Mathieu Fleury a fait ses preuves ces trois dernières années. Et il s'est vite démarqué comme un conseiller compétent, présent et à l'écoute.

Mathieu Fleury, le jeune conseiller qui a mûri

Il en a fait du chemin en trois ans, le «jeune» Fleury.
C'est le nom qu'on lui donnait: le «jeune» Fleury. Le «jeune» conseiller municipal de Rideau-Vanier. Le «jeune» Franco-Ontarien de 25 ans qui avait réussi, contre toute attente, à déloger (par seulement 88 voix) le vétéran Georges Bédard.
Quand je l'ai rencontré une première fois en octobre 2010, à peine deux ou trois jours après son élection surprise, Mathieu Fleury semblait un peu dépassé par les événements. Bien qu'il débordait de confiance en lui (il n'a pas changé à ce chapitre), il était visiblement nerveux et tendu devant toute l'attention médiatique portée à son endroit, lui qui venait de passer du jour au lendemain de son emploi de sauveteur dans une piscine municipale à la table du conseil des élus pour représenter des milliers de contribuables de la capitale nationale.
Et il était légèrement irrité aussi. Irrité de se faire qualifier de «jeune».
«Oui, je suis jeune, m'avait-il lancé d'emblée et d'un ton plutôt brusque. On me l'a rappelé dans chaque entrevue que j'ai accordée depuis mon élection. Mais pourrait-on passer à autre chose, s'il vous plaît? Je suis beaucoup plus que ça, vous savez?».
Mathieu Fleury a prouvé au cours des trois dernières années qu'il était «beaucoup plus que ça». Il s'est vite démarqué comme un conseiller compétent, très présent dans son quartier, à l'écoute des gens, toujours disponible aux médias et au service de sa communauté. Il avait beaucoup à apprendre, et il a fait ses classes dans sa nouvelle profession qu'il qualifie «d'école incroyable». Il a mûri. Et la semaine dernière, il a posé sa candidature pour être réélu comme conseiller du quartier Rideau-Vanier aux élections municipales d'octobre prochain.
«Donc, plus question de vous nommer "le jeune conseiller"?, que je lui demande à la blague en début d'entrevue.
- J'aimerais ça!», répond-il en riant.
Deux termes et c'est tout
Durant l'entrevue accordée au Droit en 2010, Mathieu Fleury avait déclaré qu'il avait nullement l'intention de devenir politicien de carrière. Et que sa présence en politique municipale allait durer un maximum de deux termes (huit ans). «Je vais ensuite me tourner vers le sport et la promotion de la santé», avait-il ajouté, lui qui est détenteur d'un baccalauréat en activité physique et d'une maîtrise en gestion de sport de l'Université d'Ottawa.
A-t-il changé d'idée? A-t-il, comme on dit, eu la piqûre de la politique?
«Je n'ai pas changé d'idée, répond-il. Comme conseiller municipal, je suis là pour aider. Je me vois un peu comme un grand bénévole. Et ce travail-là, tu dois le faire avec ton coeur. Et à un moment donné, on risque de perdre cette passion. Je le sais, j'en ai parlé avec des conseillers qui sont là depuis plusieurs années, et ils avouent qu'ils n'ont plus la même passion qu'à leurs débuts.
«Si je suis réélu en octobre prochain, poursuit-il, j'aurai 34 ans à la fin de mon deuxième mandat. Donc 34 ans, avec huit ans d'expérience au municipal, ça va m'ouvrir sur le monde, ça va m'ouvrir des portes. Donc c'est sûr que je passerai à autre chose à un moment donné. À quoi? Je ne sais pas encore. Peut-être retourner aux études. J'aimerais un jour obtenir un doctorat dans mon champ d'études. Mais je ne sais pas. Quand le temps viendra, je prendrai la porte qui m'intéresse le plus.
- Et est-ce que cette porte pourrait être celle de la politique provinciale ou fédérale?
- Je garde toutes les portes ouvertes, répond-il. Mais j'avoue que ce serait difficile pour moi de suivre une ligne de parti. Et idéalement, je ferais un autre terme comme conseiller municipal et je retournerais dans mon domaine qui est l'activité physique et la promotion de la santé. Mais on ne sait jamais ce que la vie nous réserve», s'assure-t-il d'ajouter...
Le bilinguisme officiel
Les francophones d'Ottawa le réclament depuis des lunes. Mais la grande majorité des élus ottaviens, le maire Jim Watson en tête, ne veulent rien entendre d'un bilinguisme officiel à la Ville d'Ottawa, la capitale d'un pays officiellement bilingue.
Selon le maire Watson, le «bilinguisme pratique» en vigueur à la ville fonctionne bien. Mais pendant ce temps, les francophones voient (trop) souvent leur langue ignorée ou écorchée à répétition par la municipalité.
Mathieu Fleury est-il en faveur d'un bilinguisme officiel à Ottawa?
«Oui, je le suis, répond-il. Je suis Franco-Ontarien, j'ai étudié en français, je fais partie de la communauté francophone d'Ottawa, on est en 2014 et nous sommes la capitale du pays. Donc oui, je suis en faveur.
«Mais quand on est conseiller, on n'a pas le pouvoir ultime. Je serais prêt à mener ce débat-là au sein du conseil municipal, mais je ne le ferai pas seul. Il me faudrait l'appui d'au moins 15 conseillers autour de la table. Et en ce moment, je peux affirmer sans me tromper que je n'aurais pas cet appui. Mais si jamais on peut bâtir un momentum dans la communauté, je pense qu'on pourrait voir un changement à ce niveau-là.
- Est-il là, le problème, selon vous? Soit le fait qu'il n'y a pas de momentum dans la communauté ou de mouvement structuré et organisé pour l'obtention du bilinguisme officiel, un peu comme l'était le mouvement S.O.S. Montfort pour la sauvegarde de l'hôpital franco-ontarien?
- C'est définitivement l'une des sources des enjeux. S'il n'y a pas un groupe qui revendique et que ce qu'il revendique est clair et précis, ça devient difficile. Pour certains, le bilinguisme officiel veut dire une chose. Pour d'autres, c'est autre chose. Et au niveau opérationnel de la Ville, c'est encore autre chose. Il faudrait que ce soit précisé, et ce débat doit avoir lieu dans la communauté.»
Pour terminer l'entrevue sur une note plus légère, j'ai demandé au conseiller Fleury s'il sera détenteur de billets de saison pour les matches du Rouge et Noir, la nouvelle équipe d'Ottawa dans la Ligue canadienne de football qui fera ses débuts cet été.
«Oui, je suis sur la liste, a-t-il répondu. Du côté sud du stade, j'ai toujours pris place là, a-t-il précisé.
- Vous voulez dire du côté des partisans un peu plus «sur le party»?
- Ouais... au deuxième palier.
- Parce que le côté nord est pour les vieux?
- Je n'ai pas dit ça!, répond-il en souriant. Non, le côté nord, c'est pour les gens qui n'aiment pas la pluie», ajoute-t-il en s'esclaffant.
Ah! Ces jeunes...