L’Institut national de santé publique rappelle que le casque de vélo est «très efficace» pour prévenir les blessures à la tête chez les cyclistes.

L’Institut national de santé publique appuie le libre choix du casque de vélo

Après plusieurs années à proposer de rendre obligatoire le port du casque de vélo pour tous les cyclistes, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) fait volte-face. Dans un long avis publié mardi, l’organisme recommande plutôt qu’on intensifie les efforts de promotion et qu’on mette l’accent sur le développement d’infrastructures sécuritaires pour les cyclistes partout au Québec.

La pertinence de légiférer sur le port obligatoire du casque de vélo a fait l’objet de trois commissions parlementaires (en 1996, en 2000 et en 2010), mais aucune mesure législative n’a jusqu’ici été adoptée à l’échelle de la province. Le réseau de la santé publique a participé à ces trois commissions en proposant chaque fois de rendre obligatoire le port du casque de vélo pour tous les cyclistes, rappelle l’INSPQ dans son avis de près de 200 pages.

Face à la controverse entourant les effets positifs et négatifs d’une telle loi, et considérant les récentes études publiées sur ce sujet, l’INSPQ a reçu le mandat du ministère de la Santé d’analyser de nouveau le dossier. Après avoir réalisé une imposante revue de la littérature, l’Institut a changé son fusil d’épaule. 

D’emblée, l’INSPQ rappelle que le casque de vélo est «très efficace» pour prévenir les blessures à la tête chez les cyclistes. Les preuves scientifiques indiquent en effet qu’il peut prévenir entre 50 % et 69 % des blessures à la tête. 

Quelques pays ont légiféré pour rendre obligatoire le port du casque de vélo, dont l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le port du casque de vélo est également obligatoire pour tous les cyclistes en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, à l’Île-du-Prince-Édouard et en Colombie-Britannique, alors qu’en Ontario, au Manitoba et en Alberta, cette obligation ne vise que les jeunes de moins de 18 ans. 

Au Québec, la municipalité de Sherbrooke a été en 2011 la première à obliger le port du casque de vélo chez les jeunes de moins de 18 ans.

Les limites d’une loi

Dans son avis, l’INSPQ souligne que bien que l’on constate une augmentation de l’utilisation du casque de vélo après l’instauration d’une loi, cette utilisation dépasse rarement les 80 % chez les cyclistes. Certains groupes, comme les adolescents, sont plus réticents à le porter, note-t-il.

Au Québec, observe l’Institut, la proportion de cyclistes qui portent un casque de vélo est déjà «assez élevée». En 2014, soit la dernière année pour laquelle des données sont disponibles, 53 % des cyclistes le portaient. En Outaouais et dans Chaudière-Appalaches, cette proportion atteignait 70 %. Chez les cinq à neuf ans, cette proportion était de 78 %, «ce qui est proche du maximum de 80 % atteignable par une loi», souligne l’INSPQ.

Selon lui, «ces résultats suggèrent qu’il serait possible d’augmenter significativement le pourcentage de port du casque sur une base volontaire dans les régions où ce pourcentage est inférieur à 70 %». 

L’INSPQ estime également qu’il est difficile de conclure avec certitude qu’une loi rendant obligatoire le port du casque de vélo contribuerait à réduire les décès et les hospitalisations chez les cyclistes «en raison des limites méthodologiques des études disponibles et des résultats parfois contradictoires». 

Principe de précaution

L’Institut considère du reste qu’on ne peut pas exclure la possibilité qu’une telle loi ait un effet négatif sur la pratique du vélo, en particulier chez les jeunes. «Ce phénomène, si minime soit-il, causerait plus de tort que de bien d’un point de vue de santé publique puisque les bienfaits sur la santé liés à la pratique du vélo sont supérieurs au risque de blessure», note-t-il.

L’organisme souligne que bien que le casque soit un équipement essentiel, il ne prévient pas toutes les blessures à la tête, pas plus qu’il ne permet «d’agir en amont» pour éviter que ne se produisent des événements provoquant des traumatismes. 

L’ensemble de ces arguments incite l’INSPQ à appliquer le «principe de précaution» et à ne pas recommander de rendre obligatoire le port du casque de vélo. L’organisme juge toutefois «essentiel» de continuer à encourager les cyclistes à le porter et de développer pour eux davantage d’infrastructures sécuritaires (vélos-boulevards, pistes cyclables, zones affichant une vitesse de 30 km/h dotées de mesures d’apaisement de la circulation, intersections avec sas vélos ou plateaux ralentisseurs, par exemple). 

«Ce type d’infrastructure permet d’agir sur tous les cyclistes, indépendamment de leur statut socio-économique, ce qui est d’autant plus important sachant que les campagnes de promotion du casque de vélo sont moins efficaces dans les milieux défavorisés et que le pourcentage de port du casque est moins élevé dans ces milieux», conclut l’INSPQ.