Laurence Gillot est venue rejoindre son mari avec ses trois enfants à Gatineau en juillet 2012.

L'expérience d'immigrer

L'attachée de presse du maire de Gatineau, Laurence Gillot, 36 ans, occupait auparavant les mêmes fonctions auprès du maire de Nancy, en France. Un poste qu'elle a occupé pendant 10 ans. Son mari, Nicolas, était urgentologue là-bas. Trois enfants âgés aujourd'hui de 10 ans, huit ans et trois ans et demi, une maison, deux autos, deux bons salaires... la belle vie, quoi.
Mais il y a deux ans, ils ont décidé d'un coup de tête de laisser parents et amis derrière eux et d'immigrer au Québec.
«C'est une immigration qui était voulue et qui a été choisie par notre couple, explique Mme Gillot. On a toujours eu le goût du voyage. L'idée n'était pas d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs. C'était de se dire: et si on tentait l'expérience d'une immigration? On avait déjà visité le Québec, il y a une dizaine d'années, et c'est une province qui nous avait plu. La qualité de vie, la gentillesse des gens, on sentait qu'il y avait un potentiel ici. Alors on a foncé.»
Cap sur l'Outaouais
Laurence et Nicolas avaient déjà ciblé l'Outaouais pour immigrer. Les deux avaient été invités auparavant par l'Agence de santé de l'Outaouais pour une visite exploratoire de 10 jours. Et comme dit Laurence en riant: «C'était vraiment la grande séduction.»
«On ne voulait pas s'établir à Montréal et se retrouver dans une grande ville, explique-t-elle. On cherchait une ville à taille humaine et on trouvait que Gatineau nous apporterait ça. Et la proximité avec le parc de la Gatineau nous plaisait. Avec trois enfants, on a besoin d'espaces verts. Donc nous avons fait cette visite exploratoire, et la ville nous a plu.»
Mais l'immigration ne s'est pas faite sans heurt. Nicolas a obtenu son visa plus rapidement que prévu. Il a donc dû quitter pour un stage non rémunéré de trois mois, à Gatineau, au début de mai 2012. Il n'est jamais retourné en France.
Pendant son stage, Laurence était seule à la maison, en France, avec un emploi à temps plein, une maison à mettre en boîte pour le long voyage au Canada et trois enfants. Ce n'est finalement que deux mois plus tard, soit le 6 juillet 2012, qu'elle a pu quitter son pays pour retrouver son mari à Gatineau.
«Je suis arrivée ici sans travail, évidemment. Mon mari n'était pas rémunéré, donc nous n'avions aucun salaire. Une chance que nous avions des économies, parce que Nicolas n'a pas reçu de salaire avant la mi-novembre de cette année-là. On a été chanceux. Mais on a surtout été solide.»
La recherche d'emploi
Les choses se sont replacées pour eux. Ils se sont installés dans une maison en location à Chelsea. Les enfants ont intégré l'école. Ils se sont fait des amis. La vie de famille a commencé à se mettre en place. L'intégration à leur nouveau milieu se faisait très bien.
Mais il y avait un petit détail qui agaçait Laurence. Elle explique: «Je ne me sens pas mère de famille au fond de moi. J'adore mes enfants! Mais pour que je sois bien équilibrée, il me faut un job. J'ai toujours travaillé toute ma vie. Même en ayant mes trois enfants. Donc je me suis mise à la recherche d'un emploi.»
Mais étant en résidence temporaire, elle n'était pas prioritaire aux yeux des employeurs québécois. Et comme elle dit: «Le pays où tu choisis d'immigrer ne t'attend pas.» Donc la recherche d'emploi s'est avérée beaucoup plus ardue qu'elle le croyait.
«J'étais abonnée aux journaux locaux, raconte-t-elle. J'écoutais les bulletins de nouvelles régionaux. Et j'entendais parler d'une campagne électorale qui approchait.
«Puis j'ai découvert un monsieur qui disait qu'on pouvait faire des choses à Gatineau, qu'il trouvait que ça n'allait pas dans le bon sens et qu'il aurait peut-être des idées pour sa ville. J'ai donc écrit un courriel à Maxime Pedneaud-Jobin dans lequel je me suis présentée et expliqué ce que je pouvais faire dans son équipe, dans son parti. Il m'a répondu dès le lendemain pour me dire que ça lui ferait plaisir de me rencontrer et que, si l'aventure me tentait, on pouvait faire un bout de chemin ensemble.
«Nous nous sommes rencontrés. Il m'a dit qu'il cherchait quelqu'un. Que sa grande inquiétude était de manquer un appel d'un journaliste durant la campagne. Je lui ai dit que j'étais bien à l'aise de lui dire oui. Puis il a ajouté: "Je vous le dis tout de suite, je ne pourrai pas vous payer. Et je ne peux pas vous promettre un emploi si je suis élu." J'en ai discuté avec mon mari. Et quand il a vu que sa femme avait une bouffée d'oxygène de se sentir utile, il m'a dit: "Vas-y." Et à partir de là, je suis partie dans une campagne électorale, pour ne pas dire une véritable spirale», ajoute-t-elle en riant.
Le lendemain de l'élection
Le 4 novembre 2013, le lendemain de la victoire de Maxime Pedneaud-Jobin à la mairie de Gatineau, Laurence Gillot a appelé ce dernier - à 6 h 30 le matin - pour voir s'il avait besoin d'un coup de main.
«Veux-tu que je vienne t'aider, lui a-t-elle dit, parce qu'à mon avis, tu seras noyé d'appels de médias de partout au Québec?» Et le nouveau maire de lui répondre: «Non, non, ça va, je vais le gérer.»
«Quand j'ai raccroché, dit Mme Gillot, j'ai dit à mon mari: "Je vais filer dans la douche parce qu'il va sûrement me rappeler." Et il m'a rappelé 40 minutes plus tard.
«Quand je suis arrivé chez lui, Maxime m'a dit d'attendre une vingtaine de minutes parce qu'il rencontrait quelqu'un. Le monsieur qu'il rencontrait était Melvin Jomphe (le chef de cabinet du maire de Gatineau). Et en revenant avec Melvin, il m'a dit: "Laurence, je te présente ton patron." Je le regarde et je lui demande: "C'est ta façon de me proposer un job à tes côtés?" Maxime, qui est très réservé, a simplement répondu en haussant les épaules, comme si ça allait de soi. Je pense que ce fut la première et la dernière fois que nous nous sommes donné l'accolade», conclut-elle en riant.