Les investisseurs de la région de plus en plus nerveux

Jonathan Blouin
Jonathan Blouin
Le Droit
Inquiets, ébranlés, peu confiants. La dégringolade des marchés boursiers au cours des derniers jours a rendu les investisseurs de plus en plus nerveux. Mais après cette « réaction normale », ceux-ci ne doivent pas perdre de vue leur objectif à long terme, estiment des planificateurs financiers de la région de la capitale fédérale.
« C'est sûr que les gens sont plus inquiets. Les gens ont toujours tendance à paniquer », explique le directeur du bureau régional du Groupe Investors en Outaouais, Jocelyn Filiatrault.
Depuis quelques jours, son téléphone sonne beaucoup plus souvent qu'à l'habitude. Ses clients s'informent. « Ils veulent comprendre. Ils ne sont pas rendus au point de vendre ou de se débarrasser de leurs placements, mais ils veulent comprendre s'ils sont à risque, si on se dirige vers une autre récession », poursuit celui qui gère le portfolio de 7000 familles de la région.
Inévitablement, la débandade financière entamée à l'été 2007, avec la crise des subprimes aux États-Unis, reste fraîche à la mémoire des investisseurs. Un peu plus d'un an plus tard, en septembre 2008, la chute de Lehman Brothers et d'autres grandes banques américaines ont fait crouler Wall Street.
« Disons qu'on ne sent toutefois pas le même vent de panique qu'on a senti en 2008 », déclare M. Filiatrault.
« C'est certain que dans une situation pareille, les gens prennent panique. Surtout lorsqu'on voit les marchés bouger autant et être aussi volatiles, ajoute Manuel Gaudreau, planificateur financier sous la bannière d'Investment Planning Counsel à Rockland, dans l'Est ontarien. Après ce qui est arrivé en 2008, j'avais déjà mis beaucoup de clients dans des positions plus conservatrices. Ils sont moins exposés au marché aujourd'hui. Jusqu'à maintenant, je n'ai pas eu trop d'appels. »
Celui qui exerce son métier depuis 14 ans dit avoir vécu trois crises économiques similaires. « En 2001, en 2008 et cette année. L'important pour les investisseurs, c'est de ne pas prendre de décision sur le coup de l'émotion qui pourrait affecter leur plan de retraite », rappelle-t-il.
La dernière goutte
Lundi, les plus grands marchés boursiers de la planète ont pour la plupart dégringolé. Hier, une lueur d'espoir à l'aube d'un discours de la Réserve fédérale américaine a ravivé les investisseurs.
Une situation qui n'a pas surpris outre mesure Hendrix Vachon, économiste principal au Mouvement Desjardins. « Après une bonne baisse, il n'est pas rare de voir des résultats comme aujourd'hui. Souvent, il y a des rachats le lendemain. »
N'empêche que la décote américaine n'est que la dernière goutte à s'ajouter dans un vase passablement plein, selon lui. « Il n'y a pas que la décote aux États-Unis. Tout ce qui se passe depuis quelques semaines, notamment en Europe, a amené de la nervosité. Lundi, il y a eu une baisse importante, résultat de plusieurs mauvaises
nouvelles. »
À court terme, il estime qu'on peut s'attendre à des baisses au pays dans le secteur extérieur. « C'est sûr que c'est plus marqué aux États-Unis, mais les dépenses d'investissements pourraient baisser et il pourrait être plus difficile d'exporter, puisqu'il y aura moins de demandes en provenance de nos voisins. Les matières premières continueront aussi de chuter », signale-t-il.