Le propriétaire de la Villa des Aînés de Buckingham, Marc Yelle
Le propriétaire de la Villa des Aînés de Buckingham, Marc Yelle

« Les petites résidences privées pour aînés sont en voie de disparition »

Julien Coderre
Julien Coderre
Le Droit
« Les petites résidences privées pour aînés (RPA) sont en voie de disparition ». Voici le message que souhaitent lancer trois propriétaires de l’Outaouais qui craignent pour leur survie à long terme.

La croissance des frais d’exploitation qui dépasse les augmentations de loyer déterminées par la Régie du logement, l’augmentation constante du salaire minimum, la pénurie de préposés aux bénéficiaires et l’augmentation des salaires dans le but d’être compétitif dans le recrutement et la rétention de la main-d’œuvre ne sont qu’une fraction des défis avec lesquels doivent composer ces résidences.

Dans plusieurs cas, ce lot de défis finit par se traduire en fermeture. Sur une période de 11 ans, de 2008 à 2019, le nombre de petites résidences privées pour aînés « en activité » a diminué de 24 % au Québec, passant de 2279 à 1791. Or, pendant cette même période, le nombre de logements en RPA a pour sa part bondi de 36,3 %, passant 95 742 à 130 534. Seulement au cours de la dernière année, ce sont six RPA qui ont fermé leurs portes en Outaouais.

« On observe que ce sont les résidences de moins de 50 unités qui sont les plus affectées », indique Marc Yelle, le porte-parole du groupe et propriétaire de la Villa des Aînés de Buckingham, une petite RPA composée de 24 unités.

En effet, 94 % des fermetures de RPA entre 2008 et 2019 se voulaient des établissements comportant moins de 50 logements.

Selon M. Yelle, un plus grand appui provenant du gouvernement provincial est nécessaire afin de permettre à ce type d’établissements de demeurer ouvert à long terme.

« On aimerait qu’il y ait un allégement directement dans nos dépenses, mais aussi qu’on subventionne davantage les résidents, dit-il. On pourrait par exemple majorer la subvention actuelle que les résidents reçoivent et de cette façon, ça nous permettrait peut-être d’augmenter nos loyers et d’avoir plus de chances de survie. »

« Une petite RPA qui ferme, ça comporte aussi son lot d’impacts, poursuit-il. Si on enlève toutes les petites RPA en région, les aînés devront déménager dans les grandes villes. Leurs frères et sœurs — des aînés aussi dans la plupart des cas — ne conduisent généralement pas dans les grandes villes et la fille ou le fils qui habitait à 15 minutes de la résidence devra probablement limiter ses visites à une fois par semaine. Ça fini par briser des familles ! »

Des solutions

Par ailleurs, une douzaine de pistes de solution sont suggérées par les trois propriétaires en conclusion de leur présentation. L’instauration d’un programme permettant de combler l’écart salarial entre le public et le privé, la subvention totale de l’installation des gicleurs et l’adaptation des grilles du calcul des loyers en fonction des besoins réels des petites RPA en sont quelques-unes.

« C’est certain que pour les RPA de neuf unités et moins, l’allégement des obligations de formation pour les employés représente quelque chose de gigantesque, ajoute M. Yelle. Ces formations-là n’étaient pas exigées avant et maintenant qu’elles le sont, les employés gagnent beaucoup plus cher puisqu’ils sont formés davantage. De plus, dans les petites RPA, on ne peut pas engager quelqu’un qui n’a pas sa formation puisqu’elle ne doit pas assurer le seuil minimal. Le problème, c’est que dans les petites résidences, tous les préposés assurent le seuil minimal et étant donné qu’il n’y a pas de formation qui se donne avant septembre, on ne peut pas embaucher de renfort. Dans les plus grandes RPA de 100 unités et plus par exemple, ils ont l’autorisation d’engager quelqu’un en voie de formation ou qui obtiendra bientôt son diplôme puisqu’il ne sera pas seul sur les lieux, mais pour nous, les petites RPA, c’est tout simplement impossible. »

Les propriétaires de petites résidences privées pour aînés Marc Yelle (Villa des Aînés de Buckingham), Alain Faubert (Maison Angélique) et Jean Leclair (Résidence de la Berge) s’entretiendront avec le ministre de la Famille et responsable de la région de l’Outaouais Mathieu Lacombe « sous peu ».

« On s’attend à ce que M. Lacombe nous appuie. C’est le ministre de la Famille et la dernière fois que j’ai vérifié, il y a des aînés dans toutes les familles », s’est contenté de dire M. Yelle.