En scrutant les stèles funéraires du cimetière St-James, on aperçoit ici et là des petits moutons. Ils sont gravés dans la pierre ou sculptés en ornement quand la famille était plus fortunée.
En scrutant les stèles funéraires du cimetière St-James, on aperçoit ici et là des petits moutons. Ils sont gravés dans la pierre ou sculptés en ornement quand la famille était plus fortunée.

Les petits moutons du cimetière St-James

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Il suffit d’arpenter les allées d’un vieux cimetière pour se rendre compte que la mortalité infantile était jadis un fléau qui n’épargnait aucune couche de la société.

En scrutant les stèles funéraires du cimetière St-James, on aperçoit ici et là des petits moutons. Ils sont gravés dans la pierre ou sculptés en ornement quand la famille était plus fortunée. Ces moutons représentent des enfants morts en bas âge, explique l’historien Michel Prévost.

Bien rares sont les lots funéraires des familles qui ne comptent pas une ou deux petites pierres tombales. En regardant bien les dates inscrites aux épitaphes des enfants, on remarque que la fin des années 1800 et celles du début 1900 ont été particulièrement meurtrières chez les enfants de Hull.

Bien rares sont les lots funéraires des familles qui ne comptent pas une ou deux petites pierres tombales.

Le Rapport du conseil d’hygiène de Hull 1897-1915 montre que le taux de mortalité infantile à Hull est beaucoup plus élevé que la moyenne provinciale. En 1906, 206 des 371 décès survenus à Hull sont associés à de la mortalité infantile. La situation inquiète les autorités municipales, mais peu d’actions sont prises. 

Les procès-verbaux de la Ville de Hull datés du 9 septembre 1907 montrent que le conseil municipal décide finalement d’agir et de réglementer la vente du lait afin d’en assurer une meilleure accessibilité et qualité. Rien n’y fait. 

L’année 1911 affiche une augmentation de 89 % de la mortalité infantile dans la ville, par rapport à l’année précédente. Plus de la moitié des 257 décès survenus cette année-là sont des enfants. 

Dans l’ouvrage « Le Hull industriel » de l’archiviste et historien spécialiste de l’Outaouais, Pierre Louis Lapointe, on rapporte que les médecins de Hull, dont le célèbre Dr Edmond-Stanislas Aubry, prennent la plume pour écrire dans le journal Le Spectateur pour sensibiliser la population à ce fléau.