Anne-Marie Roy veut s'attaquer à la question de la culture du viol, qui se trouve partout dans notre société, affirme-t-elle.

Mettre fin à la culture du viol

Bien malin qui aurait pu nommer, il y a à peine une semaine, la présidente de la Fédération étudiante de l'Université d'Ottawa (FÉUO). Mais en l'espace d'un clic de souris, Anne-Marie Roy a été, bien malgré elle, braquée sous les réflecteurs. Son nom est maintenant connu d'un océan à l'autre.
Visée directement par des propos d'une grossièreté déplorable écrits «en privé» sur Facebook par quatre représentants étudiants, cette jeune femme de 24 ans a attiré l'attention d'innombrables médias canadiens quand la conversation en question a été rendue public samedi dernier. Elle a même accordé une entrevue à la BBC, à heure de grande écoute en Angleterre!
Anne-Marie Roy allait se défendre. Il n'était pas question pour elle de se taire devant cette injustice, voire cette attaque, comme malheureusement trop de femmes le font encore lorsqu'elles sont victimes de violence et d'agression sexuelles.
L'étudiante en communication et lettres françaises est en croisade depuis une semaine. Mais pas en croisade contre les gars qui ont écrit des propos dégradants à son sujet. Mais bien en croisade contre la culture du viol.
«J'espère que ces gars-là ont appris quelque chose de cette histoire, dit-elle. Et j'espère qu'ils prendront action contre la culture du viol. D'ailleurs, l'un d'entre eux m'a téléphoné cette semaine pour me dire que - malgré sa démission de la FÉUO - il avait une leçon à tirer de tout ça et qu'il voulait s'impliquer sur le campus pour prendre action contre l'attitude dont lui et ses amis ont fait preuve sur Facebook.
«En ce qui concerne ce qu'ils ont écrit à mon sujet, je pense qu'ils regrettent leur geste et je n'ai pas l'intention d'aller plus loin avec ce cas précis. Je ne pense pas que ça en vaille la peine et je ne pense pas que ça bénéficierait à qui que ce soit sur le campus et dans la communauté. Je préfère conserver mes énergies pour m'attaquer à la plus grosse question qui est, justement, la culture du viol. Une culture qui ne se limite pas au campus de l'Université d'Ottawa, mais bien qui est partout dans notre société. Sur le Web, à la télévision, dans les paroles de chansons, partout.»
Et quand on lui demande de décrire dans ses mots ce qu'est la culture du viol, Anne-Marie Roy répond : « C'est une culture qui enlève le pouvoir aux femmes de contrôler leur corps. De décider ce qu'on fait de nos corps. C'est une culture qui normalise la violence sexuelle et qui la banalise un peu aussi. On en parle comme si c'était chose du quotidien, comme si ce n'était pas si grave, au lieu de reconnaître qu'il y a un gros problème dans la société. La grande majorité des agressions sexuelles ne sont pas rapportées aux autorités. Par contre, une femme sur trois sera victime d'une agression sexuelle au cours de sa vie. Il faut à tout prix dénoncer cette culture qui banalise la violence sexuelle. Cette culture qui fait des blagues par rapport à la violence sexuelle et qui remet souvent le blâme sur les victimes, sur les survivantes, au lieu de reconnaître qu'un geste inacceptable a été posé dès le départ. C'est ça le problème. Ce n'est pas parce qu'une femme porte une minijupe qu'elle veut se faire toucher. On a le droit de s'habiller comme on le veut. Et quand on dit non, c'est non. Et si on ne répond pas, ça ne veut pas dire oui. Si on ne dit pas oui, c'est non. »
La Franco-Ontarienne
Anne-Marie Roy se dit fière Franco-Ontarienne, même si elle est née à Trois-Rivières.
Elle avait à peine deux ans quand ses parents, deux enseignants, ont décidé de s'établir au début des années 1990 à Welland, dans la région de Niagara, en Ontario, pour répondre à une pénurie d'enseignants francophones dans cette région. C'est là-bas qu'elle a grandi. Et malgré le fait qu'elle ait passé pratiquement toute sa vie dans ce milieu très anglophone, elle a su conserver sa langue maternelle et la parle comme si elle et ses parents n'avaient jamais quitté Trois-Rivières.
«Mes parents tenaient vraiment à ce que mon frère, ma soeur et moi gardions notre langue, dit-elle. Donc chez nous, il n'y avait pas le câble à la télévision. On regardait uniquement Radio-Canada. Et on louait la version française des films de Disney. J'ai étudié en français, de la garderie au secondaire. Et l'une des raisons pourquoi je suis à Ottawa aujourd'hui, c'est parce que je voulais poursuivre mes études universitaires en français.»
Anne-Marie Roy terminera cette année ses études en communication et lettres françaises. À ses débuts sur le campus universitaire d'Ottawa, elle étudiait pour devenir enseignante, comme ses parents. Après trois années d'études dans ce domaine, elle a plutôt choisi de se diriger en communications dans le but de devenir journaliste. «Ou peut-être chef d'antenne à Radio-Canada», dit-elle en souriant.
Mais c'est en s'impliquant dans la Fédération étudiante de l'Université d'Ottawa qu'elle a pris goût à la politique.
A-t-elle l'intention de devenir politicienne?
«Pas nécessairement, répond-elle. J'aimerais mieux travailler avec des organisations à but non lucratif pour du changement social dans la société en général. Je veux aller où je serai la plus efficace pour faire du changement positif dans la communauté. Et je ne suis pas convaincue que c'est dans la bulle politique que je serais la plus efficace. Je préférerais travailler directement avec les communautés.»
C'est samedi la Journée internationale de la femme. Inutile de demander à Anne-Marie Roy si cette journée a encore sa raison d'être, ce qu'elle vient de vivre cette semaine le prouve hors de tout doute. Mais a-t-elle l'intention de souligner ou de célébrer «sa» journée d'une façon ou d'une autre ?
«Je crois qu'il est important de prendre un moment en cette journée pour réfléchir aux femmes qui se sont battues pour toutes celles qui ont suivi, répond-elle. Si j'ai été capable d'aller à l'école et de me présenter à la présidence de la Fédération étudiante, c'est grâce à toutes les femmes comme ma mère et ma grand-mère qui se sont battues pour que j'aie ces droits-là aujourd'hui. Donc la Journée de la femme est une journée pour leur dire merci. Bien qu'on devrait le faire tous les jours.»