Les poids lourds du hip-hop soulèvent le Bluesfest

Il s'en est fallu de peu pour que le rendez-vous des Ottaviens avec Wu-Tang Clan et Snoop Dogg en soit un manqué, samedi soir, au Bluesfest. Dame Nature n'était pas du côté des poids lourds du hip-hop, qui ont ravi leurs fans malgré des horaires chamboulés.

Il y avait des rumeurs d’orage dans l’air. On disait que le ciel allait tomber sur la tête des festivaliers; que la météo réservait des éclairs et des pluies torrentielles dans son cocktail (Molotov) du soir.

Mais le public était bien au poste, déjà vers 19h, pour rencontrer les deux monuments du hip-hop. La tendance mode du soir : les t-shirts couverts d’un W doré du collectif, portés par d’innombrables jeunes adultes. C’était à se demander lequel était réellement la tête d’affiche, le « Doggfather » étant programmé à 21h30, après la prestation des rappeurs de New York, de 20h.

C’est à K’Naan qu’est revenu le privilège de servir l’entrée, dès 18h30. Mais aux trois quarts de son spectacle, le chanteur, alors en train de rendre hommage à son amie, la journaliste Hodan Nalayeh, a été interrompu. « Le bureau m’appelle », a-t-il blagué en s’éclipsant dans les coulisses.

« Il y a un problème d’éclairs », est revenu annoncer l’oiseau de malheur, infiniment désolé de couper court à sa prestation. Malgré lui, l'annonce n’a pas plu à la foule. Alors que le ciel se faisait de plus en plus menaçant, un message a confirmé ses dires sur les écrans juxtaposant la scène : le Bluesfest suspendait tous les spectacles, jusqu’à ce que les conditions permettent de les reprendre en sécurité.

On n’a pas revu K’Naan…

La pluie a duré 15 minutes, mais il aura fallu attendre 21h avant que la menace d’éclairs se dissipe. La mise a enfin été sauvée et les spectacles du soir ont repris, à peine raccourcis. C’est finalement vers 21h10 que Method Man a monté sur scène, saluant l’imposante marée humaine encore mouillée : « Ottawa, what the f*** is happening? »

Le Clan a eu près d’une heure de temps de scène, qu’il a utilisée à bon escient. Le groupe mythique est présentement en tournée pour souligner le vingt-cinquième anniversaire de son premier album, Enter the Wu-Tang (36 Chambers). L’opus a changé les couleurs du paysage hip-hop à sa parution fin 1993 : son originalité et sa marque de commerce mêlant références aux films de kung-fu et passages soul l’ont érigé au statut de classique, de même que l’énergie agressive des chanteurs.

Un quart de siècle plus tard, cette même sainte rage habitait RZA, GZA, Cappadonna, Raekwon et le reste. Et les festivaliers le leur ont bien rendu. Anniversaire oblige, le groupe a surtout revisité son premier jet, projetant parfois – notamment pour Break Ya Neck – les vidéoclips originaux. Mais il ne s’y est pas limité : une reprise de Come Together, des Beatles, a surpris même les connaisseurs. Shimmy Shimmy Ya, du défunt membre Ol’Dirty Bastard, a ensuite repris vie, presque intacte, dans le micro de son fils Young Dirty Bastard. La pomme n’est pas tombée bien loin du pommier…

Snoop Dogg est enfin apparu sur scène vers 10h30. Sympathique, zen comme tout, le rappeur, acteur, et auteur d’un livre de cuisine – oui – a offert un patchwork cousu au chanvre des morceaux les plus connus du répertoire qu’il tisse depuis 26 ans. The Next Episode, Gin and Juice et bien sûr, Drop It Like It's Hot ont fait mouche. Entouré notamment de Warren G., son frère d’armes depuis 1990, l’artiste de 47 ans a également repris d’autres incontournables du hip-hop, dont Hypnotize de Biggy Smalls et Jump Around de House of Pain.

Le Californien a étiré son passage sur les plaines LeBreton passé 11h30, résolu à réconforter les Ottaviens en leur servant les ingrédients d’une recette purement hip-hop: des danseuses sur et sans poteau, ainsi que des diamants, de billets de banque et de feuilles de marijuana projetés derrière lui. Et bien sûr, d'épaisses volutes de fumée odorante qui ont émané çà et là, marque de commerce à la fois du rappeur et d’un certain ingrédient devenu légal l’an dernier.