« Ce sera un hiver plus froid et plus enneigé, et peut-être avec un peu plus de verglas » qui frappera la grande région d'Ottawa-Gatineau cette année, croit le météorologue Gilles Brien.

Monsieur Météo

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Les régions de l’Outaouais et de l’Est ontarien revivront-elles en 2018 des inondations aussi dramatiques que le printemps dernier ? C’est fort possible, croit le météorologue Gilles Brien.

« Ces régions ont connu beaucoup de précipitations cette année, dit-il. Ottawa a battu des records de 100 ans en termes de pluie, soit plus de deux mètres depuis le début de l’année. Donc si ça se poursuit cet hiver, avec autant de dépressions et de précipitations, je suis pas mal certain qu’en avril prochain, on va revoir des inondations en Outaouais. Il y a certainement un risque. »

— Et peut-on s’attendre à plus de précipitations que la moyenne cet hiver ?

« Oui. »

On aura été averti...

Gilles Brien, 59 ans, est l’un des rares experts en biométéorologie au Québec. Météorologue à Environnement Canada pendant 33 ans et ex-président de l’Association professionnelle des météorologistes du Québec, il collabore avec plusieurs médias depuis de nombreuses années et il est l’auteur du best-seller « Les baromètres humains : Comment la météo nous influence ».

Gilles Brien, 59 ans, est l’un des rares experts en biométéorologie au Québec.

Gilles Brien a publié un deuxième ouvrage en octobre dernier intitulé « Ce qu’on ne vous dit pas sur le changement climatique ».

Le Droit l’a rencontré.


LE DROIT : D’abord, M. Brien, avant d’échanger sur votre nouveau livre, quelles sont vos prévisions pour l’hiver 2017-2018 pour la grande région d’Ottawa-Gatineau ?

GILLES BRIEN : « Ce sera un hiver plus froid et plus enneigé, et peut-être avec un peu plus de verglas. Les Grands Lacs sont très chauds. Et la région de l’Outaouais, avec ses vents dominants du lac Érié et du lac Ontario, recevra plus de neige que d’habitude. Mais quand on dit un hiver plus froid, ça veut dire que ce sera plus froid par rapport à l’an dernier. Environnement Canada sortira ses prédictions le 30 novembre prochain qui diront que les températures pour l’est de l’Ontario et le sud du Québec seront au-dessus des normales de saison. Donc un hiver plus doux. Mais plus doux par rapport aux années 1980 et 1990. »

LD : Dans votre dernier ouvrage, vous affirmez que le Québec et le Canada possèdent des ressources naturelles énergétiques, telles que le pétrole, l’hydroélectricité et l’uranium, pour les prochains 500 ans. Puisque plusieurs pays s’appauvrissent en richesses naturelles, pourrait-on s’attendre à un conflit ou une guerre, voire même à une invasion du Canada dans les prochaines décennies ?

GB : « J’imagine que oui. Ça pourrait arriver. Les Américains n’ont pas hésité avant d’envahir l’Iraq pour ensuite exploiter le pétrole. On voit déjà qu’il y a des tensions au niveau international sur les richesses du nord. Une quinzaine de pays veulent avoir leur part du magot si la banquise fond. On pourra alors circuler plus librement dans l’Arctique et y exploiter ses richesses naturelles. Et le ton monte déjà entre le Canada et la Russie à propos des revendications territoriales russes sur le pôle Nord. Donc oui, le réchauffement climatique risque de refroidir le climat politique international. »

LD : Sur une note un peu moins dramatique, on peut lire dans votre livre que plus de 80 % des producteurs de sirop d’érable dans le monde se trouvent dans le sud du Québec. Mais vous avancez que le changement climatique pourrait profondément ébranler cette industrie. Serait-ce la fin de nos cabanes à sucre ?

GB : « Effectivement. Ce qu’on observe — dans l’hémisphère nord surtout — c’est que les minimums, la nuit, sont plus élevés. Donc si t’as une transition entre le printemps et l’hiver qui arrive en quatre ou cinq jours et qu’il fait -1 la nuit et +9 ou +10 le lendemain, la sève se mettra tout de suite en production de feuilles. On l’observe déjà, il y a une baisse de quantité dans la production du sirop d’érable. La tendance est bien amorcée. »

LD : Vous affirmez dans votre deuxième livre que les insectes ravageurs venus du sud détruiront nos forêts, que des maladies tropicales sont aux portes du Québec, que le taux de mortalité en été augmentera de 10 % à 30 % d’ici 2050 dans les grande villes du Canada. Ce ne sont que quelques passages de votre livre. Et il y en a plusieurs autres qui sont aussi alarmants.

GB : « Mais ce n’est pas la fin du monde, il y a aussi des avantages au changement climatique. C’est peut-être “plate” à dire, mais il y a des pays gagnants et d’autres perdants. Et pour le Canada, l’Ontario et le Québec, il y a plus d’avantages à moyen terme. Comme un avantage économique, par exemple, puisque réchauffer la maison l’hiver coûtera moins cher. On sait aussi que l’hiver cause plus de décès que toute autre saison. On est affaibli l’hiver, le système immunitaire est plus bas, les nutriments et aliments ne sont pas frais. Donc si ça s’améliore et que l’hiver est plus doux, ce sera plus facile à traverser, surtout pour une population vieillissante. Il y a beaucoup de points positifs. » 

LD : Mais si le Canada de l’avenir a des températures et des conditions météorologiques idéales, il risque de connaître de sérieux problèmes de « réfugiés climatiques ». Tout le monde voudra vivre ici.

GB : « Oui. Et il faudra peut-être penser à construire un mur le long de la frontière. » (Rires).


Le livre du météorologue Gilles Brien, Ce qu’on ne vous dit pas sur le changement climatique, est disponible en ligne et en librairie.