Denis Gratton

Le comédien conférencier

CHRONIQUE / Il a joué le rôle de Hercule Belhumeur dans la série télévisée Virginie pendant une dizaine d’années, un rôle qui lui a valu en 2000 une nomination au Gala des Gémeaux dans la catégorie meilleure interprétation masculine. On l’a aussi vu dans District 31, Urgence, Grande Ourse, Les beaux malaises, Ma vie en cinémascope et plusieurs autres émissions de télé et long-métrages, ainsi que sur les planches dans, notamment, Un violon sur le toit . Mais Martin Larocque, 48 ans, est aussi conférencier. Et ce, depuis plus d’une vingtaine d’années. Il est d’ailleurs de passage à Gatineau samedi pour offrir une conférence dans le cadre d’un colloque tenu par l’Association québécoise des troubles d’apprentissage Outaouais (AQETA). Le Droit s’est entretenu avec lui cette semaine.

LE DROIT : Êtes-vous maintenant conférencier à temps plein ?

MARTIN LAROCQUE : Oui, absolument. Mais je fais les deux. Je peux être conférencier et comédien sans problème. Mais il y a moins de rôles depuis cinq ans. J’ai été beaucoup à la télévision avec Virginie et c’était pratiquement un emploi à temps plein pendant presque 10 ans. Et là, les gens ont l’impression que je ne suis plus là. Mais je suis toujours là. J’ai d’ailleurs joué dans District 31 et Les beaux malaises. 

LD : Vous avez donné des milliers de conférences au Québec et au Canada francophone sur la responsabilisation et l’estime de soi. Avez-vous fait des études en psychologie ou autres matières connexes ?

ML : Pas du tout. Mais j’ai déjà été professeur au secondaire. J’enseignais deux matières qui n’existent plus : la formation personnelle et sociale (FPS) et la morale. J’ai arrêté d’être prof quand le métier de comédien a pris le dessus. Mais j’ai comme repris la matière que j’enseignais et il m’est venu en tête l’idée d’être conférencier. Aller dans les écoles, rencontrer les jeunes et parler de sujets importants pour eux, parler de choses qu’un prof ou un parent ne peut pas dire. Je vais passer par l’estime de soi, la confiance, la persévérance, les rêves et tout ça. Mais la trame de fond, c’est la responsabilité. Et c’est la même chose dans les conférences que je donne aux parents et aux adultes. Ça se résume à ceci : si vous n’aimez pas votre job, laissez-le. Parce que de un, vous ne serez pas bon. Et deux, vous serez désagréable, déçu, amer, frustré. C’est cette responsabilité que j’aime gosser. Je pose la question : êtes-vous là où vous voulez être dans la vie ? Ce n’est pas une conférence où je donne des trucs et des conseils. C’est vraiment une conférence où je réfléchis à voix haute et j’apporte des réflexions, je brasse des idées, j’allume des lumières. Un bon conférencier doit emmener la personne à comprendre qu’elle a des options, des choix. Que tu n’es pas victime de ta vie. Et être conférencier est une énorme responsabilité, surtout face aux jeunes. Alors je m’assure que mes devoirs soient faits et que j’ai quelque chose à dire. 

LES SCANDALES SEXUELS

LD : Votre opinion, M. Larocque, sur les scandales (Éric Salvail, Gilbert Rozon) qui secouent le monde du spectacle québécois ?

ML : Tu fais une connerie, on va te punir. Il faut qu’il y ait une punition et des conséquences à tes actes. C’est ce que j’enseigne à des enfants. On serait stupide de ne pas l’appliquer quand on est adulte. Tu fais une connerie, tu paies pour, c’est tout. Et après, tu vas t’excuser. Et offre de vraies excuses. Ensuite on essaiera de voir pourquoi c’est arrivé et on essaiera de guérir cette affaire-là. Mais on ne te redonnera pas un nanane. Tu vas recommencer à zéro, mon gars. Vis avec la honte et l’humiliation et apprends que t’as fait une connerie. Et ce que je n’aime pas dans tout ça, c’est que nous, les gars qui sont bien et corrects, on devient tous une catégorie de gars menaçants et une possibilité de violeurs potentiels parce qu’il y a deux ou trois gars qui ont fait les cons. Ces gens-là jettent une ombre sur la gent masculine et ça me fait vraiment de la peine.

(Et avant même que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, propose jeudi de lutter contre l’inconduite sexuelle par l’éducation, Martin Larocque a déclaré ceci) :

ML : Il n’y a plus d’éducation sur la sexualité dans les écoles. Mais c’est pourtant important. Dans ma conférence, il y a cinq ans, j’en parlais de la sexualité. Mais les écoles ont commencé à me demander de plus en parler parce que ça créait un malaise, parce que des parents n’aimaient pas ça, parce qu’il y avait de différentes religions dans la salle, etc.. Je veux bien. Mais calvaire ! Ce sont des ados. Je veux en parler ! Quand fera-t-on de l’éducation sur le consentement ? C’est important. J’ai trois fils et j’ai eu des discussions avec eux sur le consentement et sur le respect. Autant en face de leur partenaire que les autres face à eux-mêmes. Il n’y a personne au monde - moi inclus, ton père — qui a le droit de te toucher si tu ne veux pas. Et si je te touche et que tu ne veux pas, tu me dénonces à la police. Tu n’as pas le droit de laisser quelqu’un toucher ton corps. Jamais. Mais le consentement, la sexualité, le respect du corps, le respect d’autrui... c’est où ça dans le corpus éducatif ? Ça n’existe plus. Et c’est pourtant si important. »

Les grandes entrevues

Briser le mur du silence

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Acteur, animateur, scénariste, producteur et réalisateur, Yan England est tout ça. Gagnant de quatre prix Artis pour émission jeunesse et mis en nomination en 2013 pour l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction pour son film «Henry , on le reverra sur le grand écran en 2018 dans le prochain film de Denys Arcand, Le Triomphe de l’argent , ainsi que dans le film La Bolduc.

Mais Yan England porte un nouveau chapeau, depuis quelques jours. Soit celui de porte-parole de la campagne Contre l’intimidation : agissons du ministère de la Famille. Et on n’aurait pu mieux choisir comme porte-parole que le réalisateur du film 1:54 , un long-métrage bouleversant qui propose aux spectateurs la vision des choses d’une jeune victime d’intimidation. Celui-ci se nomme Tim (joué par Antoine Olivier Pilon), un adolescent de 16 ans qui est victime d’intimidation depuis le début de son secondaire et qui décide d’affronter son bourreau sur une piste d’athlétisme. L’histoire de Tim ne laisse personne indifférent.

« J’ai tout de suite accepté de m’impliquer dans cette campagne du gouvernement du Québec, c’était une suite logique au film (1:54) que j’ai réalisé, explique Yan England. Le film n’est pas un documentaire, c’est de la fiction. Mais il est basé sur plein d’histoires vraies. Tout ce qui se passe dans le film est réellement arrivé. Ce n’est pas l’histoire d’une seule personne, mais bien celle de plusieurs jeunes. Donc d’être porte-parole de cette campagne est une continuité dans cette optique d’ouvrir un dialogue pour combattre la loi du silence qu’est l’intimidation. Parce que l’intimidation crée une loi du silence. Les victimes ne veulent pas en parler parce qu’elles ont peur. Elles se disent : ‘«si j’en parle, j’ai peur que ce soit pire’. Mais il faut oser ouvrir ce dialogue-là. Il faut en parler. C’est notre devoir d’agir parce qu’on a tous une responsabilité. »

En septembre dernier, Yan England a été nommé par la République française au grade de chevalier de l’Ordre des arts et des lettres. En lui remettant ce prestigieux titre, la ministre française de la Culture et des Communications, Audrey Azouley, a déclaré : « Même si votre carrière ne saurait se limiter au seul film «1:54», force est de souligner l’importance de celui-ci, qui aborde un sujet sociétal sensible, l’intimidation à l’école ». 

Et plusieurs intervenants du monde de l’éducation d’ici ont suggéré que ce film de Yan England soit obligatoire dans les écoles secondaires du Québec, et même du pays et d’ailleurs dans le monde. Qu’en pense le principal intéressé ?

« J’adorerais ça, lance-t-il. Si un visionnement obligatoire peut aider, je suis totalement pour ça. Tous les moyens sont bons pour ouvrir le dialogue, pour faire une brèche dans ce mur du silence. Il y a déjà eu des discussions à ce sujet en France. Et je reviens justement du Portugal où la Secrétaire d’État m’a dit que l’on compte utiliser mon film pour sensibiliser les jeunes à ce problème. Et c’est tant mieux si le film peut aider à améliorer la situation et faire prendre conscience à tous qu’on a tous un pas de plus à faire pour briser le silence de l’intimidation et de la cyberintimidation », ajoute le réalisateur québécois.

De Arcand à Spielberg

Yan England, 35 ans, est présentement en tournage pour le prochain film de Denys Arcand. « Je suis chanceux d’être sur son plateau et de voir ce maître à l’œuvre, dit-il. J’observe M. Arcand travailler et, chaque fois, c’est un cours de réalisation. J’adore l’expérience. »

Mais s’il y a une expérience que Yan England n’oubliera jamais de sa vie, c’est la soirée qu’il a passée aux Academy Awards à Los Angeles, en 2013, lors de la remise des Oscars. Il était en nomination pour le meilleur court-métrage de fiction, mais il n’a pas remporté la prestigieuse statuette. Il a toutefois réalisé son plus grand rêve, soit celui de serrer la pince à son idole, le légendaire réalisateur Steven Spielberg.

« Je tenais tellement à lui serrer la main et lui dire merci, raconte-t-il. Ses films ont nourri mon imagination quand j’étais enfant et adolescent. Il y avait une fête après la cérémonie des Oscars et tout le monde était là. Et quand j’ai finalement aperçu M. Spielberg, il était en conversation avec l’acteur Daniel Day-Lewis. Alors je me suis dit : ‘Ti-cul England, tu vas attendre ton tour’. Je n’étais certainement pas pour interrompre M. Spielberg et l’un des plus grands acteurs de notre génération. Donc j’ai attendu que leur entretien se termine. J’ai attendu pendant 21 minutes. Puis une fois leur conversation terminée, j’ai foncé. Et on jasé, M. Spielberg et moi, pendant environ cinq minutes. Et à la fin de notre entretien, il m’a dit : now, go make some movies (maintenant, va faire des films). Je vais me souvenir de ce moment-là toute ma vie. Parce que c’est à ce moment-là que je me suis dit : ‘tu vas foncer. Oui, ce sera difficile, oui ça prendra plusieurs années, mais vas-y’.

«Avant cette rencontre avec M. Spielberg, j’avais l’intention de faire un court-métrage avec 1:54. Je ne pensais pas avoir assez de guts pour faire un long-métrage. Mais le lendemain matin de la soirée des Oscars, dans ma chambre d’hôtel à Los Angeles, je me suis dit que 1:54 allait être mon premier long-métrage. J’ai décidé de foncer. Et c’est grâce à Steven Spielberg qui m’a poussé dans le dos avec ses mots : Now, go make some movies.»

«Tant mieux si le film peut aider à améliorer la situation et faire prendre conscience à tous qu’on a tous un pas de plus à faire pour briser le silence de l’intimidation et de la cyberintimidation.»

— Yan England

Les grandes entrevues

Le biérologue venu de loin

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Le Gatinois Philippe Wouters est l’un des rares biérologues professionnels indépendants au Québec. Comme disait le comédien Olivier Guimond dans les publicités de la Labatt 50 des années 1960 : La bière, « lui, y connaît ça ! ».

Éditeur de Bières et Plaisirs, le plus important média francophone spécialisé dans le monde de la bière, Philippe Wouters est également auteur de trois ouvrages sur la bière (bientôt quatre). qui sont devenus des succès d’édition. Il anime plus d’une soixantaine de conférences par année au Québec et dans la francophonie internationale, et il a créé les Capsules Sensations, un système d’aide à l’achat utilisé par plus de 300 magasins dans la Belle Province. Philippe Wouters signe de plus une chronique hebdomadaire dans Le Droit et dans les cinq autres quotidiens du Groupe Capitales Médias, et il est chroniqueur radio et personne-ressource pour différents médias.

Notre ancien collègue journaliste, Jean-François Dugas, l’avait surnommé le « Obélix de la bière ». Car comme ce Gaulois des bandes dessinées, Philippe Wouters est tombé dedans quand il était petit.

« Je suis né et j’ai grandi en Belgique, là où la bière fait partie de la culture, explique-t-il. Et en Belgique, il existe de la bière de table que l’on donne aux enfants. J’ai toujours eu un verre de bière à Noël. À l’école primaire, quand j’avais sept ans, je me souviens d’avoir visité une brasserie avec la classe. Et le professeur avait le droit de choisir ou non s’il y avait une dégustation pour les enfants, lance-t-il en riant.

«À l’âge de 14 ans, reprend-il, je devais présenter un livre devant ma classe à l’école. Alors j’ai présenté un livre de Michael Jackson. Tout le monde connaît le chanteur. Mais ce Michael Jackson était un biérologue anglais qui faisait deux fois et demie le poids du chanteur, et qui avait sorti un livre qui s’appelait Les grandes bières de la Belgique. Et j’ai eu une révélation. Je ne savais pas quand je voulais le faire (devenir biérologue), je ne savais pas avec qui j’allais le faire, mais je me suis dit : ‘un jour, je vais parler de bière’. Et ce qui m’a toujours allumé, c’est l’humain derrière la bière. C’est le gars qui la produit. C’est l’histoire derrière le nom de la bière, etc.».

De Paris à Papineauville

Philippe Wouters, 39 ans, a quitté sa Belgique natale à l’âge de 22 ans pour immigrer au Québec, en Outaouais, plus précisément. 

«Sur un coup de cœur et un coup de tête, lance-t-il. J’ai rencontré une fille à Paris qui m’a dit qu’elle habitait Papineauville. Il a donc fallu que je trouve Papineauville sur une carte et j’ai décidé de suivre cette fille et d’aller m’installer là-bas dans la Petite-Nation. Je suis arrivé à Papineauville le 25 juillet 2000 avec un baccalauréat en génie mécanique avec une option en informatique industrielle, et de venir m’établir ici a été la meilleure décision de toute ma vie parce que j’ai pu découvrir le Québec. Mais j’avoue que de partir d’une ville de six millions d’habitants (Paris) pour aller vivre dans un village de 600 habitants a nécessité une certaine période d’adaptation. Un jour, par exemple, j’ai demandé où se trouvait le métro et on m’a dirigé vers l’épicerie Métro. (Rires). Mais j’ai été très vite accepté par les gens de Papineauville. Je suis un peu devenu la mascotte du village, laisse-t-il tomber avec une pointe d’autodérision. Et je me suis très vite senti chez moi au Québec. Et lorsque moi et cette fille rencontrée à Paris nous sommes séparés, à peu près un an après mon arrivée, j’ai décidé de rester ici. J’étais rendu professeur d’informatique à La Cité (à Ottawa) et je me suis rapproché en déménageant à Gatineau où j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme et la mère de nos deux enfants âgés de 12 et 10 ans.»

Philippe Wouters a lancé en 2009 la revue Bières et Plaisirs, qui est publiée en 75 000 exemplaires six fois par année et disponible dans plus de 1 500 points de distribution au Québec et en Europe. Il vit de sa passion depuis.

«Si je devais résumer mon travail en une phrase, dit-il, je dirais : ‘augmenter la culture bière au Québec’. Qu’on cesse de voir la bière comme un produit d’alcoolique qu’on boit à la bouteille, debout». » 

— Et quelle est la meilleure bière sur le marché ?

— Il n’y en a pas, répond-il, il y en a plusieurs. Mais ma bière fétiche vient de la brasserie Dupont, en Belgique. Il s’agit d’une bière que cette brasserie sort dans le temps des Fêtes et qui s’appelle Avec les bons vœux de la Brasserie Dupont. C’est une blonde, ronde, avec une superbe signature et une finale incroyable. C’est une bière magique que la LCBO offre tous les ans dans le temps des Fêtes. Je la connais depuis que je suis enfant. »

Les grandes entrevues

La musique en lui

CHRONIQUE / Enfant, Michel DeMars écoutait du Marie King. De la musique country à son état pur.
« Marie King était une grande amie de mes parents, raconte-t-il. Alors c'était toujours cette musique qui jouait à la maison. Et je connaissais toutes les chansons de Marie King. Et mes tantes me les faisaient chanter aux partys de famille durant les Fêtes », ajoute-t-il en riant.