Le lundi 27 août prochain, Michel Picard, 67 ans, entamera sa cinquième année à la barre de l’émission du retour à Unique FM.

L’inébranlable Michel Picard

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Michel Picard est un peu comme le lapin Energizer. Il poursuit sa carrière d’animateur et de journaliste droit devant et droit comme un chêne, sans s’arrêter et sans broncher, entraînant dans son sillage les innombrables auditeurs et téléspectateurs qui lui sont fidèles depuis plus de quatre décennies.

On croyait bien que l’heure de la retraite avait sonné lorsqu’il a quitté Radio-Canada Ottawa-Gatineau en 2014 à l’âge de 63 ans, après plus de 40 années de services, et là où il a été chef d’antenne du bulletin de nouvelles de 18 h pendant 16 ans. Mais c’était bien mal le connaître. Parce que l’homme de parole qu’il est – dans tous les sens du terme – n’avait pas dit son dernier mot.

« Je n’avais pas fini, dit-il. Mon départ de Radio-Canada a été un peu compliqué. On m’a dit : ‘on va faire un changement (à la barre du Téléjournal) mais il ne faut pas que tu le dises’. Mais dans ma tête, je ne pouvais pas partir comme ça. Pas parce que je n’étais pas irremplaçable. Mais je sentais que j’avais encore quelque chose à donner.

«Mais il faut savoir partir, ajoute-t-il d’un haussement d’épaules. Mais j’adorais encore ça. C’était un peu devenu comme dans une équipe de hockey dans laquelle tu peux jouer toutes les positions, sauf que toutes les positions sont déjà prises. (Rires). Donc j’ai fini le Téléjournal en 2013. On a ensuite créé une émission du midi (à la radio) parce qu’on ne savait plus trop quoi faire de moi. Puis je suis parti en 2014. Mais je ne regrette rien. Tout s’est bien passé et j’ai adoré tous les gens avec qui j’ai travaillé toutes ces années.»

Chez les francos
Michel Picard n’a pas «chômé» longtemps. En fait, il était encore à l’embauche de Radio-Canada lorsqu’une porte s’est ouverte à lui. Ou plutôt lorsque les francophones d’Ottawa sont venus cogner à sa porte. Il raconte :

«C’était en mars 2014, j’étais toujours à Radio-Canada et j’interviewais (l’avocat franco-ontarien et président du conseil d’administration de la radio communautaire francophone d’Ottawa Unique FM) Ronald Caza. Nous étions en ondes, en direct. Au terme de l’entrevue, il me dit : ‘t’as l’air à aimer tellement la francophonie, Michel, si tu n’as plus rien à faire, viens donc à Unique FM». Il m’a dit ça en ondes ! En fait, je pense qu’il m’a embauché en ondes ! » (Rires).


«  Je crois que les Franco-Ontariens méritent d’avoir une station de radio à eux. Je suis Franco de cœur et je suis fier et chanceux de travailler là.  »
Michel Picard

Le lundi 27 août prochain, Michel Picard, 67 ans, entamera sa cinquième année à la barre de l’émission du retour à Unique FM.

« Je suis choyé, dit-il. Je crois en cette station et je crois que les Franco-Ontariens méritent d’avoir une station de radio à eux. Je suis Franco de cœur et je suis fier et chanceux de travailler là. La radio est ma passion et l’équipe d’Unique FM est fantastique. Véronique (Véronique Soucy, la directrice générale) accomplit un travail extraordinaire. Le conseil d’administration est solide. Sheila Fournier (animatrice de l’émission du matin) est cool. Et ce qui me rend le plus heureux, c’est de voir les jeunes – des diplômés de La Cité – arriver, apprendre, se développer et prendre leur place. On a un bel équilibre. »

À souligner que depuis son départ de Radio-Canada, Michel Picard a reçu la clé de la Ville d’Ottawa, soit le plus prestigieux prix remis par la Ville. Il a de plus été reçu à titre d’Officier de l’Ordre national du Mérite de la République française « pour son engagement journalistique et sa contribution exceptionnelle au rayonnement de la langue française au Canada ».

Le cancer
Mais Michel Picard a été sonné et fortement ébranlé en janvier dernier lorsque les médecins lui ont diagnostiqué un mélanome malin sur le dos et un autre sur l’épaule, soit un cancer de la peau rare et très dangereux.

« Sur 7000 Canadiens atteints du mélanome malin, dit-il, 1500 en meurent. Disons que j’avais à peu près une chance sur cinq d’y passer, souffle-t-il.

«Mais j’ai été chanceux, j’ai une médecin de famille extraordinaire. Et lorsque je l’ai consultée, elle n’a pas aimé ce qu’elle a vu et elle m’a immédiatement recommandé à un spécialiste. Ce que je ne savais pas, c’est qu’on procède par codes vert, jaune et rouge lorsqu’il est question de prioriser les personnes atteintes. J’ai eu le code rouge. Et ce qui m’inquiétait vraiment, c’est que les ganglions soient atteints et que le cancer se propage aux autres organes. Mais curieusement, je n’ai pas eu peur. Au contraire, j’ai eu une réaction de confiance et d’optimisme. Je crois en la vie. En fait, ce qui m’inquiétait le plus si tout devait se terminer dans quelques mois, c’était de faire de la peine à mes proches. À ma femme Brigitte qui a été si forte à travers tout ça et qui a toujours été là pour moi, à mes enfants, à mes amis. Je ne voulais pas leur faire de la peine.»

Michel Picard a subi deux chirurgies le printemps dernier et les médecins se disent confiants. Et ces derniers lui ont confirmé que les ganglions ne sont pas atteints.

«On a décelé ce cancer à temps, j’ai été très chanceux, dit-il. Et tous les médecins et les intervenants (de l’Hôpital de Gatineau) ont été magnifiques, je leur lève mon chapeau et je leur dis merci.

«Mais là, j’ai récemment appris que j’ai un cancer de la peau au visage, laisse-t-il tomber. Mais c’est un cancer à l’épiderme, moins dangereux, et je suis sur une liste d’attente pour deux chirurgies au CHUM (Centre hospitalier de l’Université de Montréal). Ils vont m’ouvrir le visage, gratter, puis le refermer. Et un mois après, je devrai retourner pour la même chirurgie. Je suis confiant que tout ira bien. Je crois en la vie.»