Les organismes fédéraux n'en font pas assez

Paul Gaboury
Paul Gaboury
Le Droit
Des institutions fédérales impliquées dans la production télévisuelle, comme Patrimoine canadien, le CRTC et Radio-Canada, devraient redoubler d'efforts pour contribuer au développement des communautés linguistiques en situation minoritaire, affirme le commissaire aux Langues officielles, Graham Fraser.
Dans une étude sur la Place du français sur les ondes et les productions en contexte minoritaire, le commissaire Fraser soutient que l'éloignement des centres de décision, le sous-développement des infrastructures et le manque de fonds restent des défis importants pour les institutions fédérales malgré les avancées faites ces dernières.
Recommandations
Le commissaire y va d'une dizaine de recommandations qui permettraient notamment à Patrimoine canadien, au CRTC et Radio-Canada d'appuyer davantage la production télévisuelle.
À Patrimoine canadien, il demande de revoir sa stratégie concertée pour mieux appuyer la production et la diffusion des produits télévisuels de concert avec les autres intervenants fédéraux et les producteurs.
Ainsi, il demande au CRTC de préciser la notion de « reflet régional » qu'il utilise pour imposer des obligations aux diffuseurs. Il souhaiterait également voir établir une distinction entre la production d'émissions régionales de langue officielle majoritaire et de langue officielle minoritaire, une distinction qui devrait être prise en compte lors de l'examen des demandes de licences.
Puis à Radio-Canada-CBC, il demande de présenter plus clairement l'état des dépenses liées aux émissions régionales de langue officielle en situation minoritaire.
Ces mesures permettaient, selon le commissaire, d'enrichir et de diversifier le paysage télévisuel canadien, sans compter qu'elles permettraient de prendre des « mesures positives » à l'égard des communautés linguistiques en situation minoritaire en faisant la promotion des deux langues officielles, croit le commissaire Fraser.
Malgré le fait que la télévision canadienne de langue française se porte bien dans l'ensemble, et que le public francophone montre un plus grand engouement pour les émissions canadiennes que l'auditoire anglophone, certaines ombres pèsent sur le secteur des émissions en français.
La situation serait particulièrement alarmante en ce qui concerne les émissions pour la jeunesse, notamment dans les productions d'animation.
Recyclage d'émissions
Citant des données d'une étude réalisée en 2004 par la SARTEC-UDA, de nombreuses émissions pour enfants et jeunes diffusées en langue française seraient des oeuvres de langue anglaise recyclées.
Près de neuf séries jeunesse sur dix (de la programmation destinée aux enfants sur les ondes de Télétoon, Vrak-TV, Radio-Canada et Télé-Québec) avaient été écrites à l'étranger ou en anglais, que plus des deux tiers n'avaient fait appel à aucun comédien francophone d'ici et que même parmi les émissions soutenues par le Fonds canadien de télévision, 40 % avaient été doublées à l'étranger.
Le commissaire Fraser recommande donc au CRTC de mettre en place des mesures incitatives pour soutenir la production d'émissions canadiennes d'animation et d'émissions en direct de langue française pour les enfants et les jeunes.