Louise Forestier sera de passage en Outaouais, dimanche, lors d’un déjeuner-causerie dans le cadre de la Francofête, au club de golf Gatineau, dans le secteur Aylmer.

Louise Forestier, l’artiste

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Quel titre colle-t-on à la grande Louise Forestier ? Chanteuse, écrivaine, compositrice, comédienne, conférencière ou animatrice ?

Parce qu’elle a fait tout ça au cours de sa carrière de 50 ans. Elle a enregistré 23 albums, écrit deux livres et de nombreuses chansons à succès pour des interprètes québécois et européens, notamment Éric Lapointe, Isabelle Boulay, Daniel Lavoie et Nana Mouskouri. Elle a de plus joué à la télévision (Le Négociateur), au théâtre (Demain matin, Montréal m’attend et Starmania) ainsi qu’au cinéma dans les films X13 et Les Ordres, pour ne nommer que ceux-là.

Et toute une génération se souvient d’elle dans la revue L’Osstidcho, en 1968, un spectacle de chansons et d’humour qui a marqué l’imaginaire québécois en pleine Révolution tranquille, avec Robert Charlebois, Yvon Deschamps, Mouffe et Paul Buissonneau.

Donc quel titre colle-t-on à Louise Forestier ?

« Artiste, répond-elle tout simplement. J’ai fait l’École nationale du théâtre et j’ai toujours voulu être une actrice. Je n’ai jamais pensé que je serais une chanteuse. Chanter, pour moi, était aussi naturel que de marcher. Tandis que jouer, il fallait que je l’apprenne. Il fallait que j’apprenne le métier, la technique du jeu et tout ça. Donc j’ai appris. Et en même temps, j’ai toujours chantonné. J’ai toujours adoré la chanson.

Et c’est lorsque j’ai commencé à écrire (des chansons) que le goût m’est vraiment venu. Et L’Osstidcho est arrivé et, mon Dieu, c’était formidable.

— Avez-vous gardé contact avec Robert Charlebois et Yvon Deschamps ?

«On se voit dans les hommages (rires). Et tant mieux pour les hommages, c’est avec ça qu’on sort la chanson des boules à mites. Parce que je dois vous dire qu’elle ne va pas bien.»

—Vous n’aimez pas la musique d’aujourd’hui ?

«J’entends, comme à l’époque, de belles choses extraordinaires, et j’entends aussi des niaiseries. C’est de tout temps. Sauf qu’aujourd’hui, les niaiseries prennent beaucoup plus de place à cause des réseaux sociaux qui font en sorte que c’est plus facile de les entendre parce qu’il y a moins d’intermédiaires. Il y a moins de gens qui te disent : ‘écoute, elle n’est pas bonne ta toune, va la retravailler’. Par contre, quand c’est bon, c’est très bon. Il y a des chansons fabuleuses. Mais ne demandez pas de nommer des noms, je vais en oublier.»

La guerre de l’eau

On associe parfois — souvent même — le nom de Louise Forestier au mouvement souverainiste au Québec. Et pourtant, elle affirme qu’elle n’est pas vraiment politisée et que la politique d’aujourd’hui la laisse plutôt indifférente.

«Je me tiens au courant, dit-elle. Je veux savoir dans quel monde je vis. Et quand je vais voter, je sais pour qui je vote et pourquoi je vote. Mais la politique en ce moment, je ne pense pas que c’est de la politique. C’est de la pub. C’est l’image et tout ça. La Révolution tranquille était un cadeau du ciel, mais on l’a défait. Que reste-t-il de la Révolution tranquille ? Aujourd’hui, tout le monde pense pareil, tout le monde veut rester au pouvoir. Faut pas être trop à gauche, ni trop à droite. Ici, au Québec, on est bien bon pour rester dans le milieu.

«Que reste-t-il de la Révolution tranquille ? On massacre le français. Je ne veux pas dire qu’il faut parler comme Denise Bombardier, loin de là. Et je n’ai rien contre les accents, surtout pas. Les gens qui roulent leurs ‘r’, je les aime d’amour.

«Puis de toute façon, ajoute-t-elle, la langue parlée, la souveraineté et le reste, tout ça deviendra secondaire. Parce que selon moi, on s’en va dans le mur. Tout va s’écraser quand on n’aura plus une goutte d’eau à boire. Et c’est déjà commencé. Il y a des endroits sur la planète où il n’y a plus d’eau. Et ici, au Québec, on se fera envahir par les Américains. Ça fait des années que je dis ça. La prochaine guerre sera la guerre de l’eau. Et ça m’inquiète.»

Le prix Impératif français

Louise Forestier sera de passage dans la région dimanche, alors que l’organisme Impératif français, dans le cadre de son 43e anniversaire et de la Francofête, lui remettra le Prix Impératif français 2018. Mme Forestier prendra ensuite part à un déjeuner-causerie prévu à 11 h au club de golf Gatineau, dans le secteur Aylmer.

Que viendra-t-elle raconter aux Gatinois ?

«Je viens leur donner de mes nouvelles, répond-elle. Et je veux de leurs nouvelles. Je voudrais qu’on parle ensemble de ce qu’est une langue. Est-ce qu’on l’aime ? Est-ce qu’on la connaît bien ? Est-ce qu’on aime lire ? Je veux parler de lecture parce qu’il n’y a rien au monde de plus fort que la lecture pour comprendre et aimer une langue. J’aimerais que les gens sortent de là en allant s’acheter trois ou quatre livres, on en allant s’abonner à la bibliothèque pour en sortir quelques-uns régulièrement.»