Les grandes entrevues

Politicien depuis le secondaire

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Le nouveau député caquiste de Chapleau, Mathieu Lévesque, savait dès ses années au secondaire qu’il allait un jour devenir politicien. « Tout le monde au collège Saint-Alexandre me prédisait une carrière en politique », affirme-t-il, preuve à l’appui.

La preuve, c’est son album de finissants de 2005 qu’il a apporté avec lui cette semaine pour une entrevue dans un café de sa circonscription. « Regardez, me dit-il en ouvrant l’album sur les pages où ses anciens camarades de classe lui ont écrit un mot. Tout le monde me voyait politicien », ajoute-t-il en riant.

Les grandes entrevues

De cultivateur à professeur émérite

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Yao Assogba se demandait bien dans quoi il s’était embarqué en venant poursuivre ses études au Canada.

Il a quitté son Togo natal en septembre 1970, bourse de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) en poche, pour venir faire ses études universitaires au Québec. Mais il ne pouvait s’imaginer le « baptême de feu » qui l’attendait.

« J’avais 23 ans. Je suis arrivé à Montréal en septembre 1970 et, le mois suivant, c’était la Crise d’octobre, se souvient-il. Et comme j’étais dans une école privée (le Collège Jean-de-Brébeuf), il y avait des enfants de ministres qui y étudiaient. Donc l’armée était postée devant le pavillon. J’ai eu peur. Je me suis dit : ‘j’ai quitté un pays où il y a une dictature militaire pour un pays où il y a les mesures de guerre’. Ç’a été raide », lance-t-il dans une expression bien de chez nous.

Et le pauvre n’était pas au bout de ses peines…

« À l’hiver 1971, ajoute-t-il, quelques mois après mon arrivée, c’était la tempête du siècle. Bienvenue au Canada, me suis-je dit ! (Rires). Un matin de janvier, j’ouvre les rideaux et il faisait beau soleil. J’étais content. Donc je suis sorti vêtu d’un short. Mais en ouvrant la porte, un vent glacial m’a figé sur place. Il faisait moins 20 degrés ! Il y avait un soleil, mais pas de chaleur. C’était un mystère pour moi. »

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Yao Assogba, 71 ans, est professeur émérite à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), là où il a enseigné la sociologie pendant 27 ans. Titulaire d’un doctorat en sociologie, il s’est établi à Gatineau en 1983 avec son épouse, Andrée Tremblay, et leurs trois enfants.

M. Assogba a récemment lancé son autobiographie intitulée Des collines d’Atakpamé aux collines de Gatineau, un livre dans lequel il raconte son impressionnant parcours de la cité d’Atakpamé où il a grandi, au Togo, jusqu’à ses années comme enseignant à l’UQO, puis comme professeur émérite.

Il rappelle dans son ouvrage l’histoire de ses ancêtres ifè et il revient sur son enfance en Afrique au sein d’une famille de cultivateurs ; les obstacles qu’il a dû surmonter avant d’immigrer au Québec ; sa liaison de deux ans avec Geneviève Laurendeau, la fille de l’homme politique et ancien rédacteur en chef du Devoir, André Laurendeau ; son premier réveillon dans cette famille montréalaise ; sa rencontre avec Andrée, son épouse des 41 dernières années, ses visites au Saguenay-Lac-Saint-Jean et le choc culturel qu’il a vécu là-bas dans la région natale de sa femme.

« Andrée et moi nous sommes mariés au Lac-Saint-Jean en septembre 1977, dit-il. Un Noir venu de Montréal qui mariait une Bleuet dans un rang du Lac-Saint-Jean, c’était un événement là-bas à l’époque. (Rires). Mais les valeurs communes et spontanées d’entraide et de solidarité des gens de cette région m’ont fasciné et m’ont rappelé l’Afrique. J’avoue cependant que j’ai dû apprendre quelques expressions qui, au début, me laissaient perplexe. Comme ‘à cause’, ‘fais pas simple’, ‘il mouille à siaux’ et plusieurs autres. Une fois, mon beau-père m’a demandé de sortir lui aider à bûcher du bois. Alors il me dit : ‘Yao, appareille-toi’. Je n’ai pas compris. ‘Mets ta froc’, m’a alors dit le beau-père. Je n’ai pas compris. ‘Mets ton parka.’ Je n’ai pas compris. ‘Mets ta canadienne.’ Je n’ai pas compris. ‘Mets ton coat.’ Je n’ai pas compris. Finalement, Andrée m’a dit : ‘Yao, mets ton manteau’. Là, j’ai compris ! » (Rires)

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La Fondation Lani

Dans son autobiographie, M. Assogba rappelle aussi le rôle clé qu’il a joué dans la création du campus Félix-Leclerc du Cégep de l’Outaouais, ainsi que dans la mise sur pied à Gatineau de l’organisme Carrefour Jeunesse Emploi, « le premier de ce genre au Québec », soulignera-t-il.

Puis il revient sur la période la plus triste et la plus sombre de sa vie : la mort de son fils, Lani, qui s’est enlevé la vie en novembre 2000 à l’âge de 18 ans. « Mon fils a été diagnostiqué bipolaire au Cégep, dit-il. Andrée et moi avons tout tenté pour l’aider. Mais il n’y avait rien qu’on pouvait faire, malheureusement. »

Voici un passage de son autobiographie :

« Lani a vécu une grande détresse psychologique à partir de seize ans. (…) Durant ces deux années de détresse, nous ressentions tout son courage, sa détermination pour la combattre et se porter mieux. C’était extrêmement difficile de voir Lani souffrir autant et de constater que, malgré toute sa volonté de vivre, il n’a pas vu d’autres façons pour arrêter de souffrir que de s’enlever la vie, le vendredi 10 novembre 2000, à l’âge de 18 ans. Lui qui aimait tant la vie ! »

Moins d’un an après la mort de leur fils, Yao Assogba et son épouse Andrée ont créé à Gatineau la Fondation Lani, qui a pour mission d’appuyer des projets de promotion de la vie dans une perspective de prévention du suicide chez les jeunes de 12 à 25 ans.

« L’idée de créer cette fondation m’est venue durant les funérailles de Lani, dit M. Assogba. Les gens se sont mobilisés et, depuis sa création en 2001, la Fondation Lani a aidé plus de 800 jeunes. Mon fils a sauvé plusieurs vies. » 

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Le livre Des collines d’Atakpamé aux collines de Gatineau est disponible en ligne, en librairie et sur le site de la Fondation Lani. Cinq dollars de chaque exemplaire vendu seront remis à cette fondation.

Pour joindre la Fondation Lani : 819-778-0188 ; www.fondationlani.ca

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Le temps de la récolte

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Quelques centimètres et quelques kilogrammes de plus et Sébastien St-Louis serait peut-être devenu joueur de football professionnel plutôt que de devenir entrepreneur et de mettre sur pied l’entreprise HEXO, le plus important fournisseur de la Société québécoise de cannabis (SQDC).

« Je suis un ancien footballeur, j’étais centre sur la ligne offensive, se souvient ce Franco-Ontarien natif d’Ottawa et diplômé du Collège catholique Samuel-Genest. J’ai joué au football jusqu’au niveau collégial. Malheureusement, j’ai arrêté de grandir une fois rendu à ce niveau. Et à cinq pieds et neuf pouces, tu ne deviens pas centre. J’ai donc décidé de faire autre chose de ma carrière. C’est cependant au football que j’ai appris l’importance des rôles et des fonctions de chacun au sein d’une équipe pour atteindre notre but. »

Sébastien St-Louis a atteint son but, c’est le moins qu’on puisse dire. Son entreprise du secteur Masson-Angers qui comptait dix employés à ses débuts, en 2013, en compte aujourd’hui 245 et on vise 500 d’ici la fin de l’année. HEXO a le mandat de fournir à la SQDC plus de 200 000 kilogrammes de cannabis au cours des cinq prochaines années. « Les cinq dernières années ont été une belle aventure, lance-t-il. Et j’espère que les cinq prochaines années seront aussi mouvementées. »

Titulaire d’un baccalauréat en arts et d’une maîtrise en administration des affaires, Sébastien St-Louis, 34 ans, est père d’une fillette âgée de 20 mois, et son épouse et lui attendent un garçon en novembre. Issu de parents qui sont tous deux enseignants, il a un sens inné pour les affaires, lui qui a démarré sa première entreprise à l’âge de 16 ans. Mais c’est en 2013 qu’il a vraiment misé juste en fondant l’entreprise Hydropothicaire, rebaptisée HEXO en juin dernier. D’où vient ce flair pour une bonne affaire ?

« Mes parents me posent souvent cette même question, répond-il d’un éclat de rire. C’est le goût de l’exploration, de l’apprentissage, croit-il. C’est beaucoup de travail et un peu de chance aussi. C’est de choisir les bonnes valeurs et de s’entourer de gens très forts dans leur domaine. C’est d’apprendre de ces gens-là et d’utiliser les forces de chacun d’entre nous pour faire quelque chose de bien. Et j’étais entouré de gens qui ont cru en moi.

— Quelle a été la réaction de vos parents et de votre entourage lorsque vous leur avez annoncé que vous vous lanciez dans l’industrie du cannabis ?

— Mes parents sont assez ouverts. J’ai eu beaucoup d’encouragement. Beaucoup de questionnement aussi. J’ai éduqué les gens et expliqué ce que mon entreprise allait faire. Et les gens y croyaient. En fait, le premier million investi dans la compagnie, ce sont tous des amis de la famille qui l’ont investi. Et je ne viens pas d’un cercle de gens riches. C’était beaucoup de petits chèques, à coups de 10 000 $, pour se rendre au premier million amassé. Mes parents ont investi initialement 50 000 $ dans mon entreprise. Ils n’avaient pas 50 000 $ qui traînaient, ils ont pris une hypothèque sur la maison. Tout est bien tombé. Beaucoup de vies ont changé dans ce cercle d’amis-là. Ils ont pris un gros risque au début. Mais c’est certain qu’on a tous été choyés par les résultats. Et ça continue. »

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Fait plutôt ironique, Sébastien St-Louis n’avait presque jamais consommé de cannabis avant de fonder HEXO.

« J’avais 24 ans la première fois que j’ai fumé, dit-il. Un bon ami m’a demandé si je voulais essayer un joint. C’était bien correct, mais ce n’est pas quelque chose qui m’a accroché dès le début.

«Ces jours-ci, un vendredi soir, au lieu de prendre un scotch, je prends un peu d’Élixir (vaporisateur sublingual de cannabis). C’est une façon plus responsable, il me semble, de passer une belle soirée. Tu te lèves le lendemain matin sans maux de tête, t’es un peu plus productif. L’Élixir de HEXO est muni d’un système de dosage. Chaque fois que t’appuies sur le mécanisme, tu reçois 2,5 mg de THC. Donc si tu veux passer une belle soirée avec juste un peu d’euphorie, tu prends deux dépressions du mécanisme — dépendamment du métabolisme de chacun — et t’as toujours la même expérience sans trop en prendre et sans tomber endormi. C’est une façon d’aller chercher tes moments d’euphorie en soirée de façon beaucoup plus santé que l’alcool.»

HEXO a été mis sur pied en 2013 pour produire et vendre du cannabis médical. C’était sa raison d’être, d’abord et avant tout. 

Or, Sébastien St-Louis a été aussi étonné que tout le monde, quatre ans plus tard, lorsque le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé que la consommation de cannabis serait légalisée dès le 1er juillet 2018. (Cette date a été repoussée au 17 octobre 2018).

«Quand j’ai commencé l’entreprise, je m’attendais à ce qu’un jour on puisse acheter du cannabis sans prescription, j’en étais certain, dit-il. Mais c’est arrivé plus vite que je pensais, et plus vite que tout le monde pensait. Donc on a dû s’adapter rapidement.

— Et allez-vous célébrer d’une façon quelconque le 17 octobre prochain (mercredi) ?

— Tout le personnel va se rassembler pendant environ une demi-heure, répond-il. On va se serrer la main, se féliciter et il y aura quelque chose de spécial pour tous les employés. Et ensuite, on retournera au travail. On célébrera ça pour de vrai au party de Noël. (Rires). À notre tout premier party de Noël, nous étions vingt personnes, soit dix employés avec leur conjoint et conjointe. Cette année, on va fêter Noël au Hilton Lac-Leamy et on attend 600 personnes.»

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Savoir saisir sa chance

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Adolescent à son école secondaire de Repentigny sur la Rive-Nord de Montréal, Mathieu Lacombe, le nouveau député caquiste de Papineau à l’Assemblée nationale, préférait rentrer chez lui à l’heure du lunch plutôt que de casser la croûte à la cafétéria avec ses camarades de classe.

« J’habitais tout près de l’école, dit-il. Je revenais manger à la maison pour écouter les émissions d’affaires publiques à TVA. J’écoutais Jocelyne Cazin et François Paradis qui est aujourd’hui un collègue à l’Assemblée nationale. Je lui ai raconté cette anecdote l’autre jour et il en a bien ri. J’avais déjà deux passions à l’adolescence : le journalisme et la politique. »