 millions $, sera disponible dès cette année.

D’un côté, le président de l’UCFO, lui aussi producteur laitier, souligne qu’il s’agit d’une offre positive, mais il s’inquiète de son sérieux, en raison des élections imminentes et du possible changement de gouvernement.

« C’est une bonne nouvelle à la surface, j’ai hâte de voir l’argent arriver. On arrive quand même en période électorale. Ça ne doit pas être juste une promesse. L’argent va peut-être arriver, mais seulement une partie, parce que tout le chèque n’arrive pas du même coup. Donc avec un possible changement de gouvernement, les programmes peuvent changer, qu’est-ce qui va arriver ? On va laisser la campagne électorale nous le dire. »

Les sommes seront allouées en fonction des quotas de chaque producteur. À titre d’exemple, un producteur moyen qui compte 80 vaches dans son troupeau recevra 28 000 $ dès la première année.

Bien qu’il se dise content de ce financement, M. Quesnel se pose tout de même des questions. « Est-ce suffisant ? Est-ce que ça va remplacer les marchés qu’on va perdre ? Jamais. »

Le président de l’UCFO affirme que les producteurs laitiers sont d’avis que ces chèques auront pour effet de mettre un « pansement sur le bobo ».

Il rappelle qu’ils ont été de véritables boucs émissaires dans le cadre des négociations d’échanges internationaux, et que cet argent leur est offert comme monnaie d’échange.

« Ils ont utilisé la production laitière, l’entrée au pays des produits laitiers étrangers pour négocier autre chose ailleurs. Oui, on est content, on va avoir une compensation, mais ça reste que 10 % de notre marché est parti à jamais. »

S’il pouvait choisir entre l’option de recevoir un chèque du fédéral ou celle de meilleurs accords commerciaux internationaux, M. Quesnel choisirait « sans hésiter » la deuxième option.

« Avec ce que l’on perd, ça mange notre marge. D’habitude, notre marge par vache diminue et on ajoute des vaches pour compenser ce manque à gagner. Aujourd’hui, ce qui se passe, c’est que l’augmentation de la demande va être comblée par les produits étrangers qui entrent. »

Le faible prix des produits importés fait en sorte que les prix des produits locaux sont eux aussi à la baisse.

Seulement au cours du dernier mois, 12 fermes ontariennes ont dû mettre la clé sous la porte, déplore M. Quesnel. « Moi, j’ai les chiffres de l’Ontario, mais c’est un problème national, ça se passe partout au Canada. »

L’offre d’Ottawa devrait couvrir environ 70 % des pertes causées par les accords avec l’Union européenne (AECG) et du Partenariat transpacifique (PTP, a confirmé M. Quesnel. Elles n’encaisseront pas les impacts de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), puisqu’il n’a pas encore été ratifié par le Canada et les États-Unis.

La ministre Bibeau a toutefois promis un autre programme similaire lorsque cet accord entrera en vigueur.

Avec La Presse canadienne