L’heure de la retraite est loin d’avoir sonné pour Madeleine Meilleur.

Madeleine Meilleur, d’Ottawa-Vanier à Bagdad

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Il y a trois ans, Madeleine Meilleur surprenait un peu tout le monde en annonçant son départ de la vie publique. Après 25 années en politique municipale et provinciale, dont 13 années comme ministre dans les cabinets de Dalton McGuinty et Kathleen Wynne, le temps était venu pour la Procureure générale de l’Ontario et ministre déléguée aux Affaires francophones de tirer sa révérence et de passer plus de temps auprès des siens.

Un an plus tard, à la surprise générale encore une fois, on apprenait que Mme Meilleur avait été choisie par le gouvernement Trudeau pour occuper le poste de Commissaire aux langues officielles. Une décision fortement critiquée par les partis d’opposition et par certains groupes francophones qui dénonçaient le fait que le gouvernement avait nommé une ancienne ministre libérale de l’Ontario à un poste d’agent du Parlement, dont la nature est impartiale. Devant cette controverse, Madeleine Meilleur a décidé de retirer sa candidature.

Mais l’heure de la retraite n’avait pas encore sonné pour cette Franco-Ontarienne. Depuis presque deux ans, Mme Meilleur est conseillère principale en politique à l’Institut sur la gouvernance, à Ottawa.

Le Droit l’a rencontrée.

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LE DROIT : Quel est votre rôle ici à l’Institut ?

MADELEINE MEILLEUR : Nous avons un contrat avec Affaires mondiales Canada pour appuyer le gouvernent de l’Irak dans la mise en œuvre de leur nouvelle constitution et d’établir un système fédéral. Ils doivent décentraliser les pouvoirs du fédéral aux provinces, selon leur constitution. Je suis là pour les aider à comprendre le partage des pouvoirs entre le fédéral et le provincial. Je vais en Irak aux deux mois et je passe deux semaines là-bas. Les Irakiens sont des gens tellement gentils et accueillants. J’ai aussi fondé un programme de formation en leadership pour les femmes irakiennes. Il n’y a pas beaucoup de femmes dans des postes de leader là-bas. Mais je suis convaincue que la stabilité et la démocratie en Irak passeront par les femmes.

LD : La politique vous manque-t-elle un peu ?

MM : Je m’ennuie des gens, mais je ne m’ennuie pas de la politique comme telle. J’ai beaucoup aimé la politique, j’en ai fait pendant 25 ans et j’ai adoré ça. Et c’est sûr que j’ai un peu de peine de voir ce qui se passe présentement dans la province. Et c’est drôle, mais les gens m’arrêtent régulièrement sur la rue — et encore plus fréquemment dernièrement — pour me dire « Vous devriez revenir, on s’ennuie de vous ».

LD : La porte est ouverte, Mme Meilleur avec le départ annoncé de la députée libérale Nathalie Des Rosiers dans votre ancienne circonscription d’Ottawa-Vanier.

MM : (Rires) Je dois vous dire qu’on m’a approchée. Mais non merci. Je suis passée à autre chose.

LD : Que pensez-vous du travail de Caroline Mulroney comme ministre des Affaires francophones de l’Ontario ?

MM : Je ne voudrais pas être à sa place et je ne voudrais pas avoir un premier ministre comme le sien. Je n’irai pas plus loin. Je pense que Caroline est une bonne personne.

Commissaire aux langues officielle

LD : Il y a eu tout un débat, pour ne pas dire une saga, entourant votre nomination comme Commissaire aux langues officielles. Tout ça a été difficile pour vous ?

MM : Oui, très difficile. Et si j’avais su ce qui s’en venait, je ne me serais jamais laissée convaincre d’appliquer pour le poste. Lorsque j’ai quitté la politique, je n’avais pas ce poste en tête. Je ne savais même pas que le commissaire terminait son mandat. Ce que je voulais, c’était de continuer à travailler dans la francophonie. J’étais ouverte à beaucoup de choses. Ç’a été difficile pour moi, mais beaucoup plus difficile pour ma famille parce qu’ils me voyaient me faire attaquer de tous bords, tous côtés. Mais on ne m’attaquait pas sur mes compétences, on m’attaquait parce que j’étais une ancienne politicienne vue comme libérale. J’étais libérale comme ministre aux Affaires francophones de l’Ontario et j’ai fait beaucoup avancer les dossiers francophones. J’étais capable de le faire en Ontario, mais je n’aurais pas été capable de le faire au fédéral ? C’était très triste tout ça. Mais c’est passé, j’ai tourné la page et je suis heureuse du travail que je fais ici à l’Institut.

LD : Est-ce que le fait que vous étiez attaquée par certains groupes francophones — notamment la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) — a fait doublement mal ?

MM : Il y avait des élections qui approchaient à la FCFA. J’ai été prise dans la campagne électorale de cette fédération. Un candidat appuyait quelqu’un de l’est au poste de commissaire, l’autre appuyait quelqu’un de l’ouest. Mais voilà, c’est du passé. Tout ce que je peux dire, c’est qu’ils ont perdu une bonne personne pour être à la tête du Commissariat (aux langues officielles).