Mathieu Lacombe est devenu le nouveau député de Papineau, sous la bannière de la Coalition Avenir Québec.

Savoir saisir sa chance

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Adolescent à son école secondaire de Repentigny sur la Rive-Nord de Montréal, Mathieu Lacombe, le nouveau député caquiste de Papineau à l’Assemblée nationale, préférait rentrer chez lui à l’heure du lunch plutôt que de casser la croûte à la cafétéria avec ses camarades de classe.

« J’habitais tout près de l’école, dit-il. Je revenais manger à la maison pour écouter les émissions d’affaires publiques à TVA. J’écoutais Jocelyne Cazin et François Paradis qui est aujourd’hui un collègue à l’Assemblée nationale. Je lui ai raconté cette anecdote l’autre jour et il en a bien ri. J’avais déjà deux passions à l’adolescence : le journalisme et la politique. »

Mais si Mathieu Lacombe préférait rentrer chez lui le midi durant ses études secondaires, c’était aussi parce qu’il avait enfin trouvé une famille où il se sentait bien, où il se sentait chez lui et où l’enfant qu’il était se sentait aimé. Ses années passées de famille d’accueil en famille d’accueil étaient maintenant derrière lui.

« Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune, raconte-t-il. J’ai eu une enfance plutôt sinueuse et j’ai grandi dans un contexte qui n’était pas facile qui faisait que j’étais souvent laissé à moi-même. J’ai souvent dû me débrouiller seul quand j’étais enfant. J’ai grandi avec ma mère, mais elle souffrait de problèmes de santé mentale assez importants. J’adore ma mère, mais elle n’avait pas les capacités pour m’encadrer. Elle ne pouvait juste pas à cause de ses problèmes de santé.

À un moment donné, j’ai dû quitter et je suis allé habiter quelque temps avec mon père, qui était mécanicien. Mais encore là, le milieu familial n’était pas encadrant et pas trop gagnant pour moi. Donc, j’ai été obligé d’habiter dans des familles d’accueil pendant quelques années. Rendu au secondaire II, j’ai finalement été hébergé par une tante et un oncle qui ont changé ma vie. Parce que du moment où je me suis retrouvé dans un cadre enveloppant et familial, et où j’avais l’impression d’être valorisé, je suis devenu premier de classe, je me suis engagé dans le conseil scolaire et dans le journal étudiant, je me suis intégré et ç’a changé ma vie.

«Mais je ne blâme pas mes parents, insiste-t-il. Ils ont fait de leur mieux au meilleur de leurs capacités. Je suis fier de mon parcours. Et le discours de M. (François) Legault sur l’égalité des chances me rejoint beaucoup. C’est important de laisser une chance égale à tous les enfants. Cet objectif de donner une chance égale à tout le monde raisonne beaucoup en moi. Parce que du moment où je me suis retrouvé dans un cadre familial où j’ai été capable d’avoir les bons outils pour me développer, ma vie a changé.»

Cette nouvelle vie, c’est en Outaouais que Mathieu Lacombe a choisi de la construire et suivre sa première passion : le journalisme.

Diplômé en journalisme du collège La Cité et titulaire d’un baccalauréat en journalisme de l’Université d’Ottawa, il a d’abord travaillé à la station radio Unique FM tout en faisant ses études collégiales. Il est ensuite passé à la radio Rouge FM comme journaliste surnuméraire, puis il a été embauché à la télé de Radio-Canada Ottawa-Gatineau alors qu’il complétait cette fois-ci son baccalauréat universitaire. «Et avec un bébé à la maison», souligne-t-il en souriant.

Mathieu Lacombe a été chef d’antenne du bulletin d’information de 18 h à TVA Gatineau-Ottawa de 2014 jusqu’en mai dernier lorsqu’il a surpris le monde médiatique de l’Outaouais en démissionnant de son poste pour se joindre à l’équipe de la Société de transport de l’Outaouais (STO) à titre de responsable des affaires publiques. «Je veux passer plus de temps en famille, avait-il alors expliqué. Je veux souper avec mes deux garçons (aujourd’hui âgés de 5 ans et de 18 mois).»

Son passage à la STO aura cependant été de courte durée. À peine deux mois. En août dernier, il surprenait à nouveau en posant sa candidature sous la bannière de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans la circonscription du député libéral, Alexandre Iracà, aux élections provinciales du 1er octobre dernier. Mathieu Lacombe, 30 ans, a été élu par une majorité écrasante dans Papineau et il vit aujourd’hui sa deuxième passion : la politique.

Mais la famille dans tout ça ? Comment pourra-t-il souper avec sa conjointe et ses deux fils alors qu’il passera la grande majorité de son temps à Québec au cours des quatre prochaines années ?

«Ma décision de quitter TVA pour passer plus de temps avec ma famille était sincère, réplique-t-il. Mais après mon arrivée à la STO, j’ai été approché pour une troisième fois par la CAQ. J’avais décliné les deux premières fois pour des raisons familiales et parce que je trouvais que ce n’était pas le bon temps pour moi. Mais cette troisième fois, j’y ai vraiment réfléchi et nous avons pris cette décision en famille en sachant que ça demanderait un sacrifice — un gros — mais que c’était trop important cette fois-ci pour que je passe mon tour. Si j’avais passé mon tour, je l’aurais regretté. Parce que je voulais contribuer à changer les choses.

«Et avec l’aide et l’appui de ma conjointe Cynthia, je me suis lancé avec l’ambition de gagner, poursuit-il. Il n’y avait rien de certain. Je ne me lançais certainement pas en étant convaincu d’être élu dans un château fort de la CAQ. Mais je savais que j’avais des chances de gagner si je travaillais fort. Et je suis fier qu’on (les trois nouveaux députés caquistes de l’Outaouais) ait réussi à percer le monopole libéral pour le bien de la population d’ici. Nous avons maintenant une diversité politique dans la région et ce sera payant pour tous.

«Cynthia et moi savions que notre vie allait changer si j’étais élu. Il fallait se préparer et on s’y est préparé. Maintenant, on s’organise. Et je sais que le temps que je passerai avec mes deux fils sera du temps de qualité, du temps de Papa.

— Vos parents sont sûrement fiers de vous, lui ai-je lancé en concluant l’entretien.

— Mon père était là avec moi le soir de la victoire. Il était très content pour moi. Et j’ai appelé ma mère dès le résultat final. Lorsque je lui ai dit que j’avais gagné, il y a eu un long silence au bout du fil. Elle pleurait.»