Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Ainsi, nous, les journalistes, sommes des êtres malheureux, incompris et si peu appréciés.
Ainsi, nous, les journalistes, sommes des êtres malheureux, incompris et si peu appréciés.

Les malheureux journalistes

CHRONIQUE / Ainsi, nous, les journalistes, sommes des êtres malheureux, incompris et si peu appréciés. Ce n’est pas moi qui le dis. Ce sont plutôt les conclusions d’une analyse réalisée par l’Indice relatif du bonheur (IRB). C’est quoi cette bibitte-là, demandez-vous ?

Voici ce qu’on peut lire sur son site web : « L’IRB, c’est une façon nouvelle d’évaluer qualitativement et quantitativement l’état d’esprit général des populations et de les comparer entre elles. Nous partons du principe que tout être humain recherche, consciemment ou non, une situation qui s’approchera le plus possible de sa vision du bonheur. Cette dernière est variable et s’appuie sur des valeurs, des acquis et des sentiments qui diffèrent d’un individu à un autre. Ce que l’IRB évalue, c’est donc l’impression et la perception que les gens ont de leur propre état ».

Voilà. Et dans sa dernière analyse, l’IRB s’est penché sur la profession de journaliste. Et ça fait dur, notre affaire. Tant du côté de l’indice de bonheur général que de celui de bonheur au travail.

On apprend que l’indice de bonheur général chez les journalistes se situe à six points sous la moyenne nationale. Et ce n’est guère mieux du côté de l’indice de bonheur au travail, alors que les journalistes obtiennent un score moyen de 68,64, contre 72,16 pour la moyenne nationale.

Ces résultats sont basés sur les « cinq facteurs R » du bonheur au travail. C’est le nom qu’on leur donne : les cinq facteurs R. 

Dans le premier, logiquement appelé le R1, pour « réalisation de soi », les journalistes « scorent » plus haut que la moyenne. C’est déjà ça. On se réalise bien, semble-t-il. Je ne sais trop ce que ça veut dire, mais je suis bien heureux d’apprendre que je suis habile à me réaliser.

Dans le second, ou le R2 pour « relation de travail », les choses se gâtent alors que les reporters sont à trois points de moins que la moyenne nationale. Ça ne me surprend pas du tout, nous sommes toujours à couteaux tirés dans la salle de rédaction. C’est une véritable basse-cour de coqs enragés. L’enfer. Invivable...

Passons au R3 pour « reconnaissance ». Et là, on chute. Et pas à peu près. On dégringole. Selon cette étude, les journalistes se situent à 13 points (!) sous la moyenne nationale. En d’autres mots, nous n’obtenons pas la reconnaissance souhaitée pour le travail que nous accomplissons.

Je pense que je vais aller en parler au patron.

« Patron.

— Oui, Gratton.

— Ce serait plaisant de temps en temps de recevoir une petite tape dans le dos pour un travail bien fait.

— Pas de problème Gratton. Pourvu que je puisse te botter le cul pour un travail mal fait. Ça te va ?

— On oublie ça, patron. »

Pas du monde, celui-là. Et on parlait justement de relations de travail difficiles...

Dans le R4 pour « responsabilisation », les journalistes se trouvent au-dessus de la moyenne nationale. Nous sommes donc des êtres responsables. Malheureux, mais responsables.

Et dans le R5 pour rémunération, les journalistes sondés par l’IRB se sont dits insatisfaits de leur salaire. Vous connaissez quelqu’un qui l’est ?

On récapitule. Les journalistes se réalisent bien et sont responsables. Mais leur salaire, le peu de reconnaissance qu’ils reçoivent et le climat de travail dans lequel ils évoluent leur puent au nez et les rendent malheureux.

Démoralisant tout ça, n’est-ce pas ? J’étais pourtant heureux et de bonne humeur avant de recevoir ce courriel de l’IRB. Je blaguais avec les collègues de la salle de rédaction, le rédacteur en chef venait de me dire qu’il a bien aimé le compte-rendu de ma rencontre de la semaine dernière avec Zachary Richard, et ma paie a été déposée dans mon compte comme chaque semaine. La vie était belle, quoi.

Puis l’indice du bonheur est venu tout chambarder. L’indice du bonheur m’a mis de mauvaise humeur...

Plutôt déprimante, cette bibitte-là.

•••

En terminant, lu sur Facebook : « maintenant que Métro a acquis Jean Coutu, le slogan de ces pharmacies deviendra-t-il : «Chez Jean Coutu, on trouve de tout, même un céleri» ? ».

Je l’ai trouvée drôle. Je dirais même qu’elle m’a remis de bonne humeur...