Marc Haentjens, 65 ans, est directeur général des Éditions David, à Ottawa, depuis 2009.

Marc Haentjens à livre ouvert

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Pour la première fois de ses 40 ans d’histoire, le conseil d’administration du Salon du livre de l’Outaouais sera présidé par un Franco-Ontarien. C’est-à-dire par un Franco-Ontarien… d’adoption.

Marc Haentjens, 65 ans, est directeur général des Éditions David, à Ottawa, depuis 2009. Il a immigré au Canada en 1979 et il a d’abord été coordonnateur de Théâtre Action pendant quatre ans avant de cofonder, en 1984, la Société d’études et de conseil ACORD. Puis de 2005 à 2009, il a dirigé le Regroupement des éditeurs canadiens-français.

Il est d’abord venu à Ottawa de la France en 1977, et c’est un peu par hasard qu’il s’est retrouvé dans la capitale fédérale. Mais lui et son ex-épouse, Brigitte Haentjens, une metteure en scène bien connue du milieu artistique franco-ontarien et québécois, sont tombés en amour avec l’Ontario français, et ils ont décidé d’y immigrer. Aujourd’hui, Marc Haentjens se dit fier Franco-Ontarien.

« Je suis venu une première fois (au Canada) comme coopérant français, raconte-t-il. Je suis venu enseigner la gestion et le marketing pendant un an et demi au Collège Algonquin. La Cité n’existait pas à l’époque. Le Parti québécois était au pouvoir et je n’oublierai jamais l’accueil que j’ai reçu à l’aéroport de Montréal. Quand je suis arrivé aux douanes avec mon passeport français, une douanière m’a demandé : ‘Que venez-vous faire ici ?’. Alors je lui ai répondu que je venais enseigner dans un collège. Et elle de me répliquer : ‘comme si on a besoin d’un maudit Français pour venir nous enseigner le français au Québec ». Ç’a été mon accueil. (Rires) C’était le climat de l’époque.

« Et je n’oublierai jamais le tout premier cours que j’ai donné au Collège Algonquin, poursuit-il. J’étais un peu nerveux. J’avais 24 ou 25 ans et je n’avais jamais enseigné. Je m’étais préparé, j’avais passé le samedi à la bibliothèque du collège. Donc j’arrive en classe le lundi matin, quelqu’un me présente et me laisse ensuite seul avec ma classe d’une quarantaine d’élèves. Je donne un cours solide, un peu à la française, et tout le monde m’écoute gentiment et poliment. À la fin, je demande un peu de rétroaction et un garçon ose se lever et me dit : ‘Vous avez l’air bien sympathique, Monsieur, mais on n’a absolument rien compris de que vous avez dit’. (Rires). Disons que j’ai dû m’ajuster. »

Marc Haentjens est retourné en France après ce stage de 18 mois à Ottawa. Mais six mois plus tard, sa conjointe et lui revenaient s’y établir pour débuter une nouvelle vie.

« La première fois que nous sommes venus à Ottawa, en 1977, c’était une question de hasard, dit-il. Le gouvernement français m’avait offert ce poste à Ottawa. Mais Brigitte et moi avons eu le coup de foudre pour le milieu culturel franco-ontarien. On a trouvé un dynamisme, un enthousiasme et un mouvement qui nous ont séduits. Ça nous a vraiment donné l’envie de revenir ici, et on a fait les démarches pour immigrer.

« Les gens d’ici étaient très ouverts. C’était un gros risque de m’embaucher à Théâtre Action (en 1979). J’étais un petit Français sans trop de connaissances approfondies du milieu. Mais les gens étaient prêts à m’accueillir. Et ce fut la même chose pour Brigitte qui a été très rapidement accueillie par le milieu théâtral.

— Vous n’avez jamais eu le goût de faire carrière à Montréal ou ailleurs au Québec ?

« Non, pas vraiment. C’est peut-être parce que j’ai été adopté par le milieu franco-ontarien. Et il faut dire qu’à l’époque, à moins d’un an du référendum (sur la souveraineté du Québec), les immigrants français se sentaient moins les bienvenus au Québec qu’en Ontario. »

Père de deux enfants, Marc Haentjens a succédé à Yvon Malette à la direction générale des Éditions David, il y a neuf ans. Il a hésité avant d’accepter ce poste, se qualifiant même d’imposteur dans le milieu littéraire. Mais il n’a aucun regret.

« J’étais directeur général du Regroupement des éditeurs canadiens-français lorsque Yvon Malette, le fondateur des Éditions David, m’a demandé un jour si j’avais déjà pensé à être éditeur, dit-il. Je l’ai un peu vu venir. Il approchait l’âge de la retraite et il cherchait un successeur. Il m’a donc offert la direction de la maison d’édition. Je n’avais jamais fait ça. Mais c’était un beau défi, même si, au début, je me sentais un peu comme un imposteur. Mais c’est un métier que j’aime beaucoup. Ce n’est pas simple, il y a beaucoup de chapeaux à porter. Et c’est un travail extrêmement minutieux et précis. Mais je m’y plais énormément. Et je n’ai jamais regretté mon choix.»

— Et pourquoi avez-vous accepté la présidence du conseil d’administration du Salon du livre de l’Outaouais ?

«Je suis le représentant de l’Ontario français sur le conseil d’administration du Salon depuis neuf ans. Mes collègues m’ont proposé la présidence et j’ai accepté. Et puisque ce sera la 40e édition (à l’hiver 2019), on veut faire un salon encore plus remarquable. Le Salon du livre de l’Outaouais a le vent dans les voiles depuis un certain nombre d’années grâce, entre autres, à son excellente directrice générale (Anne-Marie Trudel). On dit que c’est le plus petit des grands salons et le plus grand des petits salons. En fait, le Salon du livre de l’Outaouais est le troisième plus grand au Québec, après ceux de Montréal et Québec. C’est un Salon très aimé par les auteurs.

— Et vous devenez le premier Franco-Ontarien à la barre de son conseil d’administration...

«En effet. Et ça me fait un petit velours », conclut-il en souriant.