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Les recherches s'intensifient pour retrouver Edith Blais

Un pays de plus en plus instable

SHERBROOKE - L'instabilité devient de plus en plus importante au Burkina Faso, où les activités terroristes se multiplient alors que le pays compte sur un des plus faibles ratios de gendarmes par habitant sur la planète. Selon le directeur adjoint du Centre d'expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR), Louis Audet-Gosselin, les enlèvements y sont souvent perpétrés par des djihadistes voulant déstabiliser le pouvoir en place.

M. Audet-Gosselin a mené de nombreuses études sur les organisations musulmanes et chrétiennes au Burkina Faso. Selon lui, l'hypothèse de l'enlèvement ne peut pas être écartée pour expliquer la disparition d'Édith Blais et de Luca Tacchetto, même si celle d'un accident est encore probable.

«La plupart du temps, les enlèvements sont réalisés par des groupes djihadistes. Ils exigent des rançons assez élevées auprès des gouvernements étrangers. Au Mali, des groupes terroristes se sont financés de cette façon. Ce sont des groupes révolutionnaires qui veulent prendre le contrôle du pays pour faire appliquer leur vision de l'Islam. Ils veulent déstabiliser, rendre certains espaces ingouvernables. Quand des pays mettent des avis pour déconseiller à leurs ressortissants de s'y rendre, c'est une victoire. Ils essaient de créer le vide autour d'eux pour être la seule autorité. En ce sens, la majorité des attaques sont dirigées vers les autorités locales», affirme Louis Audet-Gosselin.

Le directeur adjoint du CEFIR avance que les enlèvements d'étrangers sont rares. On note néanmoins le kidnapping du docteur Arthur Elliott Kenneth, survenu en 2016 à Djibo, dans le nord du pays. Son épouse a été libérée, mais l'homme est toujours en captivité. Trois mineurs, dont un Indien et un Sud-Africain, ont aussi été enlevés dans la même région en septembre dernier. Un autre mineur, un Roumain, avait disparu dans le nord du Burkina Faso en 2015.

«En général, les otages sont vivants puisque les ravisseurs veulent négocier une rançon. Des attaques avaient été revendiquées dans le nord du Burkina Faso en 2015 par un groupe malien qui avait retraversé la frontière par la suite. Un groupe burkinabé s'est manifesté dans la même région en 2017 alors que des groupes se sont établis dans l'est en 2018. L'est échappe en ce moment au contrôle de l'État.»

Louis Audet-Gosselin parle aussi d'attaques sporadiques dans le sud-ouest du pays, des attaques qui semblaient d'abord reliées au banditisme. «Les experts parlent de plus en plus de terrorisme parce qu'il y a eu des attaques contre des postes de la gendarmerie. Cette zone est de moins en moins stable. Le Burkina Faso est un des pays où il y a le plus faible ratio de policiers par habitant. Même dans les villes, la couverture est assez limitée.»

L'homme considère toutefois que les autorités locales ont tout intérêt à travailler pour retrouver les voyageurs disparus. «Il en va de la réputation du pays. Avec les intérêts qui lient les deux pays, en raison des mines, le Burkina Faso ne peut pas se permettre de voir les ressortissants étrangers quitter le pays.»

Les groupes terroristes installés au nord seraient principalement le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans de même qu'Ansarul Islam. L'enlèvement du mineur roumain avait quant à lui été revendiqué par Al-Mourabitoune. «Dans l'est et au sud-ouest, les groupes n'ont pas revendiqué d'attaque jusqu'à maintenant.»