L’ex-otage Joshua Boyle reconnu non coupable d’agression contre sa conjointe

La Presse Canadienne
Joshua Boyle a été reconnu non coupable d’avoir agressé son ex-conjointe, Caitlan Coleman, à leur retour au pays après plusieurs années de captivité en Afghanistan.

Dans un long jugement qu’il a mis plus de trois heures à lire, jeudi, le juge Peter Doody, de la Cour de l’Ontario, a conclu que la poursuite n’avait pas su prouver hors de tout doute raisonnable la culpabilité de l’accusé sur les 19 chefs, notamment de voies de fait, d’agression sexuelle et de séquestration.

Le juge Doody a expliqué qu’il ne croyait pas aux récits de M. Boyle ou de Mme Coleman sur ce qui s’était passé pendant les deux mois où ils ont vécu ensemble à Ottawa après avoir été libérés après cinq ans de captivité aux mains d’extrémistes liés aux talibans.

Mme Coleman a soutenu dans son témoignage que son mari dominateur avait tenté de la contrôler, et l’avait agressée physiquement et sexuellement à plus d’une reprise — ce que M. Boyle a nié en bloc.

Le juge Doody a conclu que même s’il ne croyait pas l’accusé, il ne pouvait pas non plus le déclarer coupable, car il n’y avait aucune preuve, au-delà du propre témoignage de Mme Coleman, pour confirmer le récit qu’elle faisait des crimes allégués.

Le juge a également rappelé que Mme Coleman avait elle-même reconnu qu’elle pouvait confondre ce qui s’était passé lors des événements allégués dans les accusations avec des choses qui s’étaient produites à d’autres occasions.

Le magistrat assure qu’aucune de ses décisions concernant la crédibilité de Mme Coleman n’a été fondée sur des notions préconçues quant à la façon dont une victime de violences ou d’agression sexuelle est censée se comporter.

Il soutient aussi qu’il n’a pas cédé aux suggestions de la défense selon lesquelles la barre pour prouver l’agression sexuelle ou le harcèlement criminel était plus élevée parce que Mme Coleman avait peut-être consenti à d’autres occasions à des activités sexuelles sadomasochistes.

La garde des enfants

Mme Coleman n’était pas présente pour le verdict, jeudi. Son avocat, Ian Carter, qui lui a parlé au téléphone, a déclaré qu’elle était « dévastée » par l’issue du procès. « Je crois que cette affaire démontre les difficultés auxquelles une plaignante est confrontée lorsqu’elle dénonce des agressions sexuelles ou de la violence conjugale, du moins au criminel », a soutenu l’avocat.

L’avocat de M. Boyle, Lawrence Greenspon, a reconnu que le juge n’avait pas cru son client plus que Mme Coleman. « S’il s’agissait d’un concours de crédibilité, ce serait une égalité », a-t-il dit. « Ils ont tous les deux perdu. » L’avocat a par ailleurs indiqué que toutes les conditions de libération sous caution qui restreignaient les mouvements de M. Boyle depuis son arrestation le 31 décembre 2017 seront désormais levées ; le bracelet de surveillance à la cheville lui sera retiré dès que possible.

Me Greenspon a déclaré que la prochaine étape pour M. Boyle consistera à demander la garde des quatre enfants du couple. Trois enfants sont nés pendant la captivité du couple en Afghanistan ; un quatrième enfant est né en 2018, après l’arrestation de M. Boyle. Selon Me Greenspon, il n’a jamais rencontré ce plus jeune et n’a pas vu les trois autres depuis près de deux ans.

Une « toile émotionnelle »

Selon la poursuite, les faits reprochés se seraient déroulés entre les mois d’octobre et de décembre 2017, quand le couple et leurs enfants se sont installés à Ottawa après avoir été retenus en otage pendant cinq ans par des extrémistes talibans. Le couple avait été enlevé lors d’un voyage en Asie en 2012.

Dans sa plaidoirie au juge, en octobre, la procureure de la Couronne Meaghan Cunningham avait fait valoir que M. Boyle avait usé d’un savant cocktail de gentillesse et de cruauté pour emprisonner Mme Coleman dans une espèce de toile émotionnelle. « M. Boyle a alterné la douceur avec la violence verbale et les commentaires humiliants », a-t-elle avancé en martelant que c’est lui qui tenait le haut du pavé dans leur relation.

La procureure soutenait que le témoignage de la plaignante était corroboré par d’autres preuves dépeignant l’accusé comme un mari contrôlant, dominant et qui instillait la peur. En réponse à ces arguments, Me Greenspon a soutenu qu’un doute raisonnable devait être accordé sur tous les chefs d’accusation.

Le procès s’est effectivement concentré sur la crédibilité respective de l’accusé et de la plaignante. Me Greenspon a présenté Mme Coleman comme une femme instable aux prises avec de graves problèmes émotionnels et dont la mémoire faisait défaut.