Entre 2006 et 2011, le Casino du Lac-Leamy accuse une baisse de fréquentation de 22 %. Une situation qui s'explique par la concurrence et la situation économique difficile, affirme Loto-Québec.
Entre 2006 et 2011, le Casino du Lac-Leamy accuse une baisse de fréquentation de 22 %. Une situation qui s'explique par la concurrence et la situation économique difficile, affirme Loto-Québec.

Les joueurs autoexclus sont légion

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Les joueurs compulsifs qui se sont autoexclus du Casino du Lac-Leamy, cette année, sont pratiquement aussi nombreux qu'au Casino de Montréal, alors que l'établissement de la métropole dessert une population locale trois fois plus importante.
Des données de Loto-Québec, obtenues par LeDroit en vertu de la Loi d'accès à l'information, révèlent qu'en moyenne, plus de 1400 individus par année demandent à ce qu'on leur interdise l'accès à l'un ou l'autre des quatre casinos de la province. Cette année, 634 personnes qui reconnaissent avoir des problèmes avec le jeu ont fait ajouter leur nom sur la liste d'autoexclusion du Casino du Lac-Leamy. C'est seulement 25 joueurs de moins qu'au Casino de Montréal, où la population environnante atteint pourtant 3,8 millions de personnes.
« Rien ne nous indique que c'est parce que le problème de jeu compulsif est plus grave en Outaouais qu'ailleurs, précise Jean-Pierre Roy, directeur des communications de Loto-Québec. C'est peut-être parce que la sensibilisation à ce programme est meilleure en Outaouais. Peut-être qu'il y a lieu de faire plus d'efforts à Montréal. »
M. Roy ajoute que le nombre de joueurs qui s'ajoutent volontairement à la liste d'autoexclusion demeure relativement stable d'année en année. « Un peu comme le taux de prévalence du jeu compulsif dans la population québécoise, dit-il. Il demeure stable depuis plusieurs années. »
Actuellement, 0,7 % de la population aurait un problème de jeu au Québec, et 0,8 % serait à risque de développer un problème, d'après la plus récente étude sur le sujet menée par l'Université Concordia.
La pointe de l'iceberg
Selon le professeur Amnon Jacob Suissa, de l'École de travail social de l'Université du Québec à Montréal et spécialiste des problématiques de jeu compulsif, les données obtenues par LeDroit ne représentent que « la pointe de l'iceberg ». M. Suissa explique que les gens qui se retrouvent sur cette liste d'exclusion sont des personnes conscientes d'être aux prises avec un grave problème de jeu. Des gens qui, de plus, acceptent de poser des gestes pour s'en sortir.
« Ce n'est pas la majorité des gens qui ont un problème de jeu, dit-il. Ce n'est qu'un indicateur de l'importance du problème. Combien d'autres se faufilent, passent des soirées complètes dans des casinos, alors qu'ils ont de graves problèmes de jeu ? »
La compétition qui pointe à l'horizon, avec la possibilité d'un nouveau casino à Ottawa, fait d'ailleurs craindre le pire à M. Suissa. « C'est certain qu'il y aura des conséquences, dit-il. Les problèmes de jeu compulsif sont toujours en lien avec l'accès. Plus les conditions sont propices à l'offre de jeu, plus les gens à risque vont développer un problème. »