C'est impossible de se retrouver plus près du plafond en or du Sénat que maintenant durant les travaux.
C'est impossible de se retrouver plus près du plafond en or du Sénat que maintenant durant les travaux.

Les murs du parlement parlent [PHOTOS et VIDÉO]

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
Patrick Woodbury
Patrick Woodbury
Le Droit
Le parlement canadien cachait bien des surprises depuis le début du XXe siècle. Pas de secret d’État, mais plutôt de vieux «fantômes» laissés çà et là par des ouvriers d’entretien au fil des ans. En 2020, les responsables de la réfection de l’édifice du Centre ont découvert de vieux journaux utilisés à l’époque pour condamner les nombreuses cheminées du bâtiment. On a même trouvé une vieille enveloppe adressée à un ministre de l’Intérieur dans les années 10.

À la fin du mois de novembre, Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) a publié sur Twitter quelques images de la trentaine de journaux découverts dans les murs et les cheminées de l’édifice du Centre.

L’Action catholique, ainsi que les journaux anglophones Montreal Daily Star, The Evening Citizen, et The Globe and Mail ont été débusqués par des travailleurs qui ouvraient des pans de l’édifice. Aucune édition du Droit n’a – encore – été découverte.

Une édition de<em> L’Action catholique</em> abordant le débat sur la margarine.

«Les journaux retrouvés récemment étaient dissimulés de façon aléatoire dans le bâtiment, en petites quantités, entre les murs et dans les différentes cheminées condamnées, a expliqué la relationniste de SPAC, Stéfanie Hamel. À ce stade, aucun des fragments de journaux n’a été identifié comme étant une édition du Droit, mais la plupart des fragments trouvés sont en très mauvais état; il est donc extrêmement difficile d’établir à quel média ils appartiennent.»

En 1949, le débat sur la margarine faisait déjà rage. À la Une de L’Action catholique du 11 février de cette même année, on lisait: «Les provinces peuvent interdire la margarine, dit M. St-Laurent.» [NDLR : Louis St-Laurent a été premier ministre du Canada du 15 novembre 1948 au 21 juin 1957.]

Selon SPAC, ces journaux ne servaient pas de matériau isolant. «Les nombreux exemplaires retrouvés dans les cheminées condamnées (plus de 25) des foyers localisés dans les pièces patrimoniales du bâtiment servaient à couper les courants d’air», précise Mme Hamel.

Friandises et paquets de cigarettes

De véritables petits trésors témoignent du quotidien ordinaire de ces travailleurs d’autrefois.

On peut se demander si certains de ces objets y ont été abandonnés volontairement par quelques travailleurs coquins lorsqu’ils n’étaient pas affairés à rénover – à leur façon – cet antre de la démocratie canadienne.

«D’autres articles datant des années 1920, comme des boîtes de cigarettes et des boîtes d’allumettes, des paquets de gomme à mâcher (10 pour 5 cents!) et des emballages de friandises, y ont été trouvés», raconte Mme Hamel.

Le ministre... de l’Intérieur

D’autres objets, qui piquent la curiosité, ont été découverts dans le plafond de l’antichambre de la Chambre des communes. «Nous avons retrouvé des feuilletons de la Chambre des communes et une enveloppe de papeterie adressée au très honorable Arthur Meighen, qui a été ministre de l’Intérieur de 1917 à 1920», mentionne la relationniste de Services publics.

Cette découverte rappelle le contexte dans lequel cet édifice du Centre a été construit.

Les travaux de réhabilitation de l’édifice du centre se poursuivront en 2021.

L’édifice du Centre a été la proie des flammes le 3 février 1916. Selon le site officiel noscommunes.ca, «en 1920, les chambres commençaient à siéger dans le nouvel édifice du Centre, encore inachevé».

Arthur Meighen est désigné premier ministre du Canada le 10 juillet 1920, jusqu’au 29 décembre 1921. Il a été battu par un certain William Lyon Mackenzie King.

Conservation

Les travaux de réhabilitation de l’édifice du centre se poursuivront en 2021. Les petits trésors historiques sont recensés, évalués, et gardés jusqu’à la fin des travaux.

Services publics ne connaît pas le nombre exact d’objets trouvés depuis que les ouvriers du XXIe siècle ont investi les lieux. Le bâtiment centenaire pourrait bien révéler d’autres surprises.

«Des activités de démolition sont en cours sur la plupart des étages de l’édifice, conclut la représentante de SPAC. Une fois que l’ensemble de tous les objets retrouvés sera connu, une stratégie de conservation et de valorisation des artéfacts sera proposée. Il est trop tôt pour confirmer si elle donnera lieu à des collaborations avec des musées.»

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SOIGNER UN GÉANT AUX PIEDS D'ARGILE

Rénover le parlement canadien est comparable à soigner un vieux géant aux pieds d’argile. Il faut parfois faire preuve de la plus grande délicatesse tout en utilisant des remèdes costauds.

Pas moins de 2500 tonnes d’amiante ont été retirées de l’édifice du Centre depuis le début des travaux de rénovation de l’édifice du Centre. Dans cet énorme chantier historique, environ 400 travailleurs veillent à redonner une beauté à l’édifice du Centre et panser ses vieilles blessures.

Mercredi, Rob Wright, sous-ministre adjoint de Services publics et Approvisionnement Canada et fonctionnaire responsable de la gestion des rénovations, a invité quelques représentants de la presse à visiter le site.

Les murs de granit ont été recouverts de contreplaqué ou retirés. De vieilles briques rouges et noires étaient toujours maintenues par du mortier fissuré.

À la Chambre des communes, le plafond en toile de lin peint à la main a été démonté et entreposé. La collection du Sénat de peintures de la Première Guerre mondiale a été confiée au Musée canadien de la guerre. Les deux chambres sont remplies d’échafaudages.

Pas moins de 2500 tonnes d’amiante ont été retirées de l’édifice du Centre depuis le début des travaux de rénovation.

Si l’édifice du Centre a été reconstruit après l’incendie du premier bâtiment en 1916, le site de l’enceinte parlementaire cache d’intéressants artefacts bien plus anciens.

L’aile est de l’édifice du Centre est construite sur un ancien avant-poste militaire connu sous le nom de Barrack Hill. Rob Wright a raconté que les travailleurs avaient trouvé des boutons et des insignes militaires. Ils ont également trouvé les murs d’origine de plusieurs bâtiments d’avant-poste et une vieille pointe de flèche, qui devrait sous peu être remise à la nation algonquine.

En attendant la fin des travaux, les activités de la Chambre des communes ont été temporairement déplacées dans l’édifice de l’Ouest. Le Sénat est situé dans ce qui était autrefois la gare centrale d’Ottawa.

Avec La Presse canadienne