Les syndiqués n'abandonneront pas

Caroline Barrière
Caroline Barrière
Le Droit
Les syndiqués d'OC Transpo qui sont en grève depuis le 10 décembre n'ont pas l'intention de baisser les bras et d'abandonner la lutte qui les oppose à la Ville d'Ottawa.
 La majorité des grévistes rencontrés hier ont affirmé qu'ils voteraient contre les dernières offres patronales à la suite d'une réunion d'information organisée par le syndicat.
Le vote a été ordonné par la ministre fédérale du Travail, Rona Ambrose, et doit se tenir jeudi. Il sera supervisé par le Conseil canadien des relations industrielles qui étudie également la question des services essentiels qui pourraient être offerts à la population depuis qu'elle est privée de transport en commun.
Les militants étaient gonflés à bloc après leur rencontre avec leurs dirigeants syndicaux. Environ 1700 chauffeurs, mécaniciens et répartiteurs ont répondu à l'appel sur les 2300 grévistes.
Certains ont scandé « non, non, non » en faisant référence à l'offre de la Ville lorsqu'ils sont sortis de la séance.
Plusieurs n'ont pas hésité à dénoncer l'attitude du maire d'Ottawa, Larry O'Brien, du patron d'OC Transpo, Alain Mercier, et des conseillers municipaux.
Ils les ont accusés d'avoir planifié le conflit de travail qui leur permet d'économiser 3 millions $ par semaine en laissant les autobus stationnés dans les garages de la ville.
Le syndicat convaincu du rejet
Randy Graham, vice-président international du Syndicat uni du transport (SUT) et André Cornellier, président de la section locale 279 du SUT ont répété qu'ils étaient convaincus du rejet des dernières offres, qui sont semblables à celles qui avaient déjà été refusées à 98 %.
« Nous ne sommes pas à Las Vegas et on ne va pas se mettre à parier sur le prochain pourcentage », a déclaré Randy Graham.
Il a ajouté qu'Ottawa aurait dû s'asseoir plus tôt pour tenter d'en arriver à une solution négociée. Il a confirmé que la grève — la plus longue de l'histoire d'OC Transpo — durerait aussi longtemps qu'il le faudrait pour en arriver à un règlement qui soit acceptable pour ses troupes.
André Cornellier s'est indigné de l'offre proposée à ses membres. « Inacceptable n'est pas assez fort. »
Il a dit croire que la Ville demandera probablement la reprise des discussions après le résultat du vote.
Les horaires au coeur du conflit
La question de la gestion des horaires de travail est au coeur du litige.
La Ville veut en reprendre la gestion, alors que les syndiqués tiennent à la conserver puisque les chauffeurs peuvent choisir leurs quarts de travail en fonction de l'ancienneté.
Selon ces derniers, elle leur permet de planifier leur vie, puisqu'ils affirment que les horaires brisés les empêchent de voir leurs enfants.
« On a actuellement la liberté de choisir nos horaires et si on accepte la demande la Ville, on va devoir prendre ce qu'ils nous donnent. »
D'autres grévistes ont répété que la Ville souhaitait aussi éliminer les emplois à temps plein, afin de réduire ses coûts.
Un employé d'OC Transpo n'a pas hésité à brûler les documents qui lui avaient été remis afin de montrer son dégoût face aux offres patronales.
Dossier « mal mené »
Les voix discordantes étaient très rares parmi les grévistes rencontrés dehors.
Michael Samson, chauffeur depuis neuf ans, a déploré l'ampleur du conflit qui aurait pu être réglé depuis longtemps à son avis.
« Pourquoi certains disent que la Ville nous cache des choses quand tout est sur le site Internet d'Ottawa. Le syndicat aurait pu nous présenter cette offre rapidement. On aurait pu faire appel à un arbitre au lieu de se tourner les pouces. Je ne crois plus personne. Le dossier n'a pas été bien mené », a-t-il dit lors d'un échange avec Frank Fata qui n'était pas du même avis.
« Si la Ville nous force à accepter ces nouveaux horaires, je vais me trouver un autre travail », a affirmé ce chauffeur possédant 15 ans d'expérience.
Le conseil municipal doit se réunir aujourd'hui, lors d'une réunion extraordinaire, afin d'étudier les questions liées à la grève.