Les infirmières de l'Outaouais en ont «ras-le-bol»

Des «sit-in» ont été évités de justesse lundi soir dans les urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau, où plusieurs infirmières ont dû faire des heures supplémentaires en raison du débordement observé sur les civières.

Une photo prise par du personnel de l'Hôpital de Hull lundi soir en dit long sur l'ambiance qui régnait à l'urgence. Poignets attachés dans le dos, trois infirmières ont voulu montrer qu'elles se sentaient prises en otage par leur employeur, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais.

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO), Lyne Plante, a été appelée à intervenir, vers 23h30 lundi, lorsque ses membres en poste dans les urgences de Hull et de Gatineau se sont fait demander de rester au travail pour le quart de nuit.

Le syndicat rapporte par exemple qu'à l'Hôpital de Hull, deux infirmières de l'urgence à l'horaire de 16h à minuit ont dû prolonger leur quart de travail jusqu'à 8h, tandis que deux autres qui devaient rentrer seulement pour un quart de 12 heures ont dû rester sur place quatre heures de plus.

Tout ça est survenu alors que les urgences débordent. À 10h, mardi, le taux d'occupation atteignait 214% à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau, où l'on retrouvait 60 patients alités pour une capacité normale de 28 civières. Du côté de l'Hôpital de Hull, on comptait à 10h, mardi, 53 patients pour 25 civières, ce qui représente un taux d'occupation de 212%.

«On est tannées, on a notre ras-le-bol», lance Mme Plante. Cette dernière rapporte que depuis le 23 décembre dernier, cinq interventions syndicales ont été nécessaires pour calmer le jeu et éviter des «sit-in».

La directrice des ressources humaines du CISSSO, Johanne Robertson, a indiqué que la situation est suivie «au jour le jour». Un comité réunissant les parties patronale et syndicale a aussi été créé la semaine dernière pour «trouver des solutions à court terme», a fait savoir le président-directeur général de l'organisation, Jean Hébert.

Ce comité devrait permettre «d'aller mettre en place sur le terrain des moyens qui vont permettre d'alléger la situation, notamment sur le volet du temps supplémentaire obligatoire», a précisé Mme Robertson.

Prévoir les heures supplémentaires

Le syndicat déplore entre autres que le CISSSO n'utilise pas les «outils» de la convention collective pour prévoir les heures supplémentaires lors de la confection des horaires.

Selon Lyne Plante, plusieurs infirmières tentent, en vain, de savoir avant leur quart de travail si l'employeur aura besoin de garder du personnel en heures supplémentaires. «La grosse problématique, c'est le service de remplacement, affirme la présidente du SPSO. Si une infirmière appelle à 7h pour savoir s'il y a du temps supplémentaire le soir afin de pouvoir s'organiser, ils ne peuvent pas le dire, donc ça fait beaucoup de friction, parce qu'on est toujours à la dernière minute.»

Au CISSSO, Johanne Robertson confirme que les heures supplémentaires peuvent être inscrites à l'avance dans les horaires, une façon de faire qui a «peut-être» été «délaissée» ces derniers mois. La directrice des ressources humaines souligne toutefois qu'une certaine «mécanique» découlant de la convention collective force l'organisation à s'assurer que les gens ayant le plus d'ancienneté aient le premier choix lorsque des heures supplémentaires sont prévues à l'avance.