Marie-France et Fernande Thivierge attendent toujours des réponses concernant le décès de leur mère.

«L’hôpital a fait mourir ma mère»

En amenant leur mère à l’Hôpital de Hull, en mars dernier, Fernande et Marie-France Thivierge n’ont jamais pensé une seule seconde qu’elle n’en ressortirait pas vivante. Toujours en attente des conclusions d’un médecin examinateur pour comprendre comment une infection à la jambe a pu dégénérer si rapidement, les sœurs ont vu certaines de leurs récriminations être reconnues par le commissaire aux plaintes.

« Je suis convaincue que l’hôpital a fait mourir ma mère », laisse tomber Marie-France Thivierge, plus de sept mois après le décès de Georgette Marcotte.

L’octogénaire a été amenée à l’urgence de l’Hôpital de Hull par ses filles, au début mars, en raison de « rougeurs à la jambe ». On lui a prescrit des antibiotiques intraveineux et un examen qui aurait finalement été annulé pour des raisons médicales, relatent ses filles.

La dame est hospitalisée. Après environ une semaine, son autre jambe se met « à enfler et à couler ». Un examen « indique qu’une artère est bloquée dans une seule jambe », rapportent les sœurs Thivierge.

Les deux femmes affirment que tout au long de l’hospitalisation de leur mère, jusqu’à son décès le 22 mars, elles ont été tenues dans le néant quant à son état de santé.

« On n’a jamais été mis au courant de rien, déplore Marie-France Thivierge. Ils l’ont transférée en haut et ils l’ont laissée poireauter toute seule. »

Les sœurs affirment avoir constaté beaucoup de « négligence » à l’égard de leur mère. Cette dernière a notamment raconté à ses proches avoir été « oubliée » pendant 45 minutes sur le siège d’aisance. Les membres de sa famille disent aussi l’avoir tour à tour retrouvée seule dans son urine ou ses excréments. « Elle sonnait la cloche, mais personne ne venait », s’insurgent les filles de Mme Marcotte.

Le jour du décès de l’octogénaire, sa fille Fernande la visite sur l’heure du midi. « Elle avait une pilule qui n’était même pas avalée sur le bord de la bouche », raconte-t-elle. Mme Thivierge a alors quitté l’hôpital, n’ayant reçu aucune indication de la part de l’équipe soignante voulant que l’état de sa mère soit critique. « Ils ont dit qu’elle allait bien », affirment les sœurs Thivierge.

En fin d’après-midi, Fernande reçoit un appel. « On me dit que ma mère est en train de partir », se souvient-elle. Elle accourt sur place. « J’ai juste eu la chance d’arriver pour son dernier souffle. »

La famille a porté plainte. Dans son rapport daté de la fin octobre dont Le Droit a obtenu copie, le commissaire aux plaintes du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), Louis-Philippe Mayrand, donne raison aux proches de Mme Marcotte quant au manque d’aide observé de la part du personnel lors de son hospitalisation.

« En tenant compte de l’ensemble des informations [...], il semble que votre mère a souffert pendant son hospitalisation des impacts liés au manque de personnel et à la réorganisation de l’unité de soins. [...] Vous avez raison d’être insatisfaite et vous pouvez être certaine que notre équipe assurera le suivi nécessaire auprès de la direction concernée », écrit M. Mayrand dans son rapport.

Dans son analyse du dossier, le commissaire a appris que l’unité où se trouvait Mme Marcotte était « en reconstruction et qu’il [manquait] de personnel régulièrement ». « De plus, votre mère était à une unité de chirurgie avec des usagers en post-opération nécessitant une présence étroite et une surveillance accrue », ajoute-t-il.

Le chef de l’unité a tout de même « rencontré les membres de son équipe pour réitérer l’importance des tournées visuelles et de répondre aux cloches », précise le commissaire.

La famille de Mme Marcotte attend maintenant les conclusions du médecin examinateur mandaté pour étudier l’aspect médical de leur plainte. 

Le bulletin de décès remis à ses proches indique que la cause est une « ischémie » à la jambe, soit un problème d’irrigation sanguine.

LA RÉPONSE ÉCRITE DU CISSSO

« Nous sommes toujours ébranlés chaque fois qu’une situation comme celle-ci nous est rapportée, d’abord parce qu’elle est inadmissible et ensuite parce que ces témoignages nous font oublier qu’il se fait aussi de belles choses dans notre organisation en plus de miner notre lien de confiance avec les gens auprès desquels nous travaillons. Nous sommes parfaitement conscients que le CISSSO doit s’améliorer et nous travaillons tous jour après jour avec cet objectif commun en tête. Un plan d’action clinique pour l’amélioration des soins et services dans nos unités est présentement déployé, nous y mettons tous les efforts et l’énergie nécessaires pour l’actualiser le plus rapidement possible. »