Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin
Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Maxime Pedneaud-Jobin, le maire des catastrophes

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / L’histoire le surnommera sûrement « le maire des catastrophes ».

Inondations majeures en 2017, tornades dévastatrices en 2018, deux épisodes de pluies diluviennes en 2017 et 2018, une autre crue historique de la rivière des Outaouais en 2019 et, maintenant, une pandémie mondiale. Que nous réserve le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, pour 2021 ?

La question le fait rire. Et rire lui fait du bien. « Au niveau des statistiques et des probabilités, ce qui nous manque c’est un tremblement de terre », lance-t-il pour jouer le jeu et avec un sourire dans la voix.

Mais bien que le rire soit un très bon mécanisme de défense en ces temps tristes et surréels, le maire Pedneaud-Jobin est fort conscient que l’heure n’est pas à l’humour et que la pandémie de COVID-19 ne se compare en rien, mais en rien aux catastrophes naturelles qui ont frappé sa municipalité et plusieurs autres villes au cours des dernières années. Que cette fois-ci, la résistance à « l’ennemi » va bien au-delà de ses capacités, de son leadership et de ses fonctions à titre de maire. Et que cette fois-ci, c’est tout un chacun qui doivent monter au front, sans exception.

« Des nombreuses crises que nous avons eues au cours des dernières années, l’une des leçons qu’on a gardées, c’est qu’il y en aura d’autres, laisse-t-il tomber. On doit se préparer car il y en aura d’autres. Il faut regarder ça avec sérieux.

Les inondations du printemps 2017 à Gatineau

« Qu’est-ce qu’on change ? Il y a beaucoup de choses dont on pourrait parler. Mais il y a aussi notre comportement. Il faut changer notre comportement. Si, par exemple, on parle de changements climatiques, il y a des choses qui relèvent des citoyens eux-mêmes, comme l’achat local, le transport en commun et le reste. Si la fin de cette crise est dans trois mois ou dans trois ans, à quel point nous aura-t-elle imprégnés ? On a tendance à revenir à nos habitudes assez vite. Donc à quel point est-ce que ça va nous avoir secoués assez pour qu’on change nos comportements ? […] Il faut qu’on réalise avec plus de force qu’on a un impact sur notre environnement. Que ce soit l’environnement au sens de la nature ou au sens économique, chaque geste qu’on pose a des conséquences. Et collectivement, nous sommes extrêmement puissants. »

La Ville de Gatineau, à l’instar de toutes les autres municipalités au pays, doit suivre les directives émises par Ottawa et Québec. Mais bien que ce soit ces deux paliers de gouvernement qui gèrent cette crise, ce sont les villes qui, à plusieurs niveaux, devront « réparer les pots cassés ». Et à Gatineau, comme partout ailleurs, pratiquement tout sera à refaire.

« Nous, les villes, tout nous concerne. Mais ce n’est pas tout qui relève de nous, lance le maire Pedneaud-Jobin. Un exemple qui n’a pas de bon sens, c’est la situation des organismes communautaires. Chaque fois qu’il y a une crise, on se tourne vers eux. Inondations, tornades et maintenant cette pandémie, on se tourne vers eux. Notamment parce qu’ils s’occupent des plus vulnérables. Mais nos organismes communautaires tirent le diable par la queue. Ils s’occupent des plus vulnérables et ils dépendent de la charité pour fonctionner. C’est comme l’inverse du bon sens ! Ceux qui s’occupent des plus vulnérables devraient avoir plus de ressources.

La tornade qui a frappé le secteur Mont-Bleu à Hull le 21 septembre 2018.

« La Ville et le communautaire, nous sommes toujours dans la même situation, on essaie de s’entraider, de se donner un coup de main. Mais à un moment donné, il faudra qu’on comprenne que lorsque ça va mal, c’est Michel Kasongo à la Soupe populaire de Hull, c’est Armand Kayolo à Moisson Outaouais, c’est Nathalie Lepage à Centraide Outaouais, c’est Lise Paradis au Gîte Ami, c’est tout ce monde-là qui s’occupe des plus vulnérables, et ils dépendent de la charité. Pas au complet, je ne veux pas exagérer, mais largement. Là, le gouvernement donne un coup de main et on est content. Mais la structure de base est très fragile. Et ce sont des leçons, en temps de crise, qu’il faudra retenir. Le communautaire n’est pas quelque chose qui est utile de temps en temps. C’est quelque chose qui est utile tout le temps et que le gouvernement du Québec devrait consolider de façon plus grande que ce qu’il fait en ce moment. Oui, la Ville a une certaine responsabilité et on investit énormément. Mais 92 % des taxes et impôts qu’on paye vont soit à Québec, soit à Ottawa. Les gros montants devront venir de ces gouvernements.

— Vous avez beaucoup parlé, depuis le début de cette crise, de l’importance de l’achat local, M. Pedneaud-Jobin. Que l’achat local deviendra primordial une fois cette pandémie derrière nous afin d’aider les entreprises d’ici à se relever. Mais plusieurs personnes ont perdu leur emploi au cours des dernières semaines. On dit que 1,3 million de Canadiens devront déclarer faillite dans les trois prochains mois. Or, une fois cette crise passée, plusieurs risquent de choisir l’item à 3 $ dans un magasin à grande surface plutôt que de se procurer ce même item à 5 $ chez un marchand local. Et on ne pourra les blâmer.

— Vrai. Sauf que c’est un gain à court terme qui est une perte à long terme. À court terme, on économise un peu. Mais ça tue l’économie locale. Des entreprises comme Wal-Mart font perdre des emplois au local et tuent l’économie locale. Donc il y a un prix à payer à ne pas y aller. Mais selon moi, le prix à y aller est encore plus grand. On doit faire des choix. Comme on a fait le choix, presque politique, d’appuyer la Laiterie de l’Outaouais. On ne manquera jamais de lait en Outaouais et ça vaut quelque chose ça. Il faut multiplier les cas comme celui-là. En tourisme, combien de Gatinois sont allés en vacances à Maniwaki au cours des 15 dernières années ? Et dans le Pontiac, là où il y a des paysages aussi beaux qu’à Charlevoix ? Il y a un certain effort à faire pour changer nos comportements qu’on est capable de faire. Vous avez raison, lorsque tu tires le diable par la queue, ta priorité est toi-même, et je le comprends. Mais dans une économie comme la nôtre qui dépend, entre autres, de la fonction publique [fédérale], donc des gens qui ont des salaires garantis, solides et à un bon niveau, ça nous donne une responsabilité plus grande. Si on peut acheter le lait de l’Outaouais, il faut qu’on le fasse. Et si on peut éviter le Wal-Mart, il faut qu’on l’évite.

— Sur une note plus personnelle, Monsieur le maire, comment vivez-vous ce confinement alors que votre famille [sa conjointe Pascale et leurs trois enfants] habite Montréal ?

— Je n’ai pas vu ma famille depuis le début [de la crise]. Et elle habite dans Outremont, l’un des quartiers très « chauds » de Montréal, donc il n’y a pas de risques à prendre pour personne. Nous avons arrêté de faire la navette dès le début. C’est difficile. Je ne fais que travailler. J’essaie de faire autre chose. L’autre jour, j’ai passé le râteau chez nous pour la première fois en 15 ans. (Rires). Comme tout le monde, on fait des soupers en famille avec le téléphone sur la table, on peut se voir les uns les autres, on regarde le même film en même temps. On s’est trouvé des trucs pour avoir l’impression d’être ensemble un peu. Mais j’aimerais beaucoup mieux qu’ils soient là. »