Le nouveau député caquiste de Chapleau, Mathieu Lévesque.

Politicien depuis le secondaire

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Le nouveau député caquiste de Chapleau, Mathieu Lévesque, savait dès ses années au secondaire qu’il allait un jour devenir politicien. « Tout le monde au collège Saint-Alexandre me prédisait une carrière en politique », affirme-t-il, preuve à l’appui.

La preuve, c’est son album de finissants de 2005 qu’il a apporté avec lui cette semaine pour une entrevue dans un café de sa circonscription. « Regardez, me dit-il en ouvrant l’album sur les pages où ses anciens camarades de classe lui ont écrit un mot. Tout le monde me voyait politicien », ajoute-t-il en riant.

Ses amis ont vu vrai. Non pas parce qu’ils étaient devins, mais bien parce que Mathieu Lévesque avait été président de classe et président de son degré de la deuxième année de son secondaire jusqu’à la quatrième. Par contre, à sa dernière année au collège Saint-Alexandre, le politicien en herbe a frappé un mur.

« En secondaire V, je me suis présenté pour être président de l’école, se souvient-il. Et j’ai perdu. Mais j’ai appris de cette défaite-là. J’ai eu l’impression que mon univers s’écroulait et que j’avais perdu la confiance des gens que j’avais représentés pendant trois ans. Donc j’ai connu la victoire, mais j’ai aussi connu la défaite. Ce fut un bon apprentissage. Et cette défaite a aussi démontré que je n’abandonne pas et que mon désir et mon goût pour la politique ne se sont jamais estompés », dit-il en refermant son album de finissants.

« Enfant, je disais à mes parents que je voulais devenir politicien ou pilote d’avion, ajoute-t-il. D’autres rêvaient de devenir policier ou pompier. Moi, c’était politicien ou pilote d’avion. Ça restait les deux ‘P’ », laisse-t-il tomber en souriant.

— Pourquoi pilote d’avion ?

« Ma marraine était agente de bord et elle me parlait souvent des endroits qu’elle visitait. Ça me fascinait. Et dans ma famille, on parlait beaucoup de politique, de Brian Mulroney, de Bourassa et d’autres politiciens. Et ça aussi me fascinait. »

Avocat en droit des affaires, Mathieu Lévesque, 30 ans, est membre du Barreau du Québec depuis 2013. Titulaire d’un baccalauréat en droit de l’Université McGill et d’une maîtrise en sciences de la gestion, il a aussi complété ses études en administration publique et en science politique à l’Université d’Ottawa. Il a défait le député libéral sortant dans Chapleau, Marc Carrière, aux élections provinciales du 1er octobre dernier.

Bien qu’il se dise un « bon ami » du premier ministre François Legault, Mathieu Lévesque n’a pas été choisi pour faire partie du cabinet des ministres. Est-il déçu de ne pas avoir reçu l’appel de son patron ?

« Non, pas du tout, répond-il. Quand j’ai pris ma décision de me présenter dans Chapleau, nous (la Coalition avenir Québec) étions à 22 % dans les sondages, derrière le Parti québécois et le Parti libéral. J’ai travaillé pour M. Legault durant la campagne électorale de 2012. Et en 2014, il m’a demandé de me présenter. Mais à ce moment-là, ma carrière en droit à Montréal allait bien et ça ne s’adonnait pas. M. Legault m’a redemandé cette fois-ci et j’ai accepté. Dans Chapleau, ça ne s’annonçait pas pour être autre chose que rouge (libéral), mais j’y allais pour l’expérience politique, pour faire valoir les idées de la CAQ en Outaouais et pour essayer de convaincre le plus de citoyens possible du bien-fondé de notre parti politique. »

— Certains ont dit que vous avez été parachuté dans Chapleau par M. Legault puisque vous faisiez carrière à Montréal.

« Oui, certains ont dit ça. Mais je ne pense pas que quelqu’un qui est né à l’Hôpital de Gatineau, qui a fréquenté les écoles Carle, Jean XXIII et le collège Saint-Alexandre, et qui a travaillé pour (les anciens députés) Benoît Pelletier et Françoise Boivin (ses mentors, dira-t-il) est parachuté dans Gatineau. J’ai des racines profondes ici, mes parents habitent ici et je suis redéménagé ici, chez mes parents, jusqu’à ce que je me trouve un appartement ou un condo. Chapleau, c’est chez moi. »

— Avez-vous senti que le député sortant, Marc Carrière, était vulnérable et que vous aviez une chance de gagner contre lui ?

« Pas du tout. Je n’ai jamais pensé ça pour une seconde. Je ne pensais pas le battre, il était un politicien solide et bien implanté dans Chapleau. Mais j’ai senti sur le terrain durant la campagne que les gens voulaient du changement. Et j’étais partout sur le terrain, de 5 h 30 le matin jusqu’à 21 h ou 22 h. »

— Les difficultés financières qu’a connues votre collègue dans Papineau, Mathieu Lacombe, ont été étalées au grand jour la semaine dernière par un quotidien de Québec. Ces informations étaient-elles de nature publique, selon vous ?

« C’est délicat la façon dont cette histoire a été présentée. Ça impliquait sa conjointe, Cynthia, et ça impliquait ses enfants. Je ne suis pas journaliste, je ne sais pas jusqu’où on peut aller. Mais d’impliquer la conjointe et les enfants… Ils n’ont pas signé pour avoir tous leurs déboires mis sur la place publique, notamment les ennuis de santé de Cynthia qui n’a pas pu avoir de revenus durant cette période-là. C’est dommage, selon moi. Je connais Cynthia, elle est une bonne personne. Elle était à l’Assemblée nationale ce matin-là et elle pleurait. Je l’ai prise dans mes bras, je lui ai dit que j’étais vraiment désolé. Elle se culpabilisait de cette situation-là. Ça fait mal, ces choses-là. Et je considère que ce qui est du domaine privé devrait rester privé. Les politiciens ont droit à leur vie privée. Donc j’ai une certaine appréhension par rapport à tout ça. Mais je n’ai pas de squelettes dans mon placard. »