Sylvain Dupras a consacré 35 ans de sa vie à La Revue de Gatineau, un hebdomadaire qui fermera ses portes la semaine prochaine, après 59 ans d’histoire.

Trente-cinq ans de passion

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Il était le visage et l’âme de La Revue de Gatineau. De jeune journaliste affecté à la nouvelle dans la Petite-Nation à directeur de l’information de cet hebdomadaire, Sylvain Dupras aura consacré 35 années de sa vie à informer les gens.

Passionné de son métier et journaliste jusque dans ses tripes, il aura raconté à sa façon l’histoire de Gatineau et de l’Outaouais pendant plus de trois décennies.

Puis, le glas a sonné mercredi pour La Revue de Gatineau. Et son écho a retenti à travers l’univers médiatique du Québec.

À peine un mois et demi après avoir voulu donner un nouvel élan à La Revue en le rebaptisant Le Gatineau Express, Lexis Média a annoncé mercredi la fermeture définitive de cet hebdo vieux de 59 ans.

« La toute première édition de La Revue a été publiée le 5 septembre 1959. Et sa dernière édition sera publiée le 5 septembre 2018. Donc pour fêter le 59e anniversaire, on ferme le journal. Quand tu dis que tu choisis ta date », laisse tomber Sylvain Dupras en secouant la tête.

« Nous avons appris la nouvelle mercredi, poursuit-il. Le propriétaire a rencontré les employés, ce fut très court comme rencontre. Ça m’a fait de quoi, c’est certain, j’y ai passé 35 ans de ma vie. Mais ce qui m’a fait vraiment mal, c’est lorsque j’ai regardé autour de la salle et que j’ai vu mes collègues, des jeunes qui débutent leur carrière, leur famille, et qui ont de jeunes enfants. Ça, ça fait mal. »

Sylvain Dupras, 57 ans, a été un « professeur », un guide et un mentor pour plusieurs jeunes journalistes au fil des 35 dernières années. Très nombreux sont ceux qui ont fait leurs débuts et leurs premiers pas à La Revue de Gatineau, avant de poursuivre leur carrière dans d’autres médias. Et plusieurs d’entre eux ont tenu à remercier publiquement Sylvain Dupras cette semaine pour la confiance qu’il a eu en eux et pour le rôle qu’il a joué dans leur cheminement et leur vie.

« Ces remerciements, je les prends avec humilité, dit-il. Vrai, j’ai été patron longtemps. Et j’ai dirigé plusieurs, plusieurs journalistes. Mais je n’ai jamais agi comme un patron et je n’ai jamais joué au patron. J’ai toujours laissé la liberté aux journalistes. Si un jeune avait une belle plume pour un domaine en particulier, je le dirigeais vers ce domaine. Si, par exemple, t’es meilleur dans les arts et spectacles, tu vas faire les arts et spectacles. Je n’ai jamais tenté de changer le style d’écriture d’un journaliste. Parce que chacun a sa signature. J’ai plutôt profité de ces différents styles. C’était un travail d’équipe et j’étais un coéquipier. Et si tu me demandes mon métier, je te répondrai : journaliste. C’est dans mon ADN, je suis journaliste. Et je suis content aujourd’hui de savoir que j’ai joué un petit rôle dans la carrière d’anciens collègues. Ça me touche beaucoup. Je les salue et je les remercie à mon tour d’avoir partagé leur passion avec moi. »

Mais au-delà des pertes d’emplois, la disparition de La Revue de Gatineau représente un important recul pour les Gatinois, affirme Sylvain Dupras. C’est toute la communauté qui a perdu une voix et une tribune cette semaine. C’est le peuple qui a un peu perdu « son » journal, croit-il.

« On s’imposait à toutes les portes de notre marché, explique-t-il. On essayait d’informer nos lecteurs de ce qui se passait dans leur communauté. Nous n’avions pas la prétention d’être des news getter qui sortaient des scoops toutes les semaines. Nous n’avions plus l’équipe pour faire ça. Sauf qu’on voulait donner un bon portrait de ce qui se passait dans la communauté, avec des reportages et des entrevues de gens d’ici qui font des choses remarquables. Et les organismes communautaires s’annonçaient dans La Revue. Le babillard communautaire remplissait trois pages d’écran d’ordi chaque semaine. Les organismes avaient leur place pour annoncer leurs activités et pour parler d’eux. Mais tout ça disparaît. Et c’est dommage que les gens perdent cette opportunité-là. Comme c’est dommage que les jeunes qui se lancent en journalisme perdent le «club-école» qu’était La Revue.

«Je remercie les gens qui nous lisaient. Je les remercie parce que ce sont eux qui alimentaient le journal en nous ouvrant leur porte. Et ce qui me manquera le plus, ce sont ces rencontres que j’avais avec les gens. Ils m’ont tant appris.

— Et maintenant ? Que réserve l’avenir à Sylvain Dupras ?

«Mon épouse, Andrée, me dit que je ne suis pas prêt pour la retraite (rires). Alors, on verra. Je suis présentement membre du conseil d’administration d’un organisme sans but lucratif qui s’occupe du journal étudiant que nous publiions dans La Revue depuis 16 ans. Et je suis content d’annoncer que ce journal étudiant sera toujours publié dans un autre média et qu’il portera le nouveau nom La Plume étudiante de l’Outaouais. On a relancé le projet cette année. L’an dernier, 17 écoles secondaires ont participé à ce journal étudiant, et de 150 à 180 jeunes ont écrit un peu plus de 300 textes durant l’année scolaire. À leur âge, c’est quelque chose pour eux d’être publiés. Et c’est drôle à dire, mais les jeunes se sentent vraiment publiés lorsqu’ils se voient sur papier. Ils préfèrent voir leur texte sur papier que de le voir en ligne. C’est presque rassurant. Il y aurait encore une valeur au journal papier, semble-t-il…»