Les négociations peuvent commencer

François Pierre Dufault
François Pierre Dufault
Le Droit
Les 194 salariés du magasin Wal-Mart du boulevard du Plateau, à Gatineau, ont beau avoir mis la table pour négocier leur première convention collective, leur employeur n'entend pas s'y asseoir tant qu'il n'aura pas épuisé tous ses recours devant les tribunaux.
Mercredi, un arbitre de la Commission des relations du travail du Québec (CRTQ) a défendu une décision rendue il y a près de quatre ans. Cette décision touche les employés du magasin principal. Leurs collègues du centre de pneus et de lubrification, eux, avaient été accrédités comme unité de négociation distincte en 2005, mais sont toujours sans contrat de travail.
Le 27 avril 2005, l'arbitre Huguette Vaillancourt de la CRTQ avait reconnu à tous les employés du Wal-Mart du secteur Hull le droit à l'accréditation syndicale. Une décision que la multinationale a contestée, sans succès, devant la Cour supérieure du Québec.
Wal-Mart a ensuite voulu en appeler du verdict du plus haut tribunal de la province, mais a vu sa demande rejetée. Le géant du commerce au détail a également tenté de porter la cause devant la Cour suprême du Canada, qui a refusé de l'entendre.
Jugement maintenu
L'affaire est donc retombée entre les mains de la CRTQ, qui a maintenu son jugement de 2005 autorisant les employés de la succursale gatinoise à adhérer au syndicat des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC).
Le plus grand syndicat du secteur privé au Canada a fait parvenir une lettre à Wal-Mart pour l'inviter à entamer le processus de négociation. La chaîne de magasins de l'Arkansas disposera d'un délai de huit jours suivant la réception de cette lettre pour y répondre.
Le président de la section locale 486 des TUAC, Guy Chénier, ne s'attend pas à ce que le processus de négociation avec Wal-Mart soit simple et rapide. En fait, M. Chénier se prépare à une bataille semblable à celle que livrent les employés du magasin de Saint-Hyacinthe, en Montérégie, depuis qu'ils ont obtenu leur accréditation syndicale en janvier 2005.
« Nous allons suivre le modèle de négociation des employés du magasin de Saint-Hyacinthe », a expliqué M. Chénier au Droit. Le président de la section locale 486 s'attend à ce que ces négociations aboutissent, en mars prochain, avec l'imposition d'une convention collective par un arbitre de la CRTQ. La succursale de Saint-Hyacinthe deviendrait alors la première au Canada à être régie par un contrat de travail.
« Il est à espérer que Wal-Mart [...] profitera de cette occasion pour montrer au monde qu'elle croit aux droits de la personne en s'asseyant avec ses employés de Hull pour négocier un contrat de bonne foi », a déclaré Wayne Hanley, par le biais d'un communiqué. Le président national des TUAC faisait allusion à la pratique antérieure de Wal-Mart de fermer des magasins ou des rayons peu après qu'ils deviennent syndiqués.
Wal-Mart a fermé les portes de sa succursale de Jonquière en avril 2005, moins d'un an après qu'environ 150 de ses employés aient obtenu leur accréditation syndicale. Et en octobre dernier, la multinationale a mis la clé sous la porte de l'atelier automobile de la succursale de Wal-Mart du boulevard Maloney, à Gatineau, moins de trois mois après que ses employés aient obtenu leur première convention collective.
Révision judiciaire
Pour sa part, la direction de Wal-Mart ne parle pas de fermer sa succursale de Hull, mais en est à étudier comment elle peut demander une révision judiciaire de cette plus récente accréditation syndicale. « On est déçu. On aurait aimé que les 194 associés (du magasin de Hull) puissent voter secrètement pour savoir si, oui ou non, ils voulaient d'un magasin syndiqué », a fait savoir Yanick Deschênes, porte-parole de Wal-Mart au Québec.
En 2005, une majorité d'employés du Wal-Mart de Brossard se sont prononcés contre leur accréditation avec les TUAC.