Michel Prévost a été archiviste en chef de l’Université d’Ottawa de 1990 à 2017.

Michel Prévost, le gardien de l’histoire

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Impliqué depuis plus de 40 ans dans la préservation et la mise en valeur du patrimoine historique et bâti de l’Outaouais et d’Ottawa, Michel Prévost est certes « le gardien de l’histoire » le plus connu de la région.

Connu… et reconnu. Archiviste en chef de l’Université d’Ottawa de 1990 à 2017 et président de la Société d’histoire de l’Outaouais depuis 1997, M. Prévost, 62 ans, a reçu d’innombrables reconnaissances, prix et honneurs au cours de sa carrière. Plus récemment, l’université Saint-Paul à Ottawa lui a décerné un doctorat honorifique pour l’ensemble de sa carrière, l’ACFO d’Ottawa lui a remis le Prix Bernard Grandmaître pour son apport inestimable à la préservation du patrimoine franco-ontarien, et la Ville de Gatineau a reconnu son engagement exceptionnel en patrimoine régional en lui décernant l’Ordre de Gatineau.

Le Droit l’a rencontré et voici des extraits de cet entretien.

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LE DROIT : Que signifient pour vous toutes ces reconnaissances ?

MICHEL PRÉVOST : J’ai été choyé depuis que j’ai pris ma retraite de l’Université d’Ottawa, il y a 18 mois. Le Prix Bernard Grandmaître et l’Ordre de Gatineau que j’ai reçus en 2018 sont deux beaux cadeaux pour mon départ à la retraite. Je pense que tous ces honneurs et ces prix sont une reconnaissance à l’égard du patrimoine. Le patrimoine n’était pas très valorisé lorsque j’ai commencé à m’y intéresser au début des années 1980. Les années 1970 et 1980 ont d’ailleurs été les pires périodes pour le patrimoine. C’est incroyable tout ce qu’on a démoli et détruit au cours de ces années-là. On a comme tourné le dos à notre passé. On a démoli des maisons patrimoniales pour construire des édifices et, souvent, les gens applaudissaient et voyaient ça comme du progrès. Heureusement, le patrimoine a pris beaucoup de galons au cours des dernières décennies. Et qu’on reconnaisse un défenseur du patrimoine, et que quelqu’un qui fait la promotion de l’histoire mérite d’être reconnu, c’est une valorisation à l’égard de l’histoire et du patrimoine, je crois.

LD : Quelle est selon vous la pire gaffe commise en Outaouais en ce qui a trait au patrimoine ?

MP : Il y en a eu plusieurs (rires). Si je devais n’en nommer qu’une seule, je dirais la démolition de l’église Notre-Dame qui se trouvait là où se trouve aujourd’hui l’hôtel Sheraton Four Points sur la rue Laurier. Elle a été partiellement incendiée en 1971, mais elle n’était certes pas en ruine. Mais les Pères Oblats l’ont tout de même démolie en 1972. Je ne jette pas la pierre aux Oblats puisqu’on avait détruit la paroisse avec toutes les expropriations. Plus de 5 000 personnes ont été expropriées. Les Pères Oblats se retrouvaient devant un éléphant blanc, pratiquement tous les fidèles avaient été expropriés. Donc on peut élargir ça un peu et dire que la pire gaffe commise, c’est la démolition de tous les bâtiments qui avaient une très grande valeur historique et patrimoniale dans le Vieux-Hull. C’est ce qui a mené vers la démolition de l’église Notre-Dame. On disait qu’elle était la plus belle église du diocèse de Hull. Elle était le bâtiment le plus haut à l’époque. Elle dominait Hull et elle était tellement liée à l’histoire.

LD : Et la pire gaffe du côté d’Ottawa ?

MP : On est peut-être en train de la commettre présentement avec l’agrandissement du Château Laurier. Au niveau de la Ville d’Ottawa, c’est décidé. Mais j’espère que le gouvernement fédéral et la Commission de la capitale nationale (CCN) agiront. Malheureusement, les gens ne réagissent que lorsqu’ils voient les bulldozers arriver et les structures monter. Il faut réagir avant. Je trouve que les gens ne réagissent pas assez. J’ai fait une visite patrimoniale guidée du village d’Almonte (à l’ouest d’Ottawa) cette semaine. Nous étions 26 personnes. Des gens très sensibles au patrimoine. J’ai demandé aux gens combien d’entre eux avaient pris le temps pour émettre un commentaire et participer aux consultations publiques (sur l’agrandissement du Château Laurier). Une seule personne a levé la main. C’est difficile de mobiliser les gens. Surtout aujourd’hui. Si les gens ne font que cliquer « j’aime » ou « j’aime pas » et qu’ils pensent qu’ils ont fait leur contribution, ce n’est pas du tout ça qui fait bouger les choses. Mais pour revenir à la pire gaffe à Ottawa, je dirais que c’est peut-être la démolition du couvent des Sœurs de la Charité qui se trouvait sur la rue Rideau. Une perte inestimable pour le patrimoine franco-ontarien. Et c’est sans parler des démolitions et expropriations dans la Basse-Ville.

LD : En terminant M. Prévost, la retraite se passe bien ?

MP : Je suis très heureux. Je pensais toutefois avoir plus de temps pour moi. Mais j’ai encore beaucoup d’engagements au niveau du patrimoine avec les visites guidées, ma chronique hebdomadaire à Unique FM, ma chronique mensuelle dans Le Portail de l’Outaouais. Je n’ai pas coupé les ponts avec l’Université d’Ottawa où je siège toujours au comité permanent sur les affaires francophones. J’ai aussi mes deux bourses (les bourses Michel-Prévost), une en études régionales à l’Université d’Ottawa et l’autre en patrimoine régional à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). C’est important pour moi de préparer la relève en encourageant les jeunes à s’intéresser au patrimoine et à l’histoire. »

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Pour les cinq prochains dimanches, Michel Prévost offrira des visites guidées gratuites du Quartier-du-Musée, dans le secteur Hull. Le départ se fait à 14 h devant la Maison du citoyen, au 25 rue Laurier.