Lise Payette est considérée comme une icône féministe au Québec.

L’influence féministe de Lise Payette

MONTRÉAL - Lorsque Pauline Marois a été approchée par Lise Payette pour devenir sa directrice de cabinet, alors qu’elle venait d’être nommée ministre d’État à la Condition féminine par René Lévesque, elle a d’abord été réticente.

Elle avait même dit non, se remémore-t-elle, et lui avait expliqué qu’elle n’était pas féministe.

«Elle m’a dit: «Ne t’inquiète pas. Avec moi, tu vas le devenir»», se remémore l’ex-première ministre du Québec, jointe par La Presse canadienne pour parler du décès de Mme Payette, morte mercredi à l’âge de 87 ans.

Celle qui fut politicienne, animatrice et auteure avait eu raison. Mme Marois affirme qu’en travaillant avec elle, elle a eu l’occasion de constater que la bataille pour l’égalité était loin d’être gagnée.

«Je l’ai accompagnée comme collaboratrice. Je suis devenue féministe, je le suis restée et je le suis plus que jamais», assure Mme Marois.

«Et si je ne l’avais pas côtoyée, peut-être que je ne serais pas devenue première ministre du Québec.»

Lise Payette est certes considérée comme une icône féministe au Québec. Au jour de l’annonce de son décès, de nombreuses femmes ont témoigné dans les médias et sur les réseaux sociaux pour expliquer l’influence qu’elle avait eue sur leur vie et sur le féminisme.

«Il y a une phrase qu’elle a dite elle-même et qui pour moi marque tout son parcours, c’est: «Vous êtes capables de tout». Et cette phrase-là, elle la disait aux femmes, mais elle parlait aussi aux hommes Mme Payette. Je pense que c’est un élément fort important de sa contribution», a indiqué la présidente du Conseil du statut de la femme, Louise Cordeau.

L’ex-leader du mouvement étudiant Martine Desjardins a retenu le même message. Celle qui est aujourd’hui à la tête du Mouvement national des Québécoises et Québécois avait tissé des liens avec Lise Payette, qui lui avait d’ailleurs passé le flambeau afin qu’elle poursuive son oeuvre, dans un documentaire réalisé par Jean-Claude Lord et sa petite-fille Flavie Payette-Renouf, en 2013.

«Mme Payette disait toujours qu’il ne fallait pas avoir peur. (...) Ce qu’elle voulait, c’est de faire la place aux jeunes femmes, qu’elles prennent leur place et qu’elles foncent. Que les objectifs, même si on sentait qu’ils étaient parfois inatteignables, c’était possible de les atteindre, peut-être même plus rapidement qu’on le pensait», se souvient Mme Desjardins.

Mme Desjardins souligne son travail à titre de ministre de la Condition féminine, qui l’avait vue devenir la première femme à féminiser son titre et à se faire appeler Mme «la» ministre.

«C’est important. Aujourd’hui, les jeunes générations qui ne connaissent même pas Mme Payette, (lorsqu’ils entendent) par exemple en France «Mme le maire», les oreilles leur frisent. Ils sont habitués qu’on dise «la mairesse», «la ministre». On ne se pose plus de questions aujourd’hui au Québec», illustre-t-elle.

La députée de Québec debout Monique Pauzé a applaudi l’engagement de Mme Payette, qui aura au final consacré sa vie entière à la défense des causes qui lui tenaient à coeur.

«Réclamer l’égalité, réclamer qu’il y ait une égalité salariale, (rappeler) que la violence faite aux femmes ça existe toujours, ça a toujours été de son discours. Elle a trouvé différentes façons de faire passer son discours, à travers des entrevues, à travers la télévision, (en utilisant) plein de médias différents pour faire passer son discours, mais elle l’a tenu jusqu’au bout parce qu’elle avait bien confiance que ce n’était pas atteint, que l’égalité n’est pas atteinte.»

Féminisme à l’écran

Pauline Marois note que lorsque Lise Payette a terminé son engagement politique au sein du gouvernement, son influence a continué de se faire sentir par le biais de son écriture.

«Elle a écrit plusieurs téléromans qui mettaient en vedette des femmes ou des situations mettant en relation des hommes et des femmes et mettant en lumière cette nécessité de l’égalité», explique-t-elle.

Martine Desjardins dit avoir été spécifiquement marquée par le téléroman «Marilyn», qui a pris l’antenne au début des années 1990 à Radio-Canada. Louisette Dussault y interprétait le rôle titre, une femme de ménage qui finira par se lancer en politique municipale.

«On parle beaucoup évidemment des «Dames de coeurs», parce que les gens ont été choqués par (le personnage de) Jean-Paul Belleau, mais je pense qu’on a oublié «Marilyn». On a oublié qu’elle a quand même mis un téléroman avec une femme qui est devenue mairesse de la ville de Montréal et qui commençait comme femme de ménage! Je me dis qu’il fallait quand même avoir toute une vision pour être capable de faire ça, vraiment. Elle parlait d’avancée des femmes sans se cacher et j’ai trouvé ça formidable.»

Lise Payette avait cependant dû essuyer des critiques, l’an dernier, lorsque la féministe Léa Clermont-Dion avait soutenu qu’elle lui avait suggéré de se rétracter lorsqu’elle avait dénoncé une agression sexuelle. Mme Payette avait répondu en disant qu’elle souhaitait seulement la protéger.

Monique Pauzé a raconté jeudi qu’elle avait été attristée lorsqu’elle avait entendu parler de cette histoire. Mais elle ne croit pas que ce qu’elle qualifie d’»erreur» doive faire oublier tout ce que Mme Payette a fait pour les femmes au Québec.

«On fait des erreurs dans la vie, mais ça ne doit pas occulter le fait que ça a été une grande dame, qui a permis d’émanciper les femmes. C’était une féministe qui était engagée.»