Gilles Patry

Les Oblats s'apprêtent à quitter l'Outaouais

Comme c'est le cas dans toutes les sphères de l'Église catholique en Amérique du Nord, la communauté des pères Oblats de Marie-Immaculée se fait vieillissante et ses membres sont de moins en moins nombreux. Ceux qui ont bâti la région de la capitale nationale la quittent désormais peu à peu.
En février, le père Gilles Patry quittait la paroisse Notre-Dame-de-l'Île. Non seulement cette église se trouvait pour la première fois sans un curé oblat à sa tête, mais M. Patry était le dernier Oblat sur l'Île-de-Hull.
En mai, un autre fort symbole de l'héritage des Oblats sera abandonné par cette communauté. La maison Deschâtelets, située à proximité de l'Université St-Paul, ne sera plus le lieu de rassemblement des pères Oblats d'Ottawa. Les archives de la communauté seront déménagées à Richelieu, au grand désarroi de l'archiviste de l'Université d'Ottawa, Michel Prévost.
«C'est toute une page d'histoire qui se tourne», souligne-t-il.
«Un livre complet qui se ferme», renchérit l'historien gatinois, Raymond Ouimet.
Le curé de la paroisse du Sacré-Coeur à Ottawa, Pierre-Olivier Tremblay, affirme qu'il était devenu impossible pour les Oblats d'assurer la gestion de la maison Deschâtelets. Le bâtiment était devenu trop grand pour les besoins de sa communauté en raison du nombre décroissant de membres.
«Il y a eu un boom incroyable chez les Oblats dans les années 1930, 1940 et 1950. Ç'a diminué rapidement durant les années 1960 ce qui fait en sorte que les Oblats ont tous vieilli en même temps», explique le père Tremblay.
«L'âge moyen des Oblats est maintenant de 79 ans, il y a eu beaucoup de décès dans les dernières années.»
L'une des morts les plus significatives pour les Oblats est certainement celle du père Roger Guindon en 2012, comme le soutient M. Prévost. Il s'agissait du dernier père oblat toujours vivant à avoir dirigé l'Université d'Ottawa. À sa mort, l'actuel recteur, Allan Rock, l'avait d'ailleurs décrit comme «le père fondateur de l'Université d'Ottawa telle que nous la connaissons aujourd'hui».
Un héritage impressionnant
L'Université d'Ottawa, l'une des plus grandes universités canadiennes, a été fondée et ensuite administrée par les Oblats jusqu'aux années 60. Le quotidien LeDroit a également été fondé et géré par les Oblats. Le cofondateur de la Ville de Hull au 19e siècle est le père Louis Reboul, un oblat.
Ce ne sont que quelques exemples des réalisations de cette communauté religieuse dans la région de la capitale nationale. À cette liste, on pourrait ajouter l'Université St-Paul, la radio CKCH, la ville de Maniwaki et de nombreuses paroisses. Selon Michel Prévost, les Oblats ont bâti partout où ils sont passés, de l'Est ontarien à la Haute-Gatineau. «Ailleurs, c'est les Jésuites. Ici, c'est les Oblats.»
De son côté, M. Ouimet affirme qu'il retiendra particulièrement la contribution des Oblats à la défense du fait français sur les deux rives de la rivière des Outaouais.
«Les gens ne remarquent plus, mais leurs symboles sont encore très présents. S'il fallait qu'on les efface, on perdrait une partie importante de notre patrimoine», souligne M. Prévost.